Le multimedia flirte avec les arts. Devenu art lui-même (le dixième du nom ?), il rend hommage à ceux qui l’ont précédé.

“Le plus beau musée du monde” n’existe pas dans la réalité. C’est un musée virtuel que vous ne trouverez que sur CD-ROM(1). Le musée idéal, présentant 150 chefs-d’oeuvre de l’histoire de l’art de la préhistoire aux années 80. Une mini-encyclopédie ludique, abondamment documentée, où l’on peut se promener au hasard ou en se laissant guider par des thèmes présélectionnés : les lieux, les personnages, les sensations, les expressions, les croyances, etc. Autant de balades d’oeuvre en oeuvre, que nous avons le choix d’approfondir. Chacune est accompagnée d’une séquence en diaporama qui la décortique, qui met en évidence ses points forts. On peut zoomer sur l’image et l’explorer en profondeur. Par des écrans très visuels, on situe sa taille par rapport à celle d’un homme, on la place sur la carte du temps, on indique son origine sur un planisphère...

Un musée ludique

Des croisements entre oeuvres sont possibles. Ainsi, si l’une d’entre elles nous a amené en Belgique, le planisphère peut nous guider vers d’autres oeuvres belges. De même pour l’époque.

Les notices de commentaires sont extrêmement fournies. Elles sont imprimables à partir d’un navigateur Internet (fourni)... qui permet bien sûr de se connecter au site du musée si vous êtes abonné à Internet.

Mais le plus original, c’est qu’un petit jeu est basé sur chacune des oeuvres. On peut ainsi s’amuser avec un tableau d’Andy Warhol, de Van Gogh... ou avec une statuette vieille de plusieurs milliers d’années. Oh, on reste dans des concepts simples, mais le but n’est pas ici de révolutionner l’univers des jeux. Non, il est de nous offrir un voyage au pays de l’Art. Et on en revient enchanté.
On applaudit la réalisation technique, vraiment impeccable.

Attention, danger !

On n’en dira pas autant de celle de “Giverny : le jardin virtuel de Monet” (2), qui devait, par une exploration du célèbre jardin du peintre, nous offrir un panorama de ses œuvres. Las ! Ce programme fait partie des logiciels irresponsables qui modifient de manière inconsidérée la configuration de votre ordinateur et y écrasent des logiciels indispensables pour les remplacer par d’autres, semant la panique dans votre système (3). Après une heure passée à ranimer ma machine après une tentative d’installation, j’ai préféré passer à autre chose de plus réussi.

C’est l’amouuuur...

“Ceremony of Innocence” (4) est un bijou. Un bjou sublime. Le premier CD-ROM épistolaire, basé intégralement sur les échanges de lettres et de cartes postales entre un peintre et une de ses admiratrices, correspondance qui va finalement tourner à l’histoire d’amour.

Il s’agit de l’adaptation d’une trilogie populaire dans les pays anlo-saxons : “Sabine and Griffith” (5), des livres très originaux où l’on découvre l’histoire au travers de véritables cartes et d’enveloppes fermées contenant des lettres et des documents divers.

L’adaptation est brillante. Esthétiquement, ce titre est une oeuvre d’art en soi. Il est constitué d’une succession de cartes postales qui sont autant de tableaux. Chacune econtient une énigme que vous ne découvrirez qu’en accomplissant certaines actions. Les déplacements de votre souris provoquent des réactions étranges d’éléments du tableau. Qu’attend-on de vous ? Il faut expérimenter, réfléchir un petit peu, cliquer... puis, lorsque la série d’actions désirée a bien été accomplie, la carte se retourne et l’on découvre un message au dos. Ils sont en anglais, mais ils sont lus en français par Marie Trintignant et Tom Novembre.

On est très vite envoûté par l’ambiance exceptionnelle de ce CD-ROM à nul autre pareil, où l’humour côtoie la poésie. Une oeuvre magique, qui témoigne de la créativité de l’équipe de Real World, qui avait déjà réalisé les prodigieux CD-ROM de Peter Gabriel. Une référence !


(1) “Le plus beau musée du monde”, par Gallimard Multimedia/France Télécom Multimedia. Pour PC et Macintosh multimedia (16 Mo RAM, écran milliers de couleurs). Distribution ABC Soft(02/370.39.10).
(2) “Giverny, le jardin virtuel de Monet”, par Visage et Ubi Soft. Pour PC et Macintosh familial (8 Mo RAM, écran 256 couleurs). Distribué par Ubi Soft (02/738.74.14).
(3) Pour les techniciens : il ne reconnaît pas la version récente (3.0) de Quicktime, et la remplace par une ancienne version anglaise (2.5) qui provoque inévitablement des conflits si vous avez un système en français.
(_ 4) “Ceremony of Innocence”, par Real World et Ubi Soft. Pour PC et Macintosh multimedia (16 Mo RAM, écran milliers de couleurs). Distribué par Ubi Soft (02/738.74.14).
(5) Traduit en français aux Editions Abbeville.

Article paru dans "Le Ligueur" en 1999.