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::: L’espion qui venait de Sony :::

  

Mais quelle mouche a piqué Sony ? Dans le but de lutter contre le piratage de ses CD, il a installé, à l’insu des acquéreurs (honnêtes) de ceux-ci, un logiciel... pirate sur leur ordinateur.

Vous avez reçu récemment un disque Sony de Neil Diamond ? De Céline Dion ? De Dexter Gordon ? Et vous l’avez écouté sur votre ordinateur ? Alors, ce dernier est peut-être infecté par un logiciel espion, qui envoie à Sony des informations sur votre vie privée, ouvre la porte à des virus, et risque de "planter" votre machine si vous tentez de le désinstaller. Telle est l’incroyable histoire du "rootkit" qu’un manager fou de la multinationale Sony a fait programmer dans le vain espoir de lutter contre le piratage de la musique. Cela se passe aux Etats-Unis, mais si vous achetez vos CD sur Internet, ou chez un revendeur qui les importe, vous risquez bien d’être touché. Et, s’il n’est pas mis fin à ce genre de pratique, vous serez certainement touché vous aussi, un jour ou l’autre, par le cadeau empoisonné d’un CD "protégé" par Sony ou un autre éditeur...

Découvert par hasard

C’est un programmeur qui a été attiré par un comportement anormal de son ordinateur. Il s’est aperçu qu’un "rootkit" avait été installé à son insu sur sa machine.
Qu’est-ce donc ?
Un logiciel espion qui se camoufle tellement bien dans le système que l’utilisateur croit avoir un ordinateur sain, alors que ce petit programme malveillant est déjà en plein travail de piratage.

Pourtant, ce programmeur, Mark Russinovich, avait pris ses précautions. Comme tout utilisateur de Windows, il se savait menace et s’était protégé.
Comment cela avait-il pu se produire ?
En poussant plus loin ses analyses, il s’aperçut que le logiciel malfaisant avait été installé... par un simple CD audio d’un de ses groupes préférés, édité par la firme Sony-BMG .

Ce CD pouvait être écouté sans danger sur toute chaîne hi-fi. Sur ordinateur, il proposait innocemment l’installation d’un programme de lecture... qui était en réalité un logiciel du meme type que ceux utilisés par les pirates informatiques. Un camouflage visant d’évidence à tromper l’acquéreur du CD. Là aussi, une technique de pirate qui a déjà fait ses preuves...

Vent de scandale dans les blogs

Si l’on en croit les sites et les blogs qui ont répandu l’information comme seul Internet peut le faire - très vite ! -, ce logiciel serait capable de se connecter au réseau pour envoyer à Sony des informations privées vous concernant : quels CD vous écoutez, quand, les copies que vous avez réalisées, etc.

Pire : ce logiciel surveillerait l’utilisation par l’utilisateur du disque acheté et briderait ses possibilités. Impossible, par exemple, de le copier plus que ce qui aurait été décidé par Sony.

Pire encore : ce logiciel introduirait des failles de sécurité dans Windows, qui pourraient être utilisées (et qui, semble-t-il, furent utilisées) par des pirates pour transmettre des virus.

Pire toujours : en tentant de retirer ce logiciel, vous auriez une chance de planter votre ordinateur, et au moins ses capacités à lire des CD.

Sony, après avoir nié l’existence de ce logiciel espion, proposa un programme pour le supprimer, mais accessible uniquement après un interrogatoire salé de l’utilisateur,... et qui rendait inutilisable sur ordinateur le CD acheté pourtant légalement.

En d’autres termes, la personne qui avait payé le CD et souhaitait le lire sur son ordinateur sans le logiciel espion n’y était plus autorisée !

La bourde de Sony n’est sans doute que le sommet de l’iceberg d’atteintes à ses libertés fondamentales qui attend le passionné de musique. Car les diffuseurs tentent de juguler la piraterie en muselant les droits des utilisateurs, par tous les moyens possibles.

Moins chers à la fabrication, plus chers à la vente

Et le CD audio, qu’ils ont choisi comme support pour diffuser la musique, au détriment du vinyle, pourrait bien être l’outil de leur perte.

Si les diffuseurs de musique ont opté pour ce format, ce n’est pas un hasard. Par rapport au bon vieux vinyle, le coût de fabrication est dérisoire : quelques cents à peine. De plus, une fois imposé, ce format obligeait tous les passionnés de musique à renouveler complètement leur discothèque, éliminant leurs vieux disques pour les remplacer par la petite galette synthétique. Dès le départ, aussi, comme toute innovation technologique, il fut vendu plus cher que le vinyle.
Donc, si ce format a été choisi, c’est principalement pour des raisons financières.

