Le DVD permet de découvrir des films qui n’ont pas forcément eu leur chance dans les salles de cinéma où, sous le buldoozer du marketing hollywoodien, sont écrasés bien des chefs-d’ ?uvre. Trois exemples magistraux venus du Japon.

Oubliez tout ce qu’on vous a dit à propos du dessin animé japonais. Oubliez les matinées de Dorothée, où TF1 matraquait des "japoniaiseries à l’animation quasi-inexistante. Et précipitez-vous sur les trois films ci-dessous. Vous découvrirez des univers artistiques d’une qualité que les studios hollywoodiens et leurs produits calibrés ne pourront jamais atteindre. Ils sont tous signés par de véritables créateurs, qui dépassent en inventivité tout ce que cet art a pu créer jusqu’à présent : le studio Ghibli.

Avant de regarder "Le Tombeau des Lucioles", préparez vos mouchoirs. Car ce dessin animé, réalisé par un génie japonais de l’animation, Isao Takahata, traite d’un sujet terrible et douloureux. La guerre et le sort dramatique de deux enfants japonais, sous les bombardements, en 1945. Il montre les conséquences de la guerre sur une population civile et les efforts de survie de chacun. Mais il montre aussi comment la beauté de la nature, d’une feuille emportée par le vent, le calme du ressac des vagues, le visage illuminé d’un enfant découvrant un rare bonbon ? peuvent, pendant quelques instants, faire oublier les atrocités autour de soi. Au moment où certains s’apprêtent à bombarder l’Irak, il permet de se rappeler que c’est l’horreur absolue qui attend ceux qui vivent sous les bombes et que les enfants en sont toujours les principales victimes.

Une très belle histoire, traitée avec délicatesse et humanisme, basée sur l’histoire authentique et dramatique d’un adolescent japonais et de sa petite s ?ur.

"Le voyage de Chihiro", de Hayao Miyazaki, conte l’odyssée d’une petite fille de dix ans dans un monde fantastique où ses parents ont été transformés en porcs pour avoir mangé une nourriture destinée aux dieux. Chihiro va tenter de les sauver en s’intégrant dans cet univers parallèle peuplé d’êtres mystérieux mais fascinants. Timide et effacée au début, elle va s’ouvrir progressivement, et, à force de volonté et de don de soi, finalement réussir à libérer ses parents de la malédiction.
Ce conte de fées fantasmagorique magistral, au charme incomparable ? qui fait penser à "Alice au Pays des Merveilles", mais en bien plus étrange encore ? est une ?uvre poétique éblouissante.

"Princesse Mononoké", du même Hayao Miyazaki, est la quête médiévale d’un jeune prince, Ashitaka, blessé par un sanglier rendu fou par des démons. La blessure lui a communiqué une maladie terrible. Seul un dieu-cerf pourrait encore le sauver, dans une lointaine contrée. Mais c’est dans un véritable climat de guerre qu’il tombe là, une communauté de forgerons-soldats affrontant des divinités animales afin de conquérir la forêt. Une jeune fille sauvage élevée par des loups, la princesse Mononoke, lutte aux côtés des dieux... Ashitaka se retrouve déchiré entre les deux causes.
S’il présente de nombreuses scènes de combats, ce film magnifique mêle légendes et mythes sur fond d’écologie et de spiritualité, avec un final apocalyptique époustouflant.

La virtuosité de l’animation, la délicatesse des dessins, la créativité de la réalisation, l’originalité du contenu, l’élégance des chants et des musiques ? tout concourt à l’impression générale de beauté qui se dégage de ces trois films.
Tous trois se caractérisent également par un scénario dense, généreux, et par la profonde émotion qu’ils parviennent à déclencher chez le spectateur ébloui.
On ne peut que tomber sous le charme de ces ?uvres superbes, aux images parfois surprenantes, voire dérangeantes pour un public européen, mais qu’on revisionne plusieurs fois pour en déguster toute la richesse et la subtilité.

Oubliez tout ce qu’on vous a dit à propos du dessin animé japonais. Oubliez tous vos préjugés. Et foncez sur ces trois bijoux.

Article paru dans "Le Ligueur" en 2003.