Il y a vingt ans, alors que l’industrie des jeux vidéo s’écroulait en conclusion d’une grave crise, un plombier italien amateur de pizzas allait permettre à une firme japonaise de conquérir le monde avec une console au look pourtant peu réussi.

Cette firme, c’était Nintendo, et le plombier, Super Mario. Né quelques années plus tôt dans les « Luna Parks » (on disait alors « salle d’arcades »), il n’avait connu que de petits jeux, certes excitants mais peu ambitieux. Lorsque la firme japonaise sortit sa « N.E.S » (« Nintendo Entertainment System »), console grisâtre au design austère, au milieu des années 80, elle y joignit sa première grande aventure, un jeu qui marquerait l’histoire des jeux vidéo par sa qualité, sa longévité, et l’imagination débridée de son auteur, Shigeru Miyamoto. Celui-ci allait offrir à Nintendo ses univers les plus passionnants : Super Mario, Zelda, Donkey Kong. Tous accessibles à un large public, jouant sur l’imaginaire plutôt que sur la violence, et qui permettront à la console de s’imposer.

Ils sont progressivement réédités pour la géniale petite console « Game Boy Advance », qui se voit également offrir de nouveaux titres mettant en scène ces personnages devenus mythiques pour tous les joueurs.

Mario vs. Donkey Kong

Tout d’abord, à tout seigneur, tout honneur : un nouveau face à face entre Mario et le gorille qu’il devait affronter dans son tout premier jeu de salle d’arcade, « Donkey Kong ». Mais si, dans celui-ci, Mario devait simplement escalader des échelles en échappant aux tonneaux que lui envoyait l’animal, il devra ici avant tout faire preuve de jugeote. Car il ne s’agit plus d’un jeu d’action, mais de réflexion. Dans chaque tableau, Mario doit résoudre une énigme consistant à trouver le meilleur moyen pour trouver une clé et ouvrir une porte de sortie. Pour cela, il doit comprendre comment utiliser divers mécanismes qui se trouvent là et effectuer différents types de mouvements, comme sauter, se balancer, soulever des objets, les lancer, etc. Comme dans tout « Super Mario », la difficulté est progressive, permettant à tout le monde d’y jouer. Et les joueurs les plus aguerris ne risquant pas de terminer le jeu trop vite car, une fois les nombreux niveaux terminés, ils devront en parcourir de nouveaux en escortant un Mini Mario. Astucieux ! Et très prenant...

Mario Pinball Land

Mario a également été transformé, par ses créateurs, en boule de flipper dans un « pinball » totalement délirant. Sur chaque écran, divers personnages évoluent au milieu d’obstacles. En lançant la « boule Super Mario » et en la récupérant avec des « bumpers » comme dans tout flipper traditionnel, on lui permet de renverser des ennemis et d’ouvrir des voies vers d’autres écrans. C’est donc un véritable mini-jeu d’aventures, scénarisé, qui est proposé ici. Les trouvailles de scénario sont nombreuses, avec par exemple des canons qui, lorsqu’on y propulse la boule, expédient le héros dans d’autres mondes, ou des étoiles à récolter pour débloquer certaines zones, où sont cachés d’horribles « Boss » à combattre à coups de boule.
Un titre très original, aux niveaux extrêmement variés, mêlant action (beaucoup) et réflexion (un peu). En effet, certains tableaux sont de véritables énigmes où il faut deviner comment propulser les éléments de décors pour atteindre la sortie.

DK King of Swing

Quant à Donkey Kong, vieil ennemi de Mario et autre superstar de Nintendo, il s’offre lui aussi une aventure originale, avec un type de jeu innovant. Comme tout gorille qui se respecte, il se déplace en se balançant de liane en liane. Un principe que les développeurs ont adapté ici en le détournant. Le joueur doit évoluer dans différents décors en s’accrochant à des pitons enfoncés dans des blocs. Pour cela, il doit judicieusement appuyer sur les touches de gauche et de droite de sa console pour que l’animal s’accroche aux bons endroits. Faute de quoi, il retombera sur le sol. Astuce et réflexion se mêlent donc pour évoluer dans un monde d’abord amical (il suffit de récolter des bananes et des pièces d’or) mais qui se peuple vite d’ennemis (il faut alors, en outre, les éviter). Un concept très accrocheur, au propre comme au figuré...

