L’explosion de l’Internet en Belgique a démarré avec la multiplication des accès gratuits à Internet. "Gratuits", vraiment ?

Il y a cinq ans, les Belges connectés à Internet n’étaient encore que quelques extra-terrestres pratiquant des activités qui ne pouvaient apparaître que louches tant elles étaient incompréhensibles du grand public. Les medias n’aidaient pas au développement du réseau, en le présentant de manière répétée, dans des reportages déformés, comme un lieu de non-droit, repaire de pédophiles, pornographes, hackers informatiques et trafiquants de toutes sortes. Internet était d’autant plus inaccessible que les tarifs d’abonnement y étaient très élevés, sans que les utilisateurs potentiels puissent mesurer l’intérêt pour eux du contenu présent sur le réseau.

L’arrivée des offres d’abonnement gratuit a donné un coup de fouet au développement d’Internet dans notre pays. Les hébergeurs payants ont dû baisser drastiquement leurs prix (désormais à moins de 2.000 FB par an) pour affronter la concurrence, et justifier le coût par des performances accrues et des services adaptés aux besoins des consommateurs.

Une note téléphonique salée
Internet n’en a pas pour autant, comme on peut souvent le lire, été démocratisé. On ne peut encore y accéder qu’à partir d’un matériel coûteux - un ordinateur puissant - et les communications téléphoniques restent chères. L’installation des logiciels et les réglages initiaux ne sont pas évidents, et le moindre appel à une ligne d’assistance téléphonique, toujours surtaxée dans le cas des abonnements gratuits, parfois de manière abusive (jusqu’à 45 FB la minute !), peut dépasser le coût d’un abonnement annuel à un service payant.
Enfin, Internet, via une ligne normale, reste désespérément lent et l’on passe beaucoup de temps à attendre l’information, ce qui gonfle artificiellement la note téléphonique.

Surfez moins cher
Les fournisseurs d’accès qui vous annoncent un abonnement gratuit ne disent pas la vérité. Chaque minute de connexion, vous la payez à Belgacom (40 FB en heures creuses, 100 FB en heures pleines), qui en rétrocède ensuite une partie importante au fournisseur que vous avez appelé pour vous connecter. Cela n’a rien de choquant, car tout service mérite salaire, mais cela explique pourquoi tant de sociétés se battent pour vous offrir quelque chose annoncé comme gratuit.
Pour réduire le coût des communications qui, une fois le matériel acquis, est le seul poste qu’il est encore possible de comprimer, il existe plusieurs solutions.
La première est simple : modifiez vos habitudes de surf et ne vous connectez jamais durant les heures de pointe. Ne lisez jamais votre courrier en ligne (comme l’imposent Hotmail, Yahoo, etc.). Et fuyez les services de " chat " (discussion en ligne) comme Caramail, qui imposent de rester connecté durant toute la durée de la conversation.

La seconde consiste à passer ses communications via un opérateur alternatif, comme Tellink [1], qui vous facturera moins cher chaque minute de connexion.

La troisième est d’acquérir une carte prépayée, comme la Wanadoo Surfcard [2]. Vous payez un forfait de 800 FB, qui vous donne accès à 23 heures de connexion en heures creuses à utiliser endéans les douze mois. Ce crédit d’heures peut être rechargé à tout moment et de façon illimitée, par tranches de 400 FB. L’avantage est qu’il est plus facile de gérer son budget, car le crédit consommé est consultable sur Internet. On peut donc se donner une limite mensuelle. Mais attention ! Il s’agit de tarifs en heures creuses. Chaque minute en heure de pointe est facturée 1.45 FB, ce qui reste encore inférieur aux tarifs de Belgacom.

Enfin, les gros utilisateurs auront tout intérêt à arrêter de se connecter via une liaison classique et à opter pour un abonnement, soit via le câble, soit via l’ADSL. Les performances sont spectaculairement supérieures, et le prix payé est un forfait mensuel. Très élevé, il est vrai.

Internet à grande vitesse : une réalité
Tous les habitués d’Internet le savent : il faut éééééénormément de patience pour surfer sur le réseau. En cause, son encombrement, bien entendu, mais aussi la technologie de connexion.
Le modem traditionnel a ses limites, car Internet devient de plus en plus multimedia et les liaisons classiques ont bien du mal à suivre. De plus, les besoins ont changé. Par exemple, le nombre d’utilisateurs qui téléchargent des morceaux musicaux enregistrés en format MP3 [3] ou des vidéos, a fortement augmenté.

C’est pourquoi les fournisseurs d’accès vous offrent désormais deux alternatives, toutes deux très performantes, qui justifient réellement l’expression " surf à grande vitesse ". Une fois adoptées, elles modifient complètement l’expérience du surf. Les pages s’affichent très rapidement, et on perd l’impression de passer 95% de son temps à attendre, et 5% seulement à profiter de l’information. L’ADSL, par exemple, annonce une vitesse de transfert de données en téléchargement de 750 Kbps, soit 15 fois plus que le modem analogique le plus puissant. Ces solutions autorisent également une connexion permanente, car il n’y a plus de frais de communication téléphonique. Vous n’êtes plus obligé d’établir une connexion chaque fois que vous avez une information à chercher sur Internet. Une solution nettement plus confortable, mais qui implique également de se protéger contre des intrusions sur son ordinateur, via un logiciel appelé " firewall ".

Au niveau du budget, vous payez un prix fixe chaque mois, et vous ne devez donc plus vous soucier du prix des communications. A condition de ne pas exagérer : les fournisseurs d’accès ont limité la quantité d’informations téléchargeables, pour éviter les abus. Yout dépassement implique une surfacturation ou un arrêt temporaire du service.

Internet via la télédistribution
L’idée est, ici, de profiter des câbles optiques qui ont été tirés jusqu’aux coins les plus reculés de notre pays pour y amener la télédistribution. Ces câbles peuvent également faire transiter d’autres signaux. Ils vous permettent désormais, lorsque l’opérateur a modifié son installation en conséquence, de vous connecter à Internet. C’est le cas de Brutelé. Cette solution exige d’acquérir un modem spécial, assez coûteux (10.750 FB), mais qui peut être loué (417 FB, plus une caution, au départ, de 3.000 FB). L’activation du service coûte encore 2.420 FB, et l’abonnement mensuel, d’une durée minimale de douze mois, est de 1452 FB. L’abonnement donne également accès à 10 Mb sur les serveurs pour créer son site Internet, ce qui est ridiculement peu puisque chacun peut obtenir dix fois plus chez des hébergeurs gratuits.

Internet via l’ADSL
L’ADSL est une nouvelle technologie qui utilise la ligne téléphonique normale, mais qui nécessite une modification des centrales de Belgacom, et une relative proximité par rapport à celles-ci. C’est pourquoi tout le monde n’y a pas encore accès. Mais elle est certainement une solution d’avenir... si son prix baisse car, comme le câble, elle est encore très coûteuse. Elle permet le surf à grande vitesse, tout en conservant l’accessibilité de la ligne pour les communications traditionnelles. Vous pouvez donc surfer et papoter au téléphone simultanément.

Comme dans le cas du câble, il n’est plus nécessaire de se préoccuper du prix des communications téléphoniques, car l’abonnement est un forfait mensuel.
Plusieurs fournisseurs proposent déjà un abonnement. Tous imposent l’achat d’un modem spécial (de 5.990 FB à 13.000 FB) à connecter à un port USB, et l’installation d’un filtre (compris dans le kit d’installation).

Tiscali : 1690 FB par mois, plus 990 FB d’activation (l’abonnement comprend quatre adresses e-mail pour les différents membres de la famille et 100 MB pour créer votre site)
Planet Internet : 1450 FB par mois (4 e-mails, 50 Mb)
Wanadoo : 1490 FB (10 e-mails, 50 Mb) - 0800 13 400
Belgacom : 1595 FB (5 e-mails, 50 Mb) - 0800 33 800

Attention ! La quantité de données que l’on peut télécharger chaque mois est limitée, afin que les gros surfeurs ne saturent pas complètement le réseau au détriment des autres. Chez Tiscali, Belgacom et Planet Internet, par exemple, le volume maximum est de 10 Gb par mois, soit 10.000 Mo. Ce qui n’est déjà pas mal ! Chez Wanadoo, cette limite est de 15 Mo. Tous les fournisseurs ne proposent pas non plus une solution universelle, et les utilisateurs de Macintosh ont tout intérêt à bien s’informer avant de signer un abonnement.

Comment savoir si vous avez intérêt à passer à l’ADSL ou au câble ? Simple : contrôlez votre facture téléphonique. Elle indique clairement ce que vous dépensez chaque mois en connexions Internet. Si vous dépassez 1500 FB par mois, pas d’hésitation : adoptez Internet à haute vitesse. Autrement, attendez une prochaine baisse de prix. La concurrence aidant, il est probable qu’ils ne resteront pas éternellement aussi hauts.

Article paru dans "Le Ligueur" en 2001.