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::: Internet face à la guerre :::

  

Dès l’annonce de l’attentat contre le World Trade Center et le Pentagone, Internet a été, pour des millions de personnes, le relais de toutes les informations. Après une inévitable période de chaos, il a retrouvé son statut d’indispensable contre-pouvoir.

Une "boulimie" d’informations, l’expression n’est pas exagérée. Nous avions tellement besoin de nouvelles, ce 11 septembre 2001 !

Besoin de tant savoir, de tout savoir. Pour être certains que nous n’étions pas en train de rêver ; de revivre "La guerre des Mondes", de Wells, qui, durant les années, trente, sema la panique aux Etats-Unis lors de sa diffusion radio. Pour confirmer que cette horreur incroyable, tellement énorme que nous ne trouvions pas de mots assez forts pour la qualifier, était bien réelle ; qu’elle se déroulait bien dans notre monde et pas dans un studio de cinéma américain.

Besoin de comprendre, aussi. Comme si l’on pouvait comprendre le fanatisme qui pousse des hommes à précipiter des milliers d’autres dans le cauchemar !
Besoin de s’accrocher à autre chose que ces images télévisées qui vont trop vite, de ce torrent d’images et de mots où chaque minute nous fait plonger encore plus profondément dans l’apocalypse.

Alors, tous ceux qui le pouvaient ont zappé, de la TV à Internet, surfant compulsivement de chaîne en chaîne et de site en site pour grapiller le plus petit bout d’information. Comme des drogués en état de manque.

Internet, pendant
Internet a été à la hauteur de sa réputation. On y a tout trouvé, dès les premières minutes du drame. Avec ses défauts traditionnels : un melting-pot d’informations brutes, non décryptées, de réactions à chaud, d’initiatives généreuses et de témoignages émouvants.

Les sites des principaux medias ont été pris d’assaut. Nombre d’entre eux ont rendu l’âme, leurs serveurs ne parvenant pas à suivre la demande. Tous ont dû se résoudre à répondre à la surcharge énorme de connexions en réalisant une page spéciale, ultra-légère, avec les dernières informations. L’essentiel. Aller à l’essentiel, tant pis pour les gadgets technologiques et les belles mises en page. Diriger les Internautes vers les pages les plus importantes, d’un clic.

Sur les sites-portails comme Yahoo ou Lycos, les dépêches tombaient de minute en minute, au fur et à mesure qu’elles arrivaient des multiples agences de presse, sans ordre. Trop, beaucoup trop. Des vidéos. Des photos. Outre celles des rues de Manhattan dévastées et des tours attaquées, les premiers visages de victimes. Un pilote d’avion, une hôtesse. Un couple et quelques phrases, celles que la femme a téléphonées à son mari, par GSM, alors qu’elle était coincée dans la tour en feu.

Très vite, des sites ont tenté d’organiser le chaos. Le magazine "L’Internaute" a rassemblé, sur une page spéciale, la liste des endroits où l’on pouvait trouver des documents. L’explosion terrifiante, les tours qui s’écroulent, les survivants recouverts de cendres qui fuient, qui crient, qui pleurent. Les documents de chaînes télévisées voisinent des vidéos amateurs. Et des listes de noms. De survivants. De sociétés présentes dans les tours martyres. De passagers dans les avions kamikazes.

Internet, après
D’abord abasourdis, sans voix comme le reste du monde, les forums de discussion mettent un temps à réagir. Les premiers témoignages de survivants arrivent. Avec eux, les réactions de choc, de tristesse, puis de colère. Là aussi, les interventions émouvantes sont noyées sous des centaines de messages primaires, à vif, sans retenue, parfois ouvertement racistes.

Sur le forum de Libération qui devait permettre aux témoins du drame de partager leur récit, le débordement est tel que la Rédaction est obligée de le fermer plusieurs jours : "Sur ce forum, ouvert aussitôt connus les attentats aux Etats-Unis, les messages sont arrivés par centaines. Réactions, indignations, émotions, réflexions, la quasi-totalité a été publiée. Il est normal que chacun ait voulu s’exprimer ici. Mais la confusion internationale engendrée par les attentats aux Etats-Unis se retrouve ici. Une impression de cacophonie se dégage à la lecture de vos messages. On y parle de tout pour finalement, le plus souvent, ne parler de rien. Nous avons donc décidé de faire une pause."

Le courrier électronique montre également sa puissance. Très vite, de premiers messages, aussitôt envoyés à tous les membres des carnets d’adresses des destinataires, indiquent comment et où aider. Par le don de son sang, ou par un versement sur le compte en banque de la Croix-Rouge. Les premiers escrocs sont là aussi : ils tentent d’orienter les dons vers leur propre compte en banque. Ou les mauvais plaisantins : un message circule, "démontrant" que Nostradamus avait prévu le massacre.

