Ah, ils ont bien changé, les cahiers d’activités que l’on emmenait en vacances pour se préparer à la classe suivante !

Finie, l’époque où on s’asseyait à côté de l’enfant pour tenter de comprendre avec lui les exercices que les changements fréquents de Ministre de l’Education Nationale et donc de terminologie rendaient tout à fait incompréhensibles.

A présent, l’enfant s’assied seul face à l’ordinateur et c’est celui-ci qui l’aide à comprendre les exercices. Mais rien n’oblige les parents à se laisser déboulonner par ce qui n’est finalement qu’un ensemble de puces pas très intelligentes qui ne connaissent que ce qu’on a bien voulu y imprimer. Qu’ils s’asseoient eux aussi face à la machine et ils auront ainsi le plaisir de se mettre à jour en matière de terminologie éducative, de méthodes d’apprentissage et de Ministres de l’Ed... euh, non, ça, ça n’a pas grand intérêt.

Du papier au CD

Nathan, l’éditeur scolaire français dont les cahiers d’activités “Nathan Entraînement” sont très populaires chez nous, a adapté ceux-ci sur CD-ROM(1). Un double CD-ROM par niveau rassemble chaque fois des centaines d’exercices de math et de français. Avec, sur la jaquette, un petit tableau bien utile pour adapter aux autres pays francophones la classification des classes françaises : de CP (1ère primaire) à CM2 (5e primaire) en passant par CE1, CE2 et CM1.

Nous avons testé le CM2, destiné aux enfants de 10-11 ans. L’interface est rudimentaire : une scène présente en panoramique tous les types de vacances, mer, montagne, campagne,sports d’hiver, etc. Des enfants et des adultes s’y adonnent à quantité d’activités de loisirs.

Tout est immobile, quelques éléments à peine sont interactifs : ils déclenchent une animation rudimentaire ou permettent d’accéder à une activité. Cette interface n’est pas vraiment utile : la barre de menu, qui offre un accès direct, est bien plus efficace.

La partie “exercices” propose, pour le français, 1500 questions et, pour les maths, 800. Un lapin sert de guide et vient aider en cas de besoin (en résolvant le premier exercice pour lui). A tout moment, l’enfant peut avoir un rappel de cours, un memo résumant les points essentiels à connaître pour résoudre l’exercice et se référer à une boîte à outil contenant, pour le français, les tables de conjugaison, et pour les maths, les tables d’addition, de multiplication, une calculette et des tableaux de conversion.

Pour se détendre, des jeux sont proposés, d’abord en nombre limité, puis en fonction des performances. Mais ils sont très classiques (quiz, puzzle, classement d’animaux, jeu de briques, pendu, morpion, etc.), et cette partie du CD-ROM aurait mérité plus de développement. Si vous disposez d’une connexion à Internet, des activités complémentaires vous seront accessibles sur le site de Nathan.

Kangy le kangourou

Kangy (2) est, lui, édité par MILAN, maison d’édition française elle aussi réputée en Belgique. Nous sommes donc étonnés que la première phrase affichée par le CD-ROM, à l’endroit où l’enfant doit enregistrer son nom, contienne une faute d’orthographe (“Saisie ton nom”).

Et nous sommes également étonnés par la dérive technologique dans laquelle sont tombés les éditeurs pour un titre supposé destiné aux familles : outre le choix absurde de ne pas le rendre accessible aux écrans 640*480, il installe plus de 90 Mo sur le disque dur, du jamais vu pour un logiciel éducatif ! Un choix qui se comprend lorsqu’on voit l’interface intégralement animée en plein écran, transformant la navigation en dessin animé permanent.

Les graphismes sont vraiment très réussis. Ce sont des animateurs professionnels qui ont pensé le moindre mouvement des deux personnages, très drôles (et très bavards) qui accompagnent l’enfant d’activité en activité. Il doit se rendre dans divers lieux (bibliothèque, planétarium, laboratoire, salle aux trésors) qui déterminent chacun le sujet de travail.

