Pour être en contact avec la campagne, les enfants devront-ils désormais se contenter de leur version virtuelle ?

Les champs disparaissent, rapidement remplacés par les les lotissements-dortoirs et les "zones d’activités" en béton où entreprises et commerces occupent désormais l’espace jadis dédié au maïs, aux céréales et aux betteraves. Avec cette disparition progressive de la ruralité à proximité des villes, combien de petits citadins ont encore l’occasion d’approcher une vache, un mouton ? Hors des journées portes ouvertes, combien mettront encore les pieds dans la cour d’une ferme ?

C’est tout un pan de notre culture qui est en train de disparaître avec la croissance démesurée des villes. Et si nous n’y prenons garde, il n’existera bientôt plus, comme tant d’autres facettes de notre patrimoine, que sous la forme d’images diffusées dans des émissions documentaires à la télévision ou sur des CD-ROM nostalgiques.

Une ferme rétro
On a déjà un peu cette impression en découvrant le CD-ROM "La ferme de Paille la Canaille" [1]. L’enfant y hérite d’une belle ferme comme il en reste encore quelques-unes chez nous, avec son bâtiment principal, son poulailler, sa cour intérieure, son verger, son étable, etc. Elle lui a été léguée par un grand-père qui, tout au long de cette aventure, va lui raconter ce qu’était la vie à la ferme. Mais le jeune joueur aura aussi l’occasion de la pratiquer. En fait, rien ne va plus, dans cette exploitation. A cause d’un épouvantail farfelu qui y règne en maître depuis la disparition du propriétaire des lieux. Il faut donc tout remettre en état, et accomplir les différents travaux que l’on attend d’un fermier. S’occuper des animaux, des cultures, du matériel, et cela, en toutes saisons. Il va falloir tenir un an. Quatre saisons, au cours desquelles l’enfant devra accomplir plusieurs missions (au moins deux par saison) : rentrer les vaches à l’étable, réparer les machines agricoles, ramasser les œufs, planter son potager, ranger les sacs de blé, chasser les taupes, trier les pommes, etc.

Ce jeu permet d’explorer une ferme en 3D, avec des effets d’animation très réussis et de superbes décors qui différencient bien son aspect tout au long des quatre saisons. La partie graphique est vraiment magnifique, bien pensée et très cohérente. Des décors désuets, ceux de véritables fermes que l’on peut encore trouver en Europe. On la visite dans tous les recoins, récoltant les feuillets, éparpillés par Paille la Canaille, d’un carnet de secrets d’un oncle, où sont expliqués l’alimentation, le matériel agricole, les récoltes, etc. C’est une vraie réussite au niveau des jeux et de la partie plus éducative, très créative.
On est vite agacé, par contre, par les apparitions intempestives de l’épouvantail qui, à chaque pas, refait une apparition pour proposer une devinette ou une énigme. D’autant plus que, même sur un ordinateur puissant (Powerbook G3), l’animation est terriblement saccadée. On est aussi ahuri devant la boulimie des développeurs. Alors qu’ils annoncent que 100 Mb sont nécessaires à l’installation, ils placent sur le disque dur cinq fois plus, soit un demi Gb de données, du jamais vu pour un logiciel ludo-éducatif ! Un jeu dont on doit donc déconseiller l’achat aux personnes ne possédant pas un ordinateur puissant et un gros disque dur. Et c’est vraiment dommage !

Prisonniers des glaces
"Tabaluga défie Arkos" [2] est moins ambitieux, mais aussi plus raisonnable en termes de ressources, et donc accessible aux machines plus anciennes. Il a également pour but de faire découvrir certains aspects de la nature, mais via des fiches auxquelles l’enfant accède après avoir réussi de petites épreuves.
L’environnement est celui d’un palais de glaces dans un pays nordique où vit le petit dragon Tabaluga. Tous ses amis ont été enlevés par le méchant Arktos, qui les a transformés en statues de glace et placés dans la salle des trophées de son palais. Pour aider le dragon à les délivrer, il va falloir accomplir diverses missions. Cela va d’exercices très simples tels que décoder un message secret à l’aide d’un dictionnaire de codes, joueur au jackpot, reconstituer une clé cassée, etc.... à des épreuves beaucoup plus compliquées comme réparer les tubes d’une machine à vapeur très compliquée alors que des pingouins ne cessent de la démonter. En passant par un tir sur flocons ou sur des volatiles ennemis !
Lorsque ces mini-épreuves sont réussies, un animal est libéré et l’on accède à une courte animation et à une fiche documentaire à son sujet. Une fiche un peu tristounette lorsqu’on connaît les possibilités du multimédia : elle ne contient que du texte et une gravure de l’animal.

On oubliera donc cet alibi pédagogique pour ne retenir que la partie ludique, variée mais pas toujours d’une grande cohérence graphique (la réalisation de certains écrans est même plutôt décevante) ou scénaristique (alors qu’on se trouve dans une salle du palais, on est soudain expédié à l’extérieur, en train de tirer sur des volatiles, ce qui n’est pas extrêmement logique).
Une réalisation sympathique, cependant, grâce à la variété des jeux.

Article paru dans "Le Ligueur" en 2002.