Présenté dans les salons de l’environnement comme un procédé révolutionnaire pour se chauffer, à base de lampes, le système Heliosphoton, vendu cinq à dix fois plus cher que ses concurrents, a été qualifié, par le magazine des consommateurs "Test-Achats", de "record en matière de tromperie des consommateurs". Une expérimentation "in vivo" durant trois années confirme cette conclusion.

"Le chauffage qui imite le soleil", annonce son inventeur, J. Lefevere dans ses dépliants publicitaires où se côtoient sa photo, des médailles de salons des inventeurs apparemment peu regardants, et une prose où le jargon perd le commun des mortels. "Heliosphoton neutralise les courants vagabonds et ses nombreux désagréments". Il serait "idéal pour la bioconstruction" et serait un élément "de régénération et de la salubrité des habitation anciennes et constructions neuves, qui permet de neutraliser les ondes nocives et ions positifs dégagés par des matériaux".

Le nombre de bienfaits que son inventeur annonce en fait "le" système de chauffage du XXIe siècle :
- il réduit les consommations d’énergie de 50% et plus
- il dissout l’humidité des murs
- il détruit les odeurs
- il est bénéfique pour la santé, celle des plantes, et des animaux
- il supprime totalement les zones froides
...etc.

Un record de tromperie
Les spécialistes de Test Achats (n°337), le magazine belge des consommateurs, ne partagent pas tout à fait l’enthousiasme de l’inventeur :
- " Le fabricant joint à son appareil toute une littérature pseudo-scientifique [1]. En résumé, il prétend que son appareil non seulement chauffe mais aussi produit des ions négatifs. Cette ionisation détruirait les odeurs, les poussières, les bactéries en suspension dans l’air ambiant. En outre, elle modifierait les molécules d’eau contenues dans les murs de votre habitation afin de les assécher. D’abord, nous avons constaté que l’appareil ne produit pas d’ions négatifs. Ensuite, en chauffant l’air qui peut alors contenir plus d’humidité, tout type de chauffage a tendance à sécher les murs."
- "Le fabricant prétend aussi qu’un chauffage électrique direct Heliosphoton de 1000 W équivaut à un chauffage électrique direct classique de 3000 W. Nous avons au contraire mesuré et constaté qu’un Heliosphoton de 1200 W équivaut et se comporte comme un convecteur de même puissance, alors que le fabricant annonce des économies de 50 à 60%".

Le magazine des consommateurs énumère également de nombreux problèmes de sécurité et conclut : "Au total, nous sommes en présence d’un record en matière de tromperie des consommateurs : l’Heliosphoton est horriblement cher, plusieurs affirmations de la publicité du fabricant sont trompeuses et l’appareil fait défaut au niveau de la sécurité. Nos essais ont montré qu’il se comporte comme un convecteur classique 5 à 10 fois moins cher".

Une arnaque bien enrobée
Durant trois années successives, le chauffage Heliosphoton a été installé dans une petite maison chauffée auparavant à l’électricité, en tarif jour/nuit. C’est l’inventeur lui-même qui est venu installer les radiateurs (une installation qui consiste simplement à... raccorder la prise des appareils aux prises murales de la maison).

Avant l’installation, la consommation annuelle d’électricité "jour" était de 4990 KWH.

Les résultats sont concluants :
- alors que le fabricant annonce une consommation d’énergie de 50%, c’est un doublement de la consommation "jour" qui a été mesuré : 10.280 KWH la première année, 11.844 KWH la seconde.
- aucune diminution des odeurs n’a été mesurée, et l’Heliosphoton n’a rien pu faire contre des odeurs d’odeurs d’eaux usées apparues à un moment suite à un problème de refoulement des canalisations.
- alors que l’appareil est annoncé comme "conçu pour durer une vie", un appareil était déjà en panne après deux ans et demi.
- les zones froides des pièces sont restées aussi froides qu’avec l’ancien système de chauffage.
- il n’a aucunement réduit l’humidité des murs
- le fait qu’il ne stocke pas l’énergie, un facteur présenté comme un argument positif, s’est révélé un inconvénient coûteux : l’inventeur ayant proposé de le faire fonctionner la nuit pour accumuler la chaleur dans les murs, la consommation de nuit a été considérable sans gain de chaleur la journée.

La remplacement de l’Heliosphoton par un autre système a immédiatement ramené la consommation électrique annuelle à la normale : 4088 KWH.

A la demande de remboursement du matériel défectueux, la réponse du fabricant a été claire : "Je ne reprends pas d’appareil". Point final.

Point final ? Pas vraiment. Car, à propos de l’Heliosphoton, le Service de Contrôle du Ministère des Affaires Economiques nous a adressé l’extrait suivant du "Moniteur", le journal officiel belge :

Un modèle interdit à la vente par l’Etat belge ! Voilà qui confirme les craintes de Test Achats relatives à la dangerosité de l’appareil. Et n’améliore pas les conclusions relatives à cette "invention".


[1Quelques morceaux choisis du jargon scientifique des documents de promotion de l’Heliosphoton :

Le rendement se décompose en deux phases :

Phase 1 :
Electrothermique - la chaleur des ampoules donne un pourcentage de chaleur analogue à celui dégagé par les chauffages électriques classiques. C’est la PHASE PAYANTE.

Phase 2 :
Photothermique - les photons s’échappant des lampes incandescentes (déjà payés) sont violemment freinés à courte distance sur l’acier spécial qui entoure les lampes (effet RAMAN) provoquent leur transformation en ionisation négative.

(...)

Depuis sa source de production, l’énergie électrique est amenée par des conducteurs au compteur de l’usager. Lorsqu’un point defaible résistance est offert à cette énergie, celle-ci s’échappe selon une vitesse inversément proportionnelle à la masse du support. Le transfert d’énergie doit donc s’opérer au mieux pour le résultat désiré (chauffage de l’air) avec le minimum d’effet d’absorption du support.

Dans le cas de l’électrothermie, pour que ce transfert d’énergie électrique consommée s’opère, il faut nécessairement entretenir pour une résistance de 100 watts, une masse de 1160 mm3 à 830°C.

Dans le cas d’HELIOSPHOTON, la photothermie, la masse métallique pour une lampe de 100 watts est 100 fois plus petite soit 11 mm3 portée aux environs de 3000°C. Cette résistance à l’abri de l’air donne une chaleur intense (ampoule brûlante) et une lumière très vive (métal incandescent).
Le faible volume de la résistance de l’ampoule ne pouvant contenir l’énergie, celle-ci se dissipe sous forme de rayonnements dont 20% d’incandescence. L’énergie mise en transfert par l’incandescence produit un rendement calorifique très élevé contre une perte minime absorbée par le support (11 mm3).