A ma gauche, Milo Manara, dessinateur coch... euh, érotique branché.A ma droite, le Kama Sutra, texte fantasmatique. Et au centre, un CD-ROM qui mèle leurs univers. Affriolant ? Pas vraiment !

Index+ est l’un des meilleurs éditeurs multimedia actuels, responsable, entre autres nombreux excellents titres culturels, d’une formidable adaptation du “Piège diabolique” de E.P. Jacobs (Blake et Mortimer). Des références qui laissaient espérer, par ce mélange d’un des textes érotiques les plus anciens et d’un des auteurs les plus “chauds” de la bande dessinée contemporaine, un jeu d’aventure jouissif.

Grand mystère ?
Avant que le cinéma et la télévision ne nous révèlent, dès le plus jeune âge, tous les détails du Grand Mystère de l’Acte Amoureux, avant que Mai 68 ne renvoie au temps des dinosaures les nombreux tabous qui touchaient à la sexualité - bref, il y a un certain temps, donc - le Kama Sutra était un livre sulfureux. Considéré comme la référence pour les multiples questions que l’on pouvait se poser sur comment ne pas avoir l’air trop con au moment d’entamer avec une autre personne des rapports de proximité plus profonds que la simple poignée de mains.

Manara, lui, c’est l’un des rares auteurs de bande dessinée à avoir réussi à être reconnu comme un artiste grâce à des livres pornos “softs” : “Le Déclic”, “Le parfum de l’Invisible”, etc. De jolies filles très, très vite déshabillées, des scènes construites pour faire monter le taux de testostérone de tout mâle normalement constitué et un fil conducteur racoleur, imaginé apparemment dans le seul but de placer les jeunes personnes féminines dans les situations les plus scabreuses possibles... ce coktail simpliste mais très efficace, allié à un dessin esthétique en ont fait un succès grand public.

Un mélange raté

Le CD-ROM rate le rendez-vous entre ces deux univers. Il y a, d’un côté, le texte antique du Kama Sutra et, de l’autre, un jeu d’aventure érotique. Pas de vraie fusion.

Le Kama Sutra, alors que la liberté sexuelle n’est plus un tabou depuis belle lurette, est devenu un texte vieillot, ennuyeux, mysogine, dont seul le titre est encore capable de titiller l’imagination. Il est repris tel quel, sans son et pratiquement sans images. De multimedia, aucune trace. Rien qui puisse rendre digestes ces aphorismes bavards au ton ringard.

L’aventure, elle, se résume à explorer des lieux avec sa souris et à cliquer aux bons endroits pour déclencher de médiocres diaporamas réalisés à partir des dessins de Manara (trop agrandis, ce qui en amplifie les défauts), agrémentés de quelque effets spéciaux simplistes. L’argument est basique : l’héroïne, lors d’un accident de la circulation, écope d’un paquet contenant une ceinture vivante qui va lui imposer des pratiques érotiques, à elle et à ceux qu’elle croisera dans l’espoir de faire apparaître un dieu de l’Amour indien.

Mortel ennui

Le joueur s’ennuye mortellement à tourner sur place, à cliquer sur des zones qui ne servent qu’à lui faire perdre du temps ou sur d’autres qui déclenchent des séquences aux dialogues niais. Tout est linéaire, aucune place n’est laissée à la moindre originalité de comportement. Il faut agir dans l’ordre prévu par les développeurs pour afficher des animatiques d’une pauvreté créative qui nous ramène aux premiers temps du multimedia.

Les voyeurs n’en ont pas pour leur argent, ce qui n’est pas vraiment grave, mais les joueurs non plus. Dé-ce-vant !


Kama-Sutra - Hybride Mac/PC pour configuration multimedia - Index+

Article paru dans "Le Ligueur" en 1998.