Dans les années 80, naissait un nouveau type de media : le livre-cassette. Les meilleurs livres y étaient lus, plus ou moins talentueusement, par des acteurs... ou des amateurs. Le concept connut un succès d’estime, puis s’étiola. Le CD lui donne une nouvelle jeunesse grâce à de jolis coffrets édités par Gallimard.

" Alice au pays des Merveilles ", " Les contes du chat perché ", les romans de Roald Dahl, " La guerre des Boutons ", " Vendredi ou la vie sauvage " ou encore " Le vieil homme et la mer "... tous ces immenses chefs-d’oeuvre de la littérature pour la jeunesse firent l’objet, il y a vingt ans, d’éditions en étranges coffrets. Lorsqu’on les ouvrait, on trouvait, à gauche, une ou plusieurs cassettes audio, et à droite, le livre dans sa version " Folio Junior ". Ainsi se présentait la collection " Un livre à écouter ", qui berça les enfants de l’époque. Le texte, intégral ou partiellement coupé, était lu par des comédiens... ou par l’auteur.

Harry Potter 1

Un concept qui provoqua un intérêt suffisant pour que d’autres éditeurs se lancent dans ce créneau, adaptant également des best-sellers pour adultes. Ceux-ci pouvaient ainsi profiter, par exemple, des longs trajets en voiture pour se cultiver, à des heures où les radios ne diffusent pas vraiment de programmes destinés à enrichir l’esprit humain. Mais de tels livres audio pouvaient également être utilisés par les malvoyants, qui pouvaient ainsi accéder librement au contenu de livres que, auparavant, d’autres devaient leur lire.

Mais la qualité n’était pas toujours au rendez-vous. Certains livres étaient lus avec un amateurisme consternant... et décevant. Et la cassette, support fragile, ne résistait pas indéfiniment aux relectures d’enfants passionnés, dont on sait qu’ils adorent réécouter à répétition les récits qui leur plaisent.

La nouvelle collection " Ecoutez lire " que Gallimard Jeunesse co-édite avec France Culture devrait relancer l’intérêt pour ces romans racontés. D’abord par la qualité et la fiabilité du support CD, qui offre une qualité sonore quel que soit le nombre de relectures. Présentés dans des boîtiers très pratiques, ces livres audio sont moins envahissants et nettement plus esthétiques que les affreux boîtiers des livres cassettes des années 80. Si le livre original n’accompagne plus sa version sonore, on y trouve cependant un livret comportant un court portrait de l’auteur et quelques informations sur le contenu du livre.

Harry Potter 2

Et le choix des livres, qui puise dans le même fonds éditorial que les livres cassettes (on y retrouve certains des titres de l’époque), s’est enrichi de nouveaux best-sellers.

Avec, en tête, Harry Potter, dont les deux premiers volumes des aventures sont déjà disponibles, lus par Bernard Giraudeau. L’apprenti-sorcier, qui a fait de son auteur, J.K. Rowling, l’une des femmes les plus riches du monde, est né dans son esprit au début des années 90, alors qu’elle était encore étudiante. Elle en entama l’écriture quatre ans plus tard, et ce premier essai littéraire fit mouche : enfants et adultes se l’arrachèrent, et chacun des volumes suivants devint un événement à l’échelle mondiale. L’adaptation cinématographique, excellente (ce qui est rare), amplifia encore le phénomène. Harry Potter a réussi à amener à la lecture des milliers d’enfants qu’on croyait définitivement allergiques au livre, et à passionner toutes les tranches d’âge.

Dans le cas de cette lecture, il s’agit d’éditions intégrales. Il a donc chaque fois fallu pas moins de huit CD pour caser la totalité des chapitres de chaque tome. Bernard Giraudeau se sort impeccablement de cet exercice difficile qui consiste à lire un texte durant huit. Mais nous ne conseillons à personne de le déguster en une seule fois...

Le Petit Prince Autre incontournable de la littérature enfantine, l’inusable " Petit Prince ". Avec un challenge de taille : Gérard Philippe en avait déjà réalisé une version, inoubliable, dans les années 50, d’une telle qualité qu’elle est toujours éditée aujourd’hui. Et c’est une référence, même si le texte, à cause de peu de place disponible sur les " 33 tours " de l’époque, avait dû être amputé. Ce conte, Antoine de Saint-Exupéry l’a écrit en 1942. On apprend dans le livret que le personnage du Petit Prince trottait dans l’esprit de l’auteur, qui le griffonnait un peu partout, et qu’après avoir demandé à un ami de réaliser les illustrations, il décida de les dessiner lui-même, demandant parfois à des amis de passage de prendre la pose. Le succès fut immédiat, dès la sortie du livre en avril 1943, et ne s’est jamais démenti depuis. Outre le livre, traduit en 115 langues et vendu à des dizaines de millions d’exemplaires, on trouve les dessins du Petit Prince sur des montres, des cahiers, des réveils, des miroirs, du papier à lettres... il est devenu une icône du Xxe siècle, au même titre que Mickey et Tintin. C’est Pierre Arditi qui a eu le courage de se lancer dans l’aventure de la lecture en 1995, aidé par onze comédiens.

On regrettera cependant deux choses. La première, c’est que le livret d’accompagnement soit si sommaire. A une époque où l’on tente, sur les DVD, d’offrir des " bonus " qui viennent enrichir le contenu, il est dommage que l’on n’ait pas plus d’informations et de documents dans ce complément. La seconde, c’est qu’il n’y ait aucune réalisation. Un acteur lit le textes, point. Un réalisateur, à l’aide d’effets sonores, de bruitages et de musiques de fond, aurait pu enrichir le texte de base et lui offrir une toute autre dimension. C’est évidemment bien plus coûteux, c’est plus une "dramatique" au sens "radio" du terme... Mais tellement plus excitant à écouter !