A chacun ses héros. Vos préférences vont-elles aux grands musclés ou aux surdoués de la chaussure ?

Dans le gabarit armoire à glace et beau profil, Hercule peut être considéré comme le premier étalon du genre. Elevé par l’Histoire au rang du mythe et donc à ne toucher qu’avec des pincettes.

Ce que n’ont pas compris les créatifs de Disney, dont la nouvelle production, qui lui est consacrée(1), visait sans doute à moderniser ce “vieux bazar ringard” pour en faire un vrai héros tout neuf made in America. Au lieu de pincettes, ils ont donc utilisé la grosse louche.

Les grands moyens de la comédie musicale hollywoodienne avec paillettes et choristes enfièvrées façon pom-pom girls dopées à la cocaïne. Sans oublier l’indispensable américanisation des personnages sans laquelle les “kids” zapperaient immédiatement vers la concurrence, comme vous le savez sans doute.

On échappe de justesse à Hercule commandant un “double-cheese” et un “Pepsi-Coke” au Mac-Quick du Parthénon. Disons, pour rester polis, que cette manière de phagocyter tout ce que les autres cultures ont comme richesses pour les réduire au plus petit commun dénominateur de l’inculture américaine ressemble plus à de l’arrogance qu’à du vrai génie, contrairement à ce que la jaquette dithyrambique semble vouloir nous faire croire. “Le 35e Classique de Disney”, annonce-t-elle déjà. Jusqu’à nouvel ordre, c’est le public qui décide de ce qui devient un classique, non les équipes de marketing.

Injustement méconnu

Reconnaissons, indépendamment de ce problème de fond qui agace de plus en plus, la qualité extraordinaire de la réalisation qui, si elle s’aide de plus en plus des outils infographiques les plus puissants, ne serait rien sans des animateurs visiblement de très haut niveau.

Le chemin parcouru depuis “Taram et le chaudron magique”(2), qui date d’une période moins faste des studios Disney, est impressionnant. Le héros est un jeune garçon classique des récits d’”heroïc fantasy” : faible, pauvre, il n’a que son courage pour vaincre des forces qui nous dépassent tous. Ici, l’ensemble des forces des ténèbres qui vont être libérées d’un chaudron magique qui les maintient prisonnières depuis la nuit des temps.

Les scènes effrayantes sont nombreuses, ce qui explique sans doute une part de l’insuccès de ce dessin animé à l’univers fantastique pourtant intéressant, l’un des derniers à éviter le double piège de l’esbroufe et de la virtuosité gratuite.

Goooooooaaaaal !

Picha, lui, privilégie avant tout l’efficacité sur la frime. Des personnages simples, extraordinairement expressifs, des gags qui se succèdent comme une salve de mitraillette, et une méchanceté salutaire, à l’opposé de l’humour politiquement correct imposé par les Américains... qui n’avaient pas du tout apprécié son pastiche de Tarzan, “Tarzoon, la honte de la jungle”, il y a une vingtaine d’années.

Picha tourne cette fois son humour au vitriol vers la dernière religion de cette fin de siècle : le foot(3). Quarante-cinq matches sont rassemblés ici, dont les joueurs sont des animaux nourris au délire, qui transforment la coupe du monde en massacre très “Tex Averien”.

Une cassette féroce, sortie opportunément en juin passé, et qui plaira à tous ceux qui ont eu la nausée devant la saturation médiatico-footbalistique de cet été.


(1) Hercule, 89 minutes, une cassette Buena Vista
(2) Taram et le chaudron magique, 77 minutes, une cassette Buena Vista
(3) Zoocup, 90 minutes, une cassette RTBF Vidéo.

Article paru dans "Le Ligueur" en 1998.