Les exercices concernent le français et les mathématiques, mais on trouve également des fiches documentaires sur l’histoire et les sciences. Si l’environnement est très ludique, la réalisation de la partie éducative est plus scolaire. L’ensemble est vraiment très sympathique, à la fois par la scénarisation de l’interface et le travail sur les animations et les sons, très réussis. Mille exercices sont annoncés. Kangy couvre également les cinq niveaux français de CP à CM2 et nous avons testé le CM1.

La physique par l’aventure

Physikus (3) est plutôt destiné aux grands adolescents, car il traite des grands principes de la physique (optique, mécanique, électricité, etc.). Il nécessite un ordinateur extrêmement puissant pour fonctionner correctement. Une fois de plus, on a l’impression que les développeurs ont plus cherché à se faire plaisir qu’à penser à rendre le logiciel compatible avec le plus grand nombre de configurations.

La réalisation est, il faut l’avouer, somptueuse. Une introduction en 3D, un univers graphique fantastique comparable à celui que l’on considère comme le roi des jeux sur ordinateur, “Myst”, et un scénario très prenant. La Terre s’est arrêtée de tourner et un savant a inventé une machine qui pourrait relancer sa rotation. Il a fabriqué trois générateurs qui devront être réglés très précisément pour produire ce qui est nécessaire. Au joueur d’en trouver l’emplacement et les réglages adéquats.

Il dispose pour cela d’un “scanner” qui lui permet d’encoder les caractéristiques des objets qu’il trouve sur son chemin, et d’un ordinateur qui peut lui expliquer tous les principes de la physique qui lui seront utiles dans ses recherches. En attendant, la Terre est coupée en deux. D’un côté, on se les gèle ; de l’autre, on cuit.

L’influence de “Myst” est indéniable. On circule dans un univers graphique à la Jules Vernes, l’ambiance sonore est très prenante, et l’on doit tout deviner par soi-même : les multiples énigmes qui devront être résolues consistent en des mécanismes qui devront être mis en branle en se basant sur des principes précis de physique, mais rien n’est expliqué. C’est au joueur de déduire, de ce qui se passe lorsqu’il touche à un élément, ce qui sera nécessaire pour faire bouger l’ensemble.

Un CD-ROM magnifique, mais dont rien ne justifie la gourmandise technologique : “Myst” offre les mêmes résultats sur une machine dix fois moins puissante. On ricane aussi lorsque le mode d’emploi nous conseille d’installer... 650 Mo d’informations sur le disque dur pour éviter les allers et retours entre les deux CD-ROM qui constituent le jeu.

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(1) CD-ROM Mac-PC, pour configuration familiale standard (Pentium ou Power PC 75, 16 Mo RAM, lecteur CD 4X, écran 640*480, 30 Mo disponibles sur le disque dur). Notez que, l’installation ayant échoué, le CD-ROM a pourtant impeccablement fonctionné : on se demande pourquoi amputer ainsi le disque dur d’une place appréciable si ce n’est pas indispensable au fonctionnement du CD.
(2) CD-ROM Mac-PC, pour configuration multimedia (Pentium ou Power PC 100 Mhz au minimum, lecteur CD 4x, écran 600*800, mmilliers de couleurs, 48 Mo RAM). Installe plus de 90 Mo sur dique dur !!! (Distribution DIES (02/395.88.32 - dies@infonie.be - 1750 FB)
(3) CD-ROM Mac/PC pour configuration haut de gamme (Pentium ou Power PC 166 Mhz au minimum, 32 Mo de RAM, écran 600*800 en milliers de couleurs, lecteur CD 12x). Installe 14 Mo sur le disque dur. Distribution Milledis (poirson@itw.fr et olemaire@itw.fr - 00 33 1 40 07 87 34) - 1799 FB.

Article paru dans "Le Ligueur" en 2000.