La course à l’imitation du réel, qui a fait des pas énormes dans l’industrie du cinéma, touche aussi le monde des jeux vidéo. L’augmentation de la puissance des consoles permet désormais de créer des jeux extrêmement réalistes.

Une console comme la Playstation 2 est désormais capable d’offrir des décors qui, à certains moments, donnent véritablement au joueur l’illusion de participer à un film interactif, tant leurs textures, pourtant calculées par la machine, paraissent réelles. La roche n’est plus simplement une tache grise : ce sont des nuances fines, avec des ombres légères, des traces de mousse, des brins d’herbe. Il en est de même pour le ciel, les nuages, les effets de brume, d’eau, de feu, l’écorce des arbres, le bitume des routes, le nuage de poussière qui suit une voiture, etc.

Certes, la qualité des décors ne fait pas celle d’un jeu. Et un concept simple, sans aucune sophistication graphique, peut faire un bien meilleur jeu qu’un autre où le moindre élément apparaissant à l’écran bénéficie d’un rendu photographique. Les deux éléments ne sont pas liés. Mais on apprécie d’autant plus les jeux qui parviennent à les mêler.

Klonoa 2 [1]
Ce jeu en est une bonne démonstration. Cette petite merveille est un jeu de plates-formes tout ce qu’il y a de plus normal. Il relate les aventures de Klonoa, Lolo et Popka, des enfants de Lunatea. Dans ce monde, quatre cloches sont garantes de la paix : la cloche de la sérénité, la cloche du plaisir, la cloche de la colère et la cloche de l’indécision. Il en existe une cinquième, mais elle est néfaste. Leorina, une pirate, veut la faire sonner la cinquième cloche pour semer le chaos et prendre le pouvoir. Du boulot pour le petit Klonoa.

Le jeune héros explore des monde inconnus en suivant une voie prédéfinie. Sur son trajet, il rencontre des ennemis, qu’il doit éliminer ou utiliser pour franchir des obstacles. Il peut, par exemple, en assommer un, le déplacer et rebondir sur son ventre pour atteindre des zones qu’il ne peut franchir par lui-même, ou pour récolter des bonus. Le jeu est un modèle de maniabilité. Le personnage réagit au quart de tour, les mouvements sont fins et précis, et les caméras qui suivent ses déplacements permettent d’éviter de se faire piéger par un méchant caché, problème fréquent dans les jeux en 3D. Les ennemis sont colorés et drôles, et les bonus à récolter très variés. Déjà suffisamment de raisons pour conseiller ce CD.

S’y ajoutent encore des décors d’une grande richesse, avec une grande profondeur de champ (on voit de loin ce qui nous attend) et des animations innombrables dans l’arrière-plan, qui a sa propre vie, indépendamment de ce qui se déroule à l’avant-plan. Un jeu vraiment très réussi, et très sympathique, qui pourra même être joué par les moins de dix ans, ce qui n’est pas fréquent sur les consoles de dernière génération, qui ciblent plutôt les adolescents.

Jack and Daxter [2]
L’autre exception. Jack est un adolescent dont le meilleur ami, Daxter, a accidentellement été transformé en un petit rongeur, qui l’accompagne sur l’épaule et se moque de lui. Les développeurs de ce jeu sont ceux qui, avec le renard " Crash Bandicoot ", avaient offert à la Playstation 1 sa première mascotte. Un personnage attachant, qui évoluait dans des décors extrêmement colorés, à une vitesse étonnante. La variété des situations et des pièges en ont fait l’un des grands classiques du jeu vidéo.

Toutes ces qualités se retrouvent dans celui-ci, qui a tout pour devenir un autre classique. Les amateurs de Crash Bandicoot seront en terrain connu : les types de déplacements et d’épreuves sont assez proches de celles que l’on peut trouver dans celui-là, et le héros trouvera la plupart des bonus dans des caisses qu’il devra casser sur son chemin. Mais la qualité des décors est vraiment époustouflante. Un monde fantastique y a été créé de toutes pièces et c’est un véritable régal de l’explorer en tous sens pour en découvrir tous les secrets.

Comme dans Klonoa 2, durant les pérégrinations du héros à l’avant-plan, tout ce qui se déroule à l’arrière-plan se passe en toute indépendance, donnant une impression générale de richesse et de vie. Les effets de lumière et de transparence sont magiques, la gamme de couleurs est très chaude ; on prend beaucoup de plaisir à regarder ces décors, qui témoignent d’une véritable esthétique des jeux vidéo. Un titre que l’on peut conseiller les yeux fermés.

World Rally Championship [3]
Vous rêvez de participer à un rallye ? A un VRAI rallye, dans la poussière, les chemins escarpés, en longeant des précipices ou en fonçant dans les gués de torrents ? Réfléchissez bien auparavant et testez ce jeu pour vous rendre compte que la circulation avenue Louise à Bruxelles, un lundi, à 8 heures du matin, ce n’est finalement pas si désagréable que ça.

Car cette simulation de rallye est si réaliste que les conducteurs moyens (dont moi) se retrouvent vite, au mieux les quatre roues en l’air, au pire, en train de plonger dans un précipice. Les décors (81 pistes, de montagne, de neige, de sable, etc. !) sont vraiment magnifiques, le comportement des voitures correspond à celui que l’on attend d’elles en situation réelle : elles dérapent, se couvre de poussières, de boue, de neige, le pare-brise peut se fêler, bref c’est l’enfer et on est tout heureux de n’avoir à l’affronter que face à un écran de télévision. Les circuits sont réels ; ils reconstituent les éléments de routes du monde entier, à partir d’images satellite.

Les développeurs ont payé des droits aux organisateurs du Championnat FIA World Rally, ce qui leur permet de rajouter la cerise sur le gâteau : les voitures, les pilotes, les co-pilotes et les parcours sont ceux de la saison 2001. Mais même sans cela, le jeu est époustouflant. Il peut se jouer à deux, sur dix circuits spéciaux.

A la fin de la course, tout le parcours du pilote est repassé grâce à un mode " replay ". Et dans mon cas, il n’y a pas vraiment de quoi se vanter…

Article paru dans "Le Ligueur" en 2001.