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::: L’art du "bide" version Disney :::

  

Dire que “Le Bossu de Notre-Dame”, dernier dessin animé de Disney, ne fut pas une réussite tient de l’euphémisme. On a souvent besoin de baffes, dans la vie, pour comprendre qu’on se trompe de voie. Mais les stratèges de Disney vont-ils réellement tirer la leçon de ce bide cuisant ?

Henri Sonnet vous en parlerait mieux que moi : il y a, chez les industriels du cinéma américains une propension très désagréable à puiser dans les idées des autres pour se les attribuer.

La crise des créateurs est réelle dans la Mecque hollywoodienne. En témoignent les innombrables “remakes” et adaptations de succès, souvent français, souvent aussi puisés dans d’autres pans de la culture comme la BD, et présentés comme du tout-neuf-tout-frais-100%-pur-White Américain.

On y fabrique les films comme les hamburgers : comme base, des ingrédients standardisés qui ont fait leurs preuves et qu’on n’a donc pas de raison de changer ; comme résultat, une chose insipide qui ne laissera aucun souvenir, mais qu’une artillerie marketing fait passer pour l’expérience du siècle.

Le marketing autour du “Bossu de Notre-Dame”, difficile d’y avoir échappé. Il était visible partout, avant même que le film soit sur nos écrans. Comme si cette ultime merveille du monde qu’est tout nouveau film sorti de l’usine à rêves Disney était inévitablement attendue, langue à terre, par tous les enfants du monde, dans la confiance totale des parents encore tout émus de leurs souvenirs de l’époque du grand Walt.

Le succès de A à Z

Donc, vous prenez des animateurs virtuoses, vous leur fournissez comme synopsis le résumé de “Notre-Dame de Paris” version “livre du mois” du Reader’s Digest, vous gommez le nom de “Hugo” du générique parce qu’il pourrait avoir des héritiers à qui il faudrait payer des droits, vous ajoutez la musique efficace et grandiose d’Alan Menken, quelques personnages secondaires typés puisés dans des dessins animés récents (le phacochère du “Roi Lion”, par exemple) ; vous passez ensuite la main aux équipes de marketing qui, sans vergogne, le feront passer pour (je cite) “un film d’animation à nul autre pareil, véritable trésor de musique et de gaité, (..), un bijou d’animation qui vous laissera émerveillé à chaque vision”, et... et ça ne marche pas ! La sauce ne prend pas.

Si vous êtes borné, vous choisissez un autre personnage qui a fait ses preuves (“Hercule”, pourquoi pas ?) et vous reprenez la recette au début du paragraphe précédent. Sinon, vous tentez de comprendre pourquoi ça n’a pas marché. Peut-être, alors, vous apercevez-vous qu’il manquait quelques ingrédients. L’originalité. La passion. Une âme. Et ça, seuls des créateurs peuvent l’apporter. Des vrais, pas des techniciens zélés.

Clônes en série

Les scénaristes à cours d’imagination ne se contentent pas de puiser dans la mythologie européenne. Ils se pompent eux-mêmes. “Les 101 dalmatiens”, vous ne pouvez l’ignorer - le buldoozer du marketing Disney est passé avant moi - est devenu un film “live” avec acteurs. En conservant la trame du scénario de base, bien sûr adaptée à l’évolution de l’américain moyen (Roger n’est plus un musicien mais un concepteur de jeux vidéo) et aux standards du cinéma pour les jeunes (mêmes types de gags, mêmes méchants stupides que chez les concurrents).

Si l’on parvient à dépasser l’agacement qui en résulte, le film fonctionne plutôt bien. Les trouvailles sont nombreuses, les gags burlesques à souhait et l’esprit de l’oeuvre originale respectée.

Le retour de papy Walt

Nostalgie mise à part, l’époque de Disney-père reste la plus riche en véritables créations. La vidéo permet de confronter ces nouveautés standardisées aux films anciens, et ceux-ci supportent parfaitement le poids des années. L’excellente petite collection “Best of Disney” récolte ainsi les meilleurs courts-métrages des années trente à cinquante. Le volume 2 présente l’un des dessins animés les plus drôles de Disney : “Nettoyeurs de pendules”, parmi une dizaine de fabuleux petits bijoux d’humour : “Chien de secours”, “Mickey pompier”, “Colleur d’affiches”, etc.

C’est frais, sans prétention, réalisé par de vrais artistes qui ne se trouvaient pas emprisonnés dans le carcan d’une grille d’écriture, et qui pouvaient se permettre un humour féroce que la tyrannie du “politiquement correct” a aujourd’hui complètement proscrit. Jusqu’à l’affadissement général.


“Le Bossu de Notre-Dame”, “Les 101 dalmatiens”, “Best of Disney”, cassettes Buena Vista Home Entertainment.

Article paru dans "Le Ligueur" en 1997.

(par Patrick Pinchart)


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