L’Internaute est un grand mystère pour les spécialistes du marketing et ceux-ci multiplient les études afin de tenter de mieux le cerner. La dernière en date est due à la SOPRES, qui a rassemblé les données des 250.000 personnes inscrites à son service "Jamesmail" et qui tente à son tour, à partir de celles-ci, de dresser un portrait-robot des Internautes belges.

Avant tout, une précision. "Jamesmail" est un site qui vous permet de recevoir des offres publicitaires par e-mail. Une étude basée sur les personnes qui ont fait l’effort de s’inscrire afin de voir leur boîte aux lettres polluée par des messages promotionnels ne peut qu’être fortement biaisée : ce n’est pas le comportement de l’Internaute moyen. De plus, Jamesmail impose aux Internautes de donner des informations personnelles. Et une tendance qui se généralise est de se méfier de ce genre de questionnaire et d’indiquer des informations erronées, afin de protéger sa vie privée.

Ces précautions étant prises, les résultats rassemblés sur 250.000 personnes, même fortement biaisés, peuvent indiquer des tendances. D’où l’intérêt de les citer ici.

La principale est l’égalité hommes-femmes qui semblerait (notez le conditionnel, que nous maintiendrons pour les raisons évoquées ci-dessus) atteinte. Alors que la population belge compte 48.3% d’hommes et 51.7% d’hommes, les inscrits à Jamesmail sont... 48.2% masculins et 51.8% féminins. Internet ne serait donc plus simplement un media masculin.

L’idée que ce sont principalement les jeunes qui surfent ne serait pas vérifiée ici, où ce sont plutôt les tranches des 30 à 44 ans qui sont les plus représentées. Plus qu’une révolution, ne faut-il pas plutôt interpréter cela comme un biais de l’étude ? D’abord, parce que les jeunes de moins de seize ans ne peuvent s’inscrire à Jamesmail, ensuite parce qu’on imagine moins les plus jeunes intéressés par ce type de services.

Au niveau de la répartition géographique, pas de surprise : la "pénétration à travers les dix provinces belges correspondrait à la répartition statistique de la population belge en général", sans différence réelle entre monde rural et monde citadin. Mais avec une sur-représentation dans le brabant flamand (plus riche), et une sous-représentation dans le Hainaut (plus pauvre). Les utilisateurs les plus nombreux viendraient d’ailleurs des classes supérieures et moyennes, les plus pauvres se connectant moins.

Au moins, l’étude vient-elle confirmer ce que l’on pouvait intuitivement supposer, c’est toujours ça.

Mais l’on peut se demander l’intérêt de tels résultats. Ne serait-il pas plus intéressant d’interroger les non-Internautes sur les raisons pour lesquelles ils ne se connectent pas à Internet ? Et de tenter de trouver des solutions à cette inégalité flagrante qui veut que 1/3 des Belges ont accès à une base énorme d’informations et de services de laquelle les deux tiers restants sont totalement exclus ?

Article paru dans "Le Ligueur" en 2002.