Le problème principal des jeux vidéo est leur difficulté à créer de nouveaux héros. Alors, ils puisent dans des univers qui ont fait leurs preuves ailleurs. La Game Boy couleur ne fait pas exception.

Devinez quels animaux préhistoriques vont figurer partout en cette fin d’année dans les rayons des jeux vidéo ? "Les Diiiiiiiinosauuuuuuures !", répondent en chœur tous les enfants. Ils le savent bien, eux qui, matraqués depuis des mois par la publicité, n’ont pu échapper au phénomène.

Dix ans après Jurassic Park, les bons vieux dinos font leur come-back grâce à la grosse usine Disney. Et comme il y a dix ans, on va trouver des jeux vidéos dinosaures à profusion. Les fabricants jouent ainsi des effets de mode et profitent des énormes machines de guerre marketing qui accompagnent toute production disneyenne ou spielbergienne. Ils s’économisent aussi la création d’un univers qui devrait mettre un certain temps avant d’être connu des enfants. Ici, l’univers est bien délimité, les personnages existent et il suffit de modifier le scénario du dessin animé ou du film pour en tirer un scénario de jeu plus ou moins cohérent qu’on plaquera sur de vieux concepts qui ont fait leurs preuves, comme les jeux de plates-formes ou d’aventure.

"Dinosaur" [1] est l’un de ces rejetons qui, durant quelques mois, pourra se placer en haut de la vague avant de tomber dans l’oubli au moment de la prochaine offensive Disney. Il s’agit d’un bon petit jeu d’aventure mettant en scène nos gros reptiles. Il vous faut explorer divers niveaux pour tenter de trouver tous les membres d’un troupeau, puis utiliser les compétences de chacun pour passer les endroits difficiles, échapper aux pièges, et amener vivant tout ce beau monde dans un lieu de ponte où ils pourront y pondre des œufs qui les sauveront de l’extinction. Un concept astucieux, de l’excellent éditeur Ubi Soft.

"La route d’Eldorado" [2], du même éditeur, suit une logique identique : s’ancrer à un film très médiatisé pour lancer un jeu. Le droit d’utilisation est exorbitant, mais l’éditeur est d’office gagnant. Il sait que son jeu profitera du battage publicitaire, et qu’il aura plus de chances d’être mis en avant par les revendeurs ; de plus, il bénéficiera de l’image positive du film chez les enfants, qui le préfèreront à d’autres jeux, peut-être meilleurs et plus originaux, mais sans notoriété.

Dans "La route d’Eldorado", vous incarnez au choix Tulio et Miguel, partis à la recherche des six morceaux d’une carte au trésor cachés dans un village espagnol, un galion, une jungle et la cité d’Eldorado. C’est un jeu de plates-formes sympathique mais pas foncièrement original, très joliment réalisé. L’animation des personnages est particulièrement naturelle.

Ubi Soft est également distributeur des jeux "Disney Interactive", qui mettent en scène les super-stars classiques de l’usine à divertissement, comme Mickey et Donald. Le canard râleur, à qui le regretté Carl Barks, récemment décédé, donna sa véritable personnalité en bande dessinée, n’en est pas à sa première aventure en jeu vidéo. Et ses apparitions sont souvent de haut niveau.

"Donald Cou@k Att@k ?!" [3] est un superbe jeu de plates-formes où il doit libérer Daisy des mains de l’abominable Merlock, qui l’a enlevée. Il est aidé par Géo Trouvetou, dont la dernière invention lui permet de se rendre dans n’importe quel endroit. Le problème, c’est que le génial inventeur n’a pas la moindre idée de l’endroit où il l’expédie. Astuce : quand Daisy est sauvée, Donald doit retourner dans les quatre mondes qu’il a dû explorer pour y retrouver le schéma de la machine de Géo Trouvetou qui lui permettra d’empêcher définitivement Merlock de nuire en l’expédiant dans une autre dimension.

Schtroumpf, alors !
Si Ubi Soft commence à puiser dans le chadron magique de la bande dessinée européenne (on lui doit un excellent jeu "Spirou, la panique mécanique", et un jeu "Papyrus", tous deux sur Game Boy color, et il vient de signer une licence d’utilisation des personnages "XIII" et "Largo Winch"), il a été précédé sur ce terrain par Infogrames.

L’éditeur français, qui est l’une des plus belles réussites internationales dans le domaine du jeu vidéo, a réussi à s’imposer face aux Japonais et aux Américains avec des jeux basés sur Tintin, Spirou, les Schtroumpfs, Astérix, Lucky Luke.
"Le temple du Soleil" [4] s’inspire de la fameuse aventure de Tintin. Un choix courageux de la part d’Infogrames car, si la notoriété du personnage est importante, les tintinologues ne pardonnent aucun crime de lèse-Tintin et, pire encore, le gestionnaire des droits, la société Moulinsart, est connu pour sa rigidité et son souci obsessionnel du détail.

Les développeurs s’en sont plutôt bien sortis. Le petit écran de la Game Boy ne permet certes pas la reproduction impeccable du beau trait "ligne claire" cher à Hergé, mais l’univers du génial créateur est bien respecté. Tintin doit éviter les obstacles, explorer des lieux, utiliser des éléments du décor, et bien sûr éviter tout acte violent. Ce qui, pour un scénariste de jeux vidéo, est assez inhabituel ! Le jeu est très varié, mais relativement difficile. Une série de "trucs et astuces" en fin de volume donne quelques pistes pour joueurs coincés.

Les Schtroumpfs non plus n’en sont pas à leur coup d’essai chez Infogrames, qui leur ont fait vivre des aventures sur tous les supports possibles, y compris le CDI. Dans "La mission des Schtroumpfs" [5], l’apprenti Schtroumpf a tenté une nouvelle expérience catastrophique qui a coloré tous les Schtroumpfs en orange à pois blanc. Cinq Schtroumpfs, le Grand Schtroumpf et la Schtroumpfette, qui se trouvaient hors du village, ont échappé à l’accident. Et le Grand Schtroumpf connaît une potion qui soignera son petit monde. Il faut, pour cela, construire une machine à fabriquer la potion, avec l’aide du Schtroumpf bricoleur. Il envoie donc le Schtroumpf marin, le Schroumpf spéléologue, le Schtroumpf costaud et l’Aéroschtroumpf, à la recherche des éléments qui lui permettront de la fabriquer.

Un bon jeu d’exploration, qui se complète d’une quête à la Pokemon : à la fin de chaque niveau, le joueur reçoit une vignette. Il doit en collectionner 25 pour accéder à un niveau secret. Astuce : il peut trouver un copain possédant lui aussi une Game Boy color et le jeu, et en échanger avec lui via le lien de connexion. De là à imaginer que cela provoquera un engouement similaire à celui des Pokemon et que tout le monde se connectera pour obtenir les 25 vignettes, nous avons un léger doute ! Dommage, car les petits lutins bleus de Peyo sont nettement plus sympathiques !

Article paru dans "Le Ligueur" en 2000.