Comment Apple, fabricant d’ordinateurs doit-il sa santé financière à la vente de la musique en ligne ? La réponse tient en un gadget qui est devenu l’icône de toute une génération : l’iPod.

"Hé, les copains, j’ai le dernier CD de Mac Cartney, tout juste acheté sur Amazon" ! Tout fier d’avoir cet album avant sa sortie officielle en Belgique, je mesure l’effet sur mes collaborateurs du bureau. "Un CD ? T’es naze, ou quoi ? Moi, je l’ai déjà acheté en MP3". Effet raté. Celui qui vient de me reléguer au rang de vieux ringard cacochyme a la vingtaine encore fraîche. Assis derrière son ordinateur, il arbore un appendice tout blanc lui sortant des oreilles. Des écouteurs raccordés à l’appareil qui lui permet désormais d’écouter toute sa discothèque compressée en MP3 : un iPod.

"Un CD ? Quel intérêt ? Ca prend de la place, ça se griffe et c’est quand même très limité" ! Arghs ! Touché en plein cœur, moi qui protège comme mon quatrième enfant les vinyles de mon adolescence ; moi qui, en plus, par sécurité, ai doublé ma discothèque en rachetant tous les titres en versions CD que je range tout aussi précieusement pour pouvoir les écouter jusqu’à mon dernier souffle ; moi, donc, imaginer que le musique puisse désormais exister en-dehors de tout support ? Sacrilège !... Lui et moi sommes désormais dans deux mondes différents. Lui, dans celui de la musique dématérialisée. Où une chanson n’est plus qu’un fichier que l’on télécharge et que l’on écoute sur un lecteur de MP3. Plus de jaquette, plus d’objet à ranger pieusement. Une musique n’est plus qu’un ensemble de signaux informatiques, point.

Principal facteur de ce changement de mentalité : l’iPod. Un baladeur lancé par Apple en 2001 et qui, par sa convivialité et l’intuitivité de son maniement, a conquis ados et jeunes adultes. Il permettait, dans ses premières versions, de transporter sur soi, dans un tout petit boîtier d’une dizaine de centimètres de haut et de quelques centimètre de large, la totalité de sa discothèque. Comment ? Grâce au miracle du MP3.

Il faut savoir que, lorsque vous écoutez un CD, le lecteur décode en fait des signaux numériques. Chaque morceau est un fichier informatique. Très gros. Car il contient énormément d’informations. Dont beaucoup ne sont pas audibles par l’oreille humaine. L’idée derrière le MP3 est de réduire le volume de ces fichiers en les amputant de tout ce qui est inaudible pour l’oreille humaine. L’information qu’ils contiennent est donc comprimée, jusqu’à 10% de la taille originale. Une minute de musique, grosso modo, n’occupe plus qu’un Mo. Un Go de support de mémoire, quel qu’il soit (disque dur, CD, DVD, mémoire flash...), peut donc stocker 1000 minutes. Calculez : sur les 20 Go du "petit" modèle d’origine, 20 000 minutes, soit au moins 6 000 morceaux.

Le succès de l’iPod a été fulgurant - deux millions d’exemplaires vendus depuis 2001 -, malgré un prix relativement élevé (319 Euros en version 20 Go, 449 Euros en version 60 Go). A un tel point qu’un millier d’accessoires existent aujourd’hui pour cet appareil. Et qu’il a été décliné en plusieurs versions, l’une très simplifiée et peu intéressante, l’iPod Shuffle (512 Mo, 99 Euros ou 1 Go, 139 Euros), et le tout nouveau iPod Nano, en format hyper-compact mais avec une capacité suffisante pour y stocker une partie de sa discothèque (2 Go pour 209 Euros, 4 Go pour 259 Euros).

S’il est plus compact, il comporte tout ce qui a fait le succès de la version de base. Son écran affiche de manière claire le contenu qui y a été stocké, soigneusement classé (on peut y placer des morceaux musicaux, mais aussi des photos, ou même l’utiliser comme disque dur externe pour le transfert de fichier), et on navigue entre les menus grâce à une astucieuse molette qu’il suffit d’effleurer du doigt. Le transfert des morceaux du disque dur de l’ordinateur vers l’iPod se fait de manière automatique et très rapide, soit en prenant tout, soit en se basant sur votre sélection préalable dans le logiciel "iTunes".

Le nouvel iTunes

L’iPod ne serait rien sans celui-ci (il est offert avec l’iPod mais peut aussi être téléchargé gratuitement sur le site d’Apple). Sa nouvelle version 5 permet, comme les précédentes, de compresser ses CD en MP3 et de les ranger. Mais elle donne aussi accès à un contenu sur Internet grâce à l’iTunes Music Store, un disquaire en ligne où l’on peut acheter des versions MP3 de morceaux isolés (0,99 Euro pièce) ou d’albums complets (9,99 Euros) en téléchargement. Malheureusement, le choix disponible est très américain et si vous cherchez des chanteurs français, vous avez peu de chances d’y trouver votre bonheur. Il propose également des livres audios, dont la version intégrales des "Harry Potter", mais à nouveau, dans la langue de Shakespeare, ce qui est d’un intérêt très limité pour le commun des Belges. Enfin, iTunes permet d’accéder à des "Podcasts", des contenus sonores non-musicaux, comme des reportages, des feuilletons, des émissions de radio, disponibles sur Internet, et de les télécharger gratuitement ou de s’abonner pour les recevoir régulièrement. A condition, toujours, d’être anglophone.

Si près de 500 000 000 de chansons ont déjà été téléchargées sur l’iTunes Music Store, son contenu n’est donc pas très excitant pour le public francophone, hormis pour les amateurs de musique anglo-saxonne. Mais son succès indique que le MP3 a quitté la sphère des pirates pour s’installer dans les habitudes culturelles des ados et jeunes adultes. L’iPod, s’il n’est pas le seul lecteur disponible sur le marché, est en tout cas celui qui a initié le mouvement et reste un modèle de convivialité. Blanc depuis sa naissance, il est désormais également décliné en noir dans cette nouvelle version. On regrette cependant que, vu le prix, sa surface soit si sensible aux griffes et qu’Apple n’ait pas jugé bon d’y joindre une pochette de protection...

Article paru dans Le Ligueur en 2005.