Le talent n’attend pas le nombre des années. Le cinéma a apporté la démonstration de ce lieu commun tout au long de son histoire.

Comme dans la littérature, les films pour la jeunesse ont profité du don inné qu’ont les enfants à jouer la comédie. Depuis Shirley Temple ou Judy Garland, combien de films dont les héros sont des enfants ?

Roald Dahl ne fut pas étranger au phénomène. L’œuvre du célèbre écrivain est une abondante source d’inspiration pour les réalisateurs. En 1971, il adaptait déjà “Charlie et la Chocolaterie” [1], l’un de ses romans les plus populaires.

Charlie, un jeune garçon issu d’une famille extrêmement pauvre, passe tous les jours devant une usine qui produit le meilleur chocolat du monde. Le propriétaire, Willy Wonka, en garde les portes fermées afin que personne ne puisse lui voler ses secrets de fabrication. Mais, un jour, il lance un grand concours : cinq feuilles d’or ont été glissées dans cinq des millions de tablettes de chocolat disséminées dans le monde. Ceux qui les trouveront seront invités à visiter sa chocolaterie. Par miracle, Charlie parvient à en trouver une.

Le voilà donc parti à la découverte d’une usine totalement loufoque en compagnie des quatre autre gagnants, des enfants infects, pourris, capricieux. Willy Wonka, inventeur génial et farfelu, les éduquera à sa manière : bizarre et délicieusement cruelle.

Le film a pris quelques rides, mais l’adaptation est relativement fidèle au roman - les enfants ne manqueront pas de vous faire remarquer les moments où ce n’est pas le cas.

Des adultes é-pou-van-ta-bles

Roald Dahl n’aimait pas les méchants et cette savoureuse cruauté vis-à-vis de personnages haïssables a un effet salutaire. Au moins, dans ses contes, ils n’ont que ce qu’ils méritent, nous consolant d’une réalité où c’est rarement le cas.

Prenez Madame Trunchbull. C’est la pire. Elle hait, elle déteste, elle abhorre, elle exècre, elle abomine les enfants. Or, elle est directrice d’une école primaire. D’une sorte de bagne, plutôt, qu’elle dirige avec des arguments frappants et des méthodes qui n’ont rien à envier aux salles de torture du Moyen-âge.

Matilda [2] n’était déjà pas gâtée avant de tomber entre ses mains : alors qu’elle sait lire depuis l’âge de deux ans, ses parents - un couple de crétins abrutis par une consommation abusive de programmes télévisés - rejettent complètement cet enfant qui passe son temps dans des livres.

Dans ce monde impitoyable qui aurait plongé tout autre enfant dans un état dépressif profond, Matilda y puise sa force de survie : jamais elle ne ressemblera à de tels adultes ! Et tout change lorsqu’elle se découvre soudain un don qui va lui permettre de faire payer trèèèèèèèès cher à ces abominables grandes personnes les sévices qu’elles lui ont fait subir.

Danny De Vito a amplifié à l’extrême le burlesque du roman de Roald Dahl, sombrant souvent dans un mauvais goût qui n’était pas vraiment indispensable.

Maman d’une couvée d’oies

Heureusement, il y a “L’Envolée sauvage” [3] pour nous apporter une brise de fraîcheur. Le jeune Amy, l’héroïne, a quatorze ans lorsque sa mère décède dans un accident de voiture. Elle doit donc aller vivre avec son père, qu’elle n’a plus vu depuis des années et qui habite dans une ferme au Canada avec une autre femme.

Hostile à ce couple qu’elle considère comme étranger, elle s’enfonce dans le mutisme et l’ennui jusqu’au jour où elle sauve des oeufs d’oie sauvage. Ceux-ci donnent naissance à de jolis petits oisillons duveteux qui - par le phénomène de l’”imprégnation” démontré par les éthologistes - la prennent pour leur mère. Amy joue ce rôle avec passion. Elle les nourrit, leur apprend à marcher, à courir. Mais, problème, ce sont des oiseaux migrateurs.

A l’automne, les oies devront partir pour le Sud. Il faut donc également leur apprendre à voler. Son père est heureusement bricoleur : il construit un petit ULM qui, conduit par Amy, lui permettra de les emmener à leur lieu d’hivernage. Scellant ainsi sa réconciliation avec son père.

Un film splendide, qui joue avant tout sur la sensibilité des rapports entre les personnages. Et qui sonne vrai, chose de plus en plus rare dans un cinéma américain qui se borne de plus en plus à confondre scénarios et recettes de marketing.


Article paru dans "Le Ligueur" en 1998.


[1“Charlie et la chocolaterie”, environ 1 h 30, “Warner Bros Family Entertainment”. A partir de six ans.

[2”Matilda”, environ 1 h 30, “Columbia Tristar Home Vidéo”. A partir de quatre ans.

[3“L’Envolée sauvage”, environ 1 h 45, “Columbia Tristar Home Vidéo”. A partir de six ans.