Avec la déferlante des films américains, avec cette culture d’Outre-Atlantique qui nous envahit chaque jour un peu plus, il est bon de se replonger de temps en temps dans sa propre culture.

Et le cinéma est l’un des pans essentiels de celle-ci. Au même titre que la bande dessinée et la littérature. Face aux giga-productions standardisées U.S., nous pouvons opposer un siècle de courts, moyens et longs métrages, depuis qu’un certain Georges Méliès comprit tout ce que l’on pouvait créer avec quelques bobines de pellicule et beaucoup de talent.

“Cinémascope” (1), une encyclopédie du cinéma français sur CD-ROM, ne remonte pas à cette préhistoire-là. Non, elle démarre plutôt avec le cinéma parlant. En quelle année ? 1929, ouais, m’sieur ! comme aurait dit Gabin.

Au départ, quelques tonnes de ressources de la BIFI. Qui n’est pas, comme on pourrait le penser, une saucisse grasse et trop salée dont abusent les enfants, mais la Bibliothèque du Film, à Paris. On y trouve 17.500 livres, 14.500 dossiers documentaires, 800.000 photographies, 13.000 affiches, 10.000 maquettes et dessins originaux.

Ne vous attendez pas à trouver tout cela sur un CD-ROM. Malgré tout le bien que l’on peut penser de cette petite galette, elle a ses limites. Vous y trouverez donc “seulement” 7290 fiches, 755 biographies, 1348 illustrations et quelques vidéos (3).
Le tout concernant près de 70 années d’histoire du cinéma français parlant, de 1929 à 1997.

Contenu : géant !

C’est une mine d’or, bourrée à craquer d’informations, de chiffres, d’anecdotes. Astuce : chaque fois que vous entrez dans le programme, une info différente est affichée, liée à la date de consultation. Comme les noms de films et d’acteurs sont cliquables, on peut ainsi explorer le CD-ROM à partir de la page d’accueil, en se laissant entraîner par les liens que l’on découvre de clic en clic.

On apprend ainsi une foule de choses qui nous permettront de briller au prochain repas de famille ou de gagner le Banco au jeu des mille francs s’il vient à passer par notre quartier. Par exemple, que pour les besoins des “Parapluies de Cherbourg”, Jacques Demy fit repeindre une partie de la ville de Cherbourg. Que le film “Ignace”, dont la vedette était Fernandel, a été censuré en 1939 avec cinquante autres films jugés “déprimants, morbides, immoraux et fâcheux pour la jeunesse”. Que les censeurs français ont encore brûlé un film en 1976 suite à une plainte des associations familiales catholiques ; il s’agissait d’un film érotique, “L’essayeuse”, et comme toutes les copies ont été détruites en même temps que l’original, nous ne pourrons jamais savoir s’il était aussi ennuyeux qu’”Emmanuelle” et “Histoire d’O”.

Technique : la cata

Outre la traditionnelle promenade au hasard dite “de clic en clic”, cette encyclopédie peut se consulter via un outil de recherche (par titre de film, par filmographie ou par personnalité), via une liste des medias (portraits, interviews et extraits de films), ou en suivant une causerie présentée par un expert. Ces “visites thématiques” aux sujets très diversifiés (“Le polar à la française”, “Le films fantastiques français”, “Le cinéma français de l’érotisme au porno”, “Le cinéma d’animation”, etc.) sont en fait des successions d’images et de fiches techniques commentées par diverses personnalités comme Pierre Tchernia, Jean-Claude Romer, Georges Pessis, etc.

Un contenu fabuleux, donc, d’autant plus qu’une mise à jour des ressources est prévue sur Internet (4).

Nous n’en dirons pas autant de la réalisation technique, qui oblige l’utilisateur à se transformer en bidouilleur expérimenté pour installer le CD-ROM. Gourmand en ressources, il copie 40 Mo sur le disque dur et installe une version du programme de visionnement des vidéos Quicktime qui ne permet pas de faire tourner le programme (5). Une installation laborieuse qui posera beaucoup de problèmes aux non-spécialistes.


(1) “Cinémascope”, CD-ROM hybride Mac/PC pour configuration musclée (PC Pentium ou Macintosh Power PC, 32 Mo RAM, lecteur de CD-ROM 4x, 40 Mo de libre sur le disque dur.
(2) Vous voulez visiter ? C’est situé 100, rue du Faubourg Saint-Antoine, dans le XIIe.
(3) Si vous parvenez à modifier votre ordinateur pour qu’il parvienne à les visionner, ces vidéos, ce qui n’a pas été notre cas : malgré tous nos efforts, elles n’affichent qu’un écran noir.
(4) http://www.canalplus-multimedia.fr
(5) Une solution est de se procurer la version 3.0 sur Internet (http://www.apple.com) ou chez votre revendeur. C’est gratuit. Vous pouvez aussi vous adresser à la “hot-line” : sos@cplus.fr.

Article paru dans "Le Ligueur" en 1999.