Aux Etats-Unis, des chaînes de courrier d’appels à témoins sont lancées, avec des listes de noms de personnes dont on cherche la trace.

En Europe, la plupart des "newsletters", ces lettres d’informations spécialisées envoyées par courrier électronique, décident d’interrompre leur parution, ou se consacrent au drame.

Celles qui ne le font pas et continuent à traiter normalement de leur sujet sont perçues comme indécentes. "Un site par jour" devient "Pas de site par jour" et, au lieu de nous conseiller un site Internet à visiter, fait suivre à tous ses abonnés le message d’un survivant belge : "Lorsque ça s’est produit, j’étais a la Mission belge. J’avais regardé CNN avant de quitter l’appartement, et les "breaking news" annoncaient deja le premier crash. J’ai cru a un accident, bêtement. C’est en arrivant que j’ai appris le second crash. Tout le monde était deja devant l’unique television de la Mission, installée dans le bureau de l’Ambassadeur. Certaines femmes pleuraient, certains hommes essayaient bêtement d’appeler les Affaires Etrangères, à Bruxelles. Et puis un autre avion s’est ecrasé sur le Pentagone. Et puis la première tour s’est effondrée. Et puis la deuxième aussi. (...) Herman, le Chancelier, était livide. Son appartement se trouvait juste a côté du WTC, et sa famille était injoignable. A l’heure qu’il est, j’ignore encore si la femme et les enfants d’Herman sont vivants.(...)"

Internet, le débat
Après quelques jours, vient le temps du recul. "Courrier International" décrypte la presse du monde entier pour montrer comment l’événement a été perçu et commenté tout autour de la planète. Et raconte "150 minutes de terreur".

Des enseignants, dans le "Café Pédagogique", proposent une fiche pour permettre à leurs collègues de parler des événements avec leurs élèves. Et différents sites, comme L’Internaute, répondent au manichéisme en train de naître par des dossiers montrant la couverture des attentats par les medias arabes.

Alors que des "hackers" (pirates informatiques) annoncent qu’ils vont tenter de détruire les systèmes de communication des pays hébergeant des terroristes, le magazine Transfert rétorque que les actions de ces "gamins immatures" ne serviront à rien : "on ne peut pas attendre une libéralisation d’un pays si on le force à se replier sur lui-même, en le privant de toute infrastructure lui permettant d’avoir accès au reste du monde (ondes, journaux, Internet)".

Internet redevient ce contre-pouvoir capable d’apporter un autre regard que celui des medias officiels, dont sont dénoncés les effets pervers. Au ton "va-t-en-guerre" de Busch et de CNN, on réplique par des appels au calme, relayés là aussi par Transfert dans un article intitulé "Paix sur le web !" : "Tandis que continue de s’afficher en grosses lettres rouges et noires " America’s new war " (la nouvelle guerre de l’Amérique) sur les écrans de CNN, certains tentent de faire valoir que la guerre n’apportera rien, sinon de nouveaux prétextes pour les terroristes. (...) Les médias semblent accepter et relayer l’idée selon laquelle les États-Unis et le reste de la planète ont déclaré une guerre totale visant à éradiquer le terrorisme. Mais quand bien même tous les terroristes seraient-ils exécutés, il est fort probable que quelques mois plus tard, de nouveaux terroristes se lèveraient pour commettre d’autres atrocités."

Ce matin, un e-mail dans ma boîte aux lettres : "Et si le Net pouvait servir à quelque chose ?" C’est une "chaîne" de courrier, une pétition que l’on envoie à tous ses correspondants après y avoir ajouté son nom. "Pour échapper à la destruction, nous devons nous mobiliser et pousser les dirigeants qui tiennent notre destin entre leurs mains à trouver des solutions positives et intelligentes ne mettant pas la Terre en danger. (...) Nous souhaitons que tous les pays s’unissent pour adopter une solution NON VIOLENTE capable de vaincre le terrorisme une fois pour toutes. C’est une question de survie. Et de dignité." [1]

Internet, lui aussi, est donc parti en guerre. Contre les idées toutes faites, les solutions trop rapides et le patriotisme belliqueux, tellement prompts à renaître en temps de crise que certains oublient qu’il existe peut-être d’autres voies que les bombes pour les résoudre. Même lorsqu’elles sont aussi graves et aussi intolérables que celle-ci .


[1Malheureusement, ce message était un "hoax", un canular, et l’adresse de réponse menait dans le vide. Le site Hoaxbuster l’a annoncé quelques jours plus tard. NDLR.

(par Patrick Pinchart)


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