Ce n’est que bien plus tard que les "majors" de la distribution se sont aperçus qu’il était très aisé d’en faire des copies.

Ces copies personnelles sont légales. Une fois que vous avez payé les droits d’auteur en achetant le disque, vous pouvez en faire ce que vous voulez. C’est la loi. Et les fabricants de disques ne peuvent vous en empêcher.

Vous avez le droit d’en faire une copie pour l’écouter dans votre voiture, de le compresser en MP3 pour le lire sur votre ordinateur ou votre Ipod. Cela ne nuit en aucun cas aux droits des auteurs.

Des protections inefficaces contre la piraterie

Par contre, vous n’avez pas le droit de le diffuser, d’en faire des copies pour les amis, ni, bien sûr, de les vendre. Il faut bien se rendre compte que les auteurs sont payés au pourcentage sur le prix de vente des CD et que, s’il ne s’en vend plus, non seulement ils ne pourront plus vivre de leur métier, mais il y a de fortes chances pour que les éditeurs cessent de lancer leurs nouveautés car, faute d’acheteurs, elles ne seront plus rentables. Acheter des disques est donc une manière de supporter les auteurs.

Que les éditeurs cherchent à se protéger des pirates est donc légitime. Mais le procédé utilisé par Sony, outre son côté insidieux, n’est visiblement pas la bonne voie. Car, de toute façon, quel que soit le mécanisme inventé, il sera rapidement détourné et la solution diffusée sur Internet. Par contre, un véritable travail éditorial nous semble une bien meilleure voie. Vendre des CD à un prix raisonnable permettra déjà de limiter la piraterie. Les CD sont vendus bien trop chers. Les accompagner de boîtiers, de jaquettes, de livrets créatifs, est une autre voie. Qu’il y ait, à l’achat, une vraie valeur ajoutée par rapport au MP3, par un boîtier, une jaquette, un livret créatifs...

La musique n’est pas un logiciel

Un autre point sur lequel Sony a tout faux, c’est celui qui tente de transformer la musique en logiciel, sujet à "licence d’utilisation". En effet, les utilisateurs souhaitant lire les CD litigieux sur leur ordinateur devaient installer le fameux logiciel et, comble de l’arrogance, accepter un texte juridique.

Les membres de l’Electronic Frontier Fondation (association de défense des droits des Internautes) ont analysé celui-ci et tiré les conclusions suivantes :
- Si on vous vole le CD, il faut supprimer la musique transférée sur votre machine ;
- Si on déménage à l’étranger, il faut supprimer la musique (il est en effet illégal de l’exporter) ;
- Sony-BMG décline toute responsabilité si des problèmes de sécurité arrivent sur votre machine suite à l’installation du logiciel contenu sur le CD ;
- En cas de procès, vous acceptez que la responsabilité de Sony-BMG soit limitée à un maximum de 5 dollars !!!
- Il n’est pas possible d’utiliser la musique en fond sonore pour votre projection de photos numériques ou pour faire des remix, même à usage strictement privé, car toute oeuvre dérivée est interdite.
- Etc.

Vers la mort du CD ?

Lorsque Philips a créé le CD audio, il a imposé des critères qui devaient être respectés pour bénéficier du label "CD". Si vous achetez un CD audio, vous devez pouvoir le lire sur une chaîne de salon, un lecteur portable, dans votre voiture, ...ou votre ordinateur. Que des pirates utilisent les spécificités du CD pour faire du piratage n’est pas votre problème : le CD DOIT être lisible sur ces appareils. Si ce n’est pas le cas, vous avez le droit d’obtenir un remboursement chez le revendeur.

Les diffuseurs tentent de se protéger en indiquant, en petits caractères, des mentions précisant que le CD est protégé. Cela n’est pas légal. D’abord, on ne peut exiger de l’utilisateur qu’il se munisse d’une loupe lorsqu’il veut acquérir le dernier album de son chanteur ou groupe favori. Ensuite, un CD DOIT être lisible sur tous les appareils de lecture, y compris l’ordinateur.

L’ajout, sans son accord, d’un logiciel espion sur l’ordinateur d’une personne est un acte illégal. Celle-ci peut donc porter plainte contre l’éditeur, et des procès sont déjà en cours aux Etats-Unis.

Alors que la musique dématérialisée, grace au MP3, obtient un succès sans précédent, ce type de comportement aurait plutôt tendance à convaincre les amateurs à ne plus acheter de CD et à se tourner vers le téléchargement de fichiers musicaux sur les boutiques en ligne. Ce qui posera de nouveaux problèmes.

Article paru dans Le Ligueur en 2005.

(par Patrick Pinchart)


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