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::: Internet la galère :::

  

Internet, c’est à la portée de tous, pratique et gratuit, disent les médias et les nombreux magazines consacrés au phénomène. Alors, pourquoi la planète entière n’a-t-elle pas encore été frappée par la grâce du "réseau des réseaux" ?

"Quoi, t’as pas encore d’"iméééle" ?" La personne qui pose la question en a un, visiblement. Un quoi ? Un e-mail, voyons, une adresse électronique. "C’est tellement faciiiile, pour s’écrire, se forwarder des fichiers, et tout. Mais tu vis encore au XXe siècle, mon pauvre vieux !"

C’est qu’il y a désormais ceux qui ont été initiés au Grand Miracle d’Internet, et tous les autres, issus d’une autre époque où l’on se téléphonait, l’on s’écrivait de petits mots ou l’on se parlait de vive voix plutôt que de tapoter, vite fait, bien fait, quelques lignes sur un clavier qui seront expédiées, quelques secondes plus tard, à l’autre bout du monde... ou à son voisin de bureau. D’un temps où l’on ouvrait une encyclopédie corpulente pour trouver quelques paragraphes d’informations alors qu’il est si facile de trouver quelques dizaines de milliers de pages qui traitent du même sujet grâce aux moteurs de recherche qui sillonnent gratuitement les trillions de sites Internet.

Mais si c’est si à la portée de tous, si facile, si gratuit, si indispensable, tout ça, comment se fait-il que l’Homo Erectus ne soit pas déjà passé au stade ultime de son évolution, l’Homo Internetus ?

Peut-être parce que, contrairement à ce que tous les initiés disent, ce n’est ni à la portée de tous, ni facile, ni gratuit, tout ça. Et qu’il est tout à fait possible de vivre sans les bienfaits d’Internet. Mieux, peut-être.

À la portée de tous ?
"- Donc, moi aussi, en rentrant chez moi, tout à l’heure, je peux avoir accès à Internet ?
- Oui, c’est à la portée de tous, vraiment, il suffit d’ouvrir ton ordinateur et de te connecter via ton modem à un fournisseur d’accès.
- Ah... Euh, parce qu’il faut TOUT ça ?"

Oui, il faut TOUT ça. On ne peut encore disposer des bienfaits du réseau sans sacrifier au préalable une bonne liasse de billets de dix mille francs en matériel. Et n’espérez pas récupérer l’ordinateur acheté il y a cinq ans, non, non, ce serait trop facile : les développeurs de logiciels ont tout fait pour le rendre "obsolète", comme ils disent, en concevant des programmes trop gourmands, obèses, qui étouffent littéralement les configurations qui ont dépassé les deux années d’existence.

Alors qu’il y a cinq ans, justement, même la plus rachitique des machines "surfait" confortablement de site en site, il faut désormais investir dans un ordinateur multimédia. Dont on sait, le jour de l’achat, que l’Empire Microsoft et ses équivalents le rendront cachectique à la prochaine mise à jour de leurs logiciels.

"- Mais on m’a dit qu’on pouvait se connecter via la télé ?"
Oui, on peut. A condition d’acquérir (en tout cas, dans un avenir plus ou moins proche) une "set top box", une sorte de décodeur qui joue le rôle d’un ordinateur. Encore appelé "Web TV", ses capacités sont encore pires que celles des ordinateurs du lustre passé. Les prototypes que nous avons pu tester sont catastrophiques : la taille de la fenêtre est trop petite pour de nombreux sites, l’affichage sur l’écran de la télévision est tellement mauvais que les textes doivent être grossis pour devenir lisibles, transformant la mise en page en une bouillie incompréhensible, bref tout pour vous dégoûter en moins d’une heure du surf sur Internet.

"- Et mon GSM ? Il paraît qu’avec un simple téléphone portable, on a désormais accès à Internet... avec le, euh, OUAP ?"
Le WAP, c’est l’ultime et l’une des plus belles arnaques du siècle écoulé. Les publicités qui annoncent qu’il est possible de surfer sur Internet avec ces téléphones trompent les clients potentiels. Ces modèles ne permettent de se connecter qu’à un certain type de sites, aux capacités très réduites. L’écran d’un GSM est trop petit pour afficher autre chose que de petites images en noir et blanc et des textes très courts, ce qui limite drastiquement les possibilités.
L’ordinateur est donc, malheureusement, incontournable. Et c’est un matériel qui est loin d’être à la portée de tous.

Facile ?
Expérience. Face à vous, un ordinateur. À l’intérieur, un modem. A l’arrière, un câble pour le connecter à la ligne téléphonique. Dans votre main gauche, un disque d’installation à un fournisseur d’accès. Dans la droite, la souris qui vous permettra de lire le mode d’emploi de celui-ci à l’écran ( au siècle d’Internet, on ne va quand même pas perdre du temps et de l’argent à imprimer un manuel en papier, quand même !).

A vous : connectez-vous à Internet et envoyez votre premier e-mail.

