::: Agenda ::: ::: Lire ::: ::: Jouer ::: ::: Cliquer ::: ::: Bouger ::: ::: Consommer ::: ::: Zapper :::





*** A ne pas rater ***

Pas de conseil particulier pour l'instant.

*** Conseillé par WEEK-ENDS.BE ***

Pas de conseil particulier pour l'instant.
Pour accéder à l'agenda complet cliquer ici

[:::: Imprimer cet article :::: ]

::: La bande dessinée est-elle soluble dans le multimedia ? :::

  

Benoît Sokal est un auteur heureux. La bande dessinée a apporté au créateur de “Canardo” (1) une confortable notoriété. Il a pourtant mis son personnage fétiche en veilleuse pour se risquer dans un nouveau media. Avec un égal brio.

“La quarantaine venue, j’avais besoin de changer”, explique Benoît Sokal.
“Le jeu vidéo, pour un créateur, est un terrain encore vierge, où tout est à inventer. Et je suis tombé dans la marmite des images de synthèse il y a quelques années, après avoir acquis mon premier ordinateur.”

Résultat de cette nouvelle passion : "L’Amerzone", un jeu vidéo - inspiré de l’album de BD du même nom -, qui a déjà été primé par les professionnels des technologies de l’image au prestigieux salon "Imagina". Réalisé intégralement en images de synthèse, mais qu’il a trafiquées, “salies” pour leur ôter leur aspect trop parfait et pour créer des ambiances plus naturelles. Et c’est ce qui frappe au prime abord dans cette aventure à la “Myst” (2) : l’ambiance. Particulière, irréelle, fantastique.

De l’auteur au réalisateur

Lorsqu’il entame le projet, Benoît Sokal imagine que le budget ne dépassera pas les 2.500.000 FB et que, six mois plus tard, tout sera terminé.

Il déchante vite. Casterman, qui finance le projet, devra le faire durant près de quatre ans - il appellera l’éditeur de jeux vidéo Microïds en renfort -, et le budget final avoisinera les 35.000.000 FB ! C’est qu’on ne devient pas un professionnel du multimedia en quelques mois. Il faut s’adapter au media.

“Le scénario a été réalisé en deux fois. La première version était trop linéaire. Je l’ai retravaillée avec l’aide de spécialistes du jeu. Ça a été un combat durant trois mois ! Mais une bagarre positive, un véritable brain-storming qui a abouti au scénario final.

Au début, le fait de passer d’un travail solitaire, où je réalise tout du début à la fin à un travail en groupe était un peu déroutant. Surtout que, dans ce milieu, tout le monde est un peu caractériel ! Mais au bout d’un moment, on prend beaucoup de plaisir à travailler ainsi.

J’étais un peu comme un réalisateur de cinéma. Cinq à dix personnes travaillaient avec moi. Je leur communiquais mes idées et mes indications à l’aide de dessins. J’apportais aussi de la documentation pour qu’elles s’en inspirent, des aquarelles, etc. Et nous discutions beaucoup afin que tout le monde soit bien d’accord. Nous travaillions dans la fièvre et la passion.”

BD-ROM : la fin de la BD ?

Né en 1954, Benoît Sokal a étudié la bande dessinée à "L’Atelier R", dirigé par Claude Renard à l’Institut St Luc de Bruxelles, où le défunt - et regretté - mensuel (A suivre) puisa l’essentiel des jeunes talents de ses premiers numéros.
Après une déprimante série de récits complets dégoulinants d’angoisse, il crée son personnage "Canardo". Un privé au départ inspiré de Columbo, cynique et désabusé. Il est également l’auteur de deux romans en bande dessinée : "Sanguine" et "Le vieil homme qui n’écrivait plus".

Grâce à “L’Amerzone” (3), ce brillant auteur de bande dessinée est devenu le premier véritable auteur multimedia.
“Je crois que, alors que, durant les années 80, c’est dans la bande dessinée qu’on trouvait la création la plus vivante dans le domaine de l’image. Elle se trouve aujourd’hui dans le jeu vidéo.

La BD a mûri - avec tout ce que cela comporte de positif - mais elle a aussi vieilli - avec tout ce que cela sous-entend de négatif. Elle n’a plus ce côté adolescent, exubérant, jubilatoire, de mes débuts.”

Avec ce jeu vidéo, Benoît Sokal acquiert une dimension internationale. On a plus parlé de lui, ces derniers mois, que lors de la sortie des derniers albums de Canardo. Dans les medias les plus branchés. Et la question coule de source : l’avenir du livre est-il dans le multimedia ?

“J’ai profité de cet état d’esprit qui règne dans l’édition - où l’on considère les jeux vidéo comme le pire danger - pour proposer “L’Amerzone” à Casterman. Mais il n’y a pas de raison de paniquer ! En