Zelda : The Minish Cap

Si Super Mario est la vedette des jeux dits de « plates-formes », Zelda est celle des jeux d’aventures. Le joueur incarne Link, un petit chevalier, qui doit régulièrement sauver la princesse Zelda, prisonnière de forces maléfiques qui envahissent son royaume. Chaque jeu l’envoie aux quatre coins d’un royaume immense, dont il faut explorer tous les recoins, et découvrir de mystérieux châteaux truffés de pièges. Les premiers titres ont déjà été réédités pour la Game Boy Advance, dans la collection « NES Classics », mais celui-ci est totalement original. Link est cette fois réduit à une taille minuscule pour aller à la rencontre d’un peuple de lutins, venus précédemment au secours du royaume, mais mis en danger à leur tour par les forces du Mal. Miniaturisé, il évolue donc dans un environnement naturel où tout, le moindre brin d’herbe ou la plus petite flaque d’eau, devient gigantesque. Le scénario, qui multiplie les clins d’œil aux autres titres de la série, est d’une richesse qui laisse augurer des dizaines d’heures de jeu, avec de nombreuses trouvailles et objets délirants. Ce grand classique des jeux vidéo s’offre ici un lifting de toute beauté.

Final Fantasy I et II : « Dawn of Souls »

Dans les jeux d’aventures, il existe une référence ultime : la série des « Final Fantasy » qui, déclinée sur de multiples machines, consoles et ordinateurs, n’a cessé de s’enrichir au fil du temps. Les derniers opus étaient de pures merveilles, qui tiraient le maximum de la puissance des consoles de dernière génération. Nintendo a eu la bonne idée de rééditer sur une cartouche les deux épisodes fondateurs de cette quête. Les joueurs qui ne l’auraient découverte que récemment risquent d’être décontenancés, car on est loin des décors et animations somptueux que l’on peut voir aujourd’hui. Les plus anciens découvriront avec plaisir une version améliorée des jeux d’origine, augmentés de scènes inédites. Mais tous les ingrédients qui ont fait la gloire de la série sont déjà là : un monde énorme à explorer en compagnie d’une équipe de héros à choisir parmi différents types, moine, guerrier, voleur, chacun ayant un rôle à jouer dans l’aventure. Et une évolutivité permanente des personnages - qui gagnent en force, en expérience, en magie... - au fil de leurs actions. Un jeu plutôt réservé aux amateurs du genre et aux nostalgiques.

Hamtaro : « Rainbow rescue »

Enfin, dernier venu au panthéon des jeux vidéo, une vedette pour les petits, Hamtaro. Il met en scène un hamster, représenté par un très mignon graphisme de type « manga », qui explore un joli monde plein de fraîcheur, et rencontre de gentils animaux dont il doit apprendre le langage. Aucun des ingrédients qui font normalement le scénario d’un jeu vidéo : ni combats sanglants, ni monstres épouvantables, ni armes redoutables. Bien au contraire. Ici, il faut retrouver sept objets magiques qui permettront à l’arc-en-ciel de récupérer ses couleurs perdues par le « maître des arcs-en-ciel ». En les cherchant, Hamtaro se fait des amis qui vont l’aider à résoudre les différentes énigmes placées sur son chemin. Il gagnera des points qui lui permettront d’acheter des images... que les jeunes joueurs pourront s’échanger s’ils ont deux Game Boy Advance et deux cartouches de jeu. Un principe bien connu des amateurs de Pokemon, et que Nintendo réutilise ici. Malgré son côté naïf et gentillet, Hamtaro est un excellent jeu, parfaitement adapté aux plus petits, et particulièrement aux filles, souvent oubliées des développeurs.

Article paru dans Le Ligueur en 2005.