Les possesseurs de Macintosh, par le côté "plug-and-play" de la machine, risquent de moins souffrir que ceux qui ont opté pour un PC, mais aucun n’échappera, à un moment ou à un autre, à l’envie d’envoyer dans l’écran de la bête la précieuse potiche de Chine qui trône sur la bibliothèque. Car il s’agit de machines extrêmement complexes et les télécommunications ont encore augmenté leur degré de complexité. Même en utilisant les CD d’installation, qui tentent de limiter les problèmes, la configuration d’un ordinateur pour l’accès à Internet n’est pas chose aisée. Ce n’est pas pour rien que les services techniques des fournisseurs d’accès "gratuit" sont tellement surtaxés (45FB la minute, soit 2700 FB l’heure, que votre problème soit résolu ou non, et que vous ayiez eu un opérateur immédiatement ou après une demi-heure de "Tous nos services sont actuellement occupés, veuillez rester à l’appareil") : il est pratiquement inévitable que les novices y fassent appel, ce qui est une manière aisée de rentabiliser l’offre.

Une fois le cap de la connexion passé, il faut encore configurer son navigateur, puis son logiciel de courrier. Ce qui est loin d’être évident sans l’aide d’un initié. Ensuite, des jours et des jours seront nécessaires avant de comprendre comment surfer, comment envoyer et recevoir des e-mails, quelles sont les erreurs à ne pas commettre, etc.

Mais le pire est à venir. Car vous avez beau avoir l’ordinateur le plus récent, avec la toute dernière version du navigateur le plus populaire, vient inévitablement le moment où un message d’erreur vient vous signifier que vous n’avez pas la configuration qu’il faut. On s’aperçoit très vite qu’Internet vit sous la dictature des développeurs des sites. Vous avez un écran 600*800 ? Tel site vous annonce qu’il est "optimisé pour les écrans" 764*1028 et vous ne verrez donc qu’une partie des informations. Vous surfez avec Netscape ? Manque de bol, le site où vous venez d’aboutir a été fait pour Microsoft Explorer et vous conseille poliment, avant d’y pénétrer, de télécharger sa dernière version, soit quelques dizaines de Mo.

Pire : les "plug-ins", la dernière folie des développeurs. Ce sont des logiciels qui apportent de nouvelles fonctionnalités aux navigateurs, comme des sons, de la vidéo, des animations, etc. Des sites, de plus en plus nombreux, imposent de se rendre sur un autre, le plus souvent américain (anglophonie obligatoire), pour y télécharger ledit plug-in et de procéder à l’installation (voire même de redémarrer l’ordinateur) avant de pouvoir consulter la moindre page.

Mais le cauchemar ne s’arrête pas là : après quelques mois, une autre version du logiciel sera utilisée par les mêmes développeurs. Vous serez obligé de recommencer toute la procédure à zéro pour disposer de la plus récente. Jusqu’à ce qu’on vous annonce, un peu plus tard encore, que c’est votre navigateur qui dispose d’une nouvelle version et que, désolé, mais il va bien vous falloir remplacer celui que vous aviez et qui fonctionnait si bien par le tout nouveau. Dont vous vous apercevrez très vite que son installation a totalement déréglé votre configuration et que plus rien ne fonctionne.

Facile, Internet ? Pour les passionnés d’informatique, oui. Mais pour les autres, certainement pas.

Gratuit ?
L’Internet gratuit est une vue de l’esprit. D’abord, parce que devoir acheter tous les trois ans un nouvel ordinateur multimédia n’est pas forcément ce qu’il y a de mieux pour éviter de dépenser de l’argent. Ensuite, parce qu’il y a les communications téléphoniques à payer.

Si un vendeur vous a convaincu d’acquérir un coûteux téléphone Wap, vous aurez dépassé, en note téléphonique, le prix de l’appareil en quelques heures à peine : chaque minute vous est comptée au tarif exorbitant des communications GSM. Or, il faut plusieurs minutes pour accéder au serveur, et les connexions sont horriblement lentes, transformant le surf sur des sites minuscules en un ruineux ennui.

Pour les ordinateurs connectés à la ligne téléphonique normale, rappelons que Belgacom a doublé le prix des communications zonales (auparavant 0,50FB en heures creuses, 1FB en heure de pointe, elles sont passées à 1FB et 2FB), ce qui n’est pas vraiment la meilleure façon de démocratiser l’accès.

Certes, le prix de l’abonnement Internet a baissé et de nombreux fournisseurs vous offrent un accès qualifié de "gratuit". Mais cette appellation est erronée. De chaque minute que vous payez à Belgacom, l’opérateur rétrocède une partie au fournisseur. Il s’agit donc bel et bien d’un service payant. En outre, les données personnelles que vous introduisez à l’inscription sont louées à des fins publicitaires.

Il n’y a là rien de choquant : il est normal que ces firmes vous fassent payer d’une manière ou d’une autre un service qu’elles vous rendent, mais il est hypocrite d’appeler cela un accès gratuit.

Autant d’obstacles qui nous laissent sceptiques quant à la généralisation d’Internet en Belgique. Tant que l’informatique ne mettra pas à la disposition des utilisateurs des machines à un prix réellement démocratique, tant que les développeurs obligeront les possesseurs d’ordinateurs à changer de modèle plus souvent qu’ils changent de percolateur, tant que les communications ne seront pas gratuites en accès local comme c’est le cas aux Etats-Unis - pays pourtant symbole des entreprises florissantes - Internet restera un gadget réservé à une élite d’initiés. Mais il n’est pas encore démontré que les autres en vivront plus mal pour autant.

Article paru dans "Le Ligueur" en 2001.

(par Patrick Pinchart)


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