::: Agenda ::: ::: Lire ::: ::: Jouer ::: ::: Cliquer ::: ::: Bouger ::: ::: Consommer ::: ::: Zapper :::





*** A ne pas rater ***

Pas de conseil particulier pour l'instant.

*** Conseillé par WEEK-ENDS.BE ***

Pas de conseil particulier pour l'instant.
Pour accéder à l'agenda complet cliquer ici

[:::: Imprimer cet article :::: ]

::: Gotlib, quatre décennies d’anti-déprime :::

  

Dans les années 60 à 80, on le voyait partout. Gotlib a dépucelé l’humour et offert à la bande dessinée certains de ses plus beaux fous-rire. Depuis les années 90, il s’était fait rare. Mais ses éditeurs semblent le redécouvrir aujourd’hui, multipliant les rééditions de ce que l’on n’hésitera pas à qualifier de chefs-d’œuvre. Dans ce(s) cas-ci, pour une fois, l’expression n’est pas galvaudée. Si la déprime vous guette, voici un traitement choc.

Les Etats-Unis ont eu Tex Avery, Chuck Jones, le journal Mad, qui ont dynamité l’humour. La France a eu la chance de voir naître Marcel Gotlib, Hamster Jovial, Pervers Pèpère et Fluide Glacial. Un style reconnaissable entre tous, un type d’humour au niveau de délire jamais atteint depuis, et un culot monstre dans la manière de traiter tous les sujets, qui faisait à chaque fois reculer un peu plus ces tabous et cette auto-censure qui ont tant enfermé les auteurs de bande dessinée... jusqu’à ce qu’il les fasse tous imploser, les uns après les autres (les tabous, pas les auteurs).

Humour bric-à-brac

Pour les lecteurs de Pilote, où il anima « Les Dingodossiers » avec Goscinny avant que celui-ci ne le pousse à voler de ses propres ailes, il est l’inoubliable créateur de la « Rubrique-à-Brac », concentré d’humour explosif d’une incroyable densité, que les éditions Dargaud ont eu la bonne idée de rééditer en intégrale. Un incontournable de toute bibliothèque digne de ce nom et l’un des livres majeurs de l’histoire de la bande dessinée franco-belge.

Gotlib y réécrit à sa façon des pans entiers de notre culture et s’attaque aux mythes de la littérature populaire et de la bande dessinée. On y suit, de page en page, toute son évolution. Au fil des années, le délire s’accentue, l’humour devient extrême, le dessin de plus en plus nerveux. Mais, dans Pilote, il ne peut aborder certains thèmes, doit encore s’imposer des limites. Tout est donc en place pour qu’il puisse se lancer dans un projet qui lui tient à coeur : un magazine qui serait consacré totalement à l’humour adulte. Après L’Echo des Savanes, créé avec Bretécher et Mandryka, il lance Fluide Glacial en 1975. Trente ans après, ses effets se font encore sentir sur le monde de la BD, qu’il a totalement déniaisé.

Rhââ !

On en trouvera la quintessence dans ses albums Rhââ Rhââ Lovely et Rhâ Gnagna, cinq tomes dont l’intégrale est sortie aux Editions Fluide Glacial, accompagnée, cerise sur le gâteau, d’un ex-libris inédit. Débarrassé de toute censure puisqu’il s’adresse désormais aux adolescents et aux adultes, Gotlib s’y déchaîne à fond, passant à la tronçonneuse d’un humour dévastateur tous les tabous de l’époque. Osant tout, des gags pétomanes à des récits à clés sur fond de psychanalyse, très à la mode à l’époque. On y lit une libération totale, dans la suite de celle amenée par Mai 68. Masturbation, zoophilie, inceste, fellation, scatologie... Gotlib y tourne en dérision tous les thèmes liés à la sexualité, avec une énergie jouissive et débordante, s’autorisant tous les excès. Il déboulonne aussi quelques mythes tels que le Petit Prince, Alice au Pays des Merveilles ou même son débonnaire Gai-Luron... quand il ne s’agit pas de l’ultime tabou de la bande dessinée de l’époque : la religion et ses idoles. Mais, entre ces récits iconoclastes, on trouve aussi de grands moments d’émotion. Comme ce maire de village qui va signer l’acte de destruction d’un petit bois et qui se trouve tout à coup face à lui, enfant, venant le traiter de salaud parce que ce petit bois était son terrain de jeu. Comme cet auteur de bande dessinée qui lui ressemble étrangement et qui se retrouve plongé dans une bande dessinée dont les personnages ne cessent de le remettre en question. Mais parmi tous ces récits, celui qui restera sans doute culte pour tous les lecteurs de l’époque et qu’il dessina dans L’Echo des Savanes est celui qui montre, sans une parole, le réveil d’un homme d’affaires, très propre sur lui lorsqu’il se trouve en société, mais qui, chez lui, amalgame toutes les formes de vulgarité de l’Homo Erectus Modernus.

Youkaïdi, dirladada

Avant cela, Gotlib s’était déjà défoulé dans le mensuel Rock and Folk, avec une parodie des bandes dessinées scoutes, Hamster Jovial, où tous les ingrédients de cet humour débridé étaient déjà présents. Hamster Jovial était le CP d’une petite patrouille de scouts apparemment naïfs, innocents et niais. Lui est passionné de musique. Ce qui nous vaut, en double page en couleurs, un pastiche des grands albums de l’époque (les moins de trente ans devront s’informer s’ils veulent profiter de toutes les allusions qui y figurent...), des Beatles à Deep Purple en passant par les Rolling Stones, Zappa ou John Lennon. Mais les hormones le travaillent, lui et ses louveteaux, et si la plupart des gags démarrent sagement sur une référence musicale, ils ont plutôt tendance à déraper très vite sur des thèmes plus orgasmiques. « Hamster Jovial et ses louveteaux », qui est une sorte de chaînon manquant entre la Rubrique-à-Brac et les outrances de L’Echo des Savanes et de Fluide, a été réédité chez Fluide Glacial, avec un ex-libris inédit lui aussi.

Pas si pépère que ça...

L’incarnation de l’humour gotlibien ne serait-il pas « Pervers Pépère » (lui aussi réédité et - tiens, tiens ! - lui aussi accompagné d’un ex-libris) ? Gotlib l’introduisit un jour de 1975 dans une succession de strips à répétition sur l’exhibitionnisme. Le vieillard dopé au Viagra ne le quitta plus. Obsédé, Pervers Pépère ? Oui, mais pour rire. S’il poursuit les jeunes femmes en mini-jupe la nuit, s’il s’achète une poupée gonflable, s’il répond aux petites annonces gay des latrines publiques, s’il fréquente les dames de petite vertu, s’il achète à la tonne des revues cochonnes, ce n’est pas pour soulager une libido que l’on devine pourtant pressante, mais pour s’offrir l’un de ces fous-rires orgasmiques qui ponctuent inévitablement ses gags. Impossible de résister aux canulars de mauvais goût de ce potache septuagénaire resté éternellement accroché à un humour sous la ceinture qui, depuis que l’homme a reçu de la nature une quantité semble-t-il inépuisable de testostérone, le fait rire de l’adolescence à son dernier souffle. Et seuls les hypocrites nous diront le contraire...

Cela ne vous suffit pas ?

Dans Gotlib, tout est bon, me disait récemment mon charcutier. On plongera donc avec avidité sur ses Inédits exhumés par les éditions Dargaud et qui complètent (sans ex-libris inédit, mais avec une centaine de pages extraites de Pilote, l’Echo, Rock et Folk, Fluide, Actuel et Hara-Kiri, difficile de faire meilleur Curriculum Vitae) ses précédents albums parus chez cet éditeur - voir plus haut. Et sur tous ceux de Gai-Luron parus chez Fluide Glacial. Signalons aussi les Jactances 1 et 2 , chez Fluide, mais aussi ses Ecrits fluides, rires glaciaux, qui rassemblent ses célèbres éditoriaux, et J’existe, je me suis rencontré, ses mémoires, tous deux parus chez J’ai Lu. Si, après cela, la déprime vous guette encore, désolé, votre cas est incurable.

(par Patrick Pinchart)


[:::: Imprimer cet article :::: ]


Rechercher sur le site: