Michael Jordan n’en revient pas. Les yeux ronds, il détaille son adversaire : environ trois cents kilos, trois mètres de haut et une mâchoire à avaler un autocar de touristes hollandais. Est-il VRAIMENT en train de jouer au basket ?

Oui. Mais contre des toons. Vous vous souvenez, ces personnages de dessins animés des “fifties” - Bugs Bunny, Daffy Duck, Elmer Fudge et plein d’autres - envoyés de force à la retraite, honteusement relégués aux oubliettes par des programmateurs plus prompts à dégainer du Dragon Ball Z et autres japoniaiseries que des stars sur le retour ? Jusqu’à ce qu’un certain Roger Rabbit leur offre un “come-back” en force il y a dix ans.

Depuis, les “toons” ont subi un bain de jouvence. Ils se sont offert une progéniture digne d’eux (les excellents “Tiny Toons”) et ils ont finalement décidé de rempiler. Et comme la modestie ne les étouffe pas vraiment, ils ont opéré eux-même le casting des seconds rôles : les humains. En puisant dans le gratin. Celui des grandes stars de l’Amérique moderne. C’est ainsi que Michael Jordan se retrouve face à son pire cauchemar.

Ah, ça rira, ça rira, ça rira...

Flash-back. Il était une fois les Nerdlucks. Sur leur lointaine planète, on s’embêtait ferme. Rien de tel pour s’offrir une tranche de bonne rigolade que d’envahir le pays des Toons, d’enchaîner toutes les vedettes des dessins animés et de les ramener de force à la maison pour animer les parcs d’attractions.

Mais vous connaissez les Toons. Pas serviables pour un sou. Chicaneurs. D’où défi et combat dans l’une des arênes des temps modernes : un terrain de basket. Mauvais joueurs, les Nerdlucks volent le talent des grands joueurs de la NBA et ont donc toutes les chances de ramener leurs esclaves zygomatiques au bercail. C’est compter sans le pouvoir de persuasion des Toons, qui vont réussir à convaincre Michael Jordan de se joindre à eux.

Les technologies d’incrustation d’acteurs vivants dans des dessins animés et de personnages de dessins animés dans des décors réels ont atteint une telle perfection qu’on finit par se demander s’il est encore nécessaire d’avoir sous la main un bon acteur et si les ordinateurs ne pourront pas bientôt se passer de nous pour réaliser des films plus vrais que nature. L’idée fait frémir, mais le résultat est, ici, époustouflant.

... les envahisseurs, on les fondra !

Tim Burton, maître du fantastique, est donc aux anges. Le voilà enfin capable, grâce à ces ordinateurs puissants qui dirigent désormais les studios, de mettre sur pellicule le moindre de ses délires. Après l’extraordinaire “L’étrange Noël de Monsieur Jack” réalisé totalement en animation, après “James et la grosse pêche”, qui mêlait personnages humains et scènes animées sans que les univers s’interpénètrent, voici l’aboutissement, un film où la lisière entre réel et virtuel devient floue : “Mars Attacks”. Qui joue dans le film de l’autre ? S’agit-il d’un film d’animation où l’on a intégré des êtres vivants, où le contraire ? A certains moments, la limite n’existe plus.

“Mars Attacks” amène à la réalité l’un des pires fantasmes de ce siècle, l’envahissement de notre bonne vieille Terre par des extra-terrestres. On est proche de “La Guerre des Mondes” d’Orwell, avec quelques quintaux de bon gros délire bien gras en plus : la surpuissance technologique des Martiens, les humains divisés entre ceux qui veulent utiliser la force et ceux qui considèrent que les envahisseurs ont un bon fond qu’il faut respecter, et le talon d’Achille inattendu qui nous sauve du barbecue final.

Certes, les références à la culture américaine sont nombreuses, des gags sont carrément incompréhensibles pour tout Européen qui n’a pas passé au moins un an aux “States”, mais le rythme est tel qu’on n’a pas vraiment le temps de s’en rendre compte.


“Space Jam”, 88 minutes, “Family Entertainment, Warner Bros”. A partir de dix ans.
“Mars Attacks”, 98 minutes, “Warner Home Video”. Pour tous.

Article paru dans "Le Ligueur" en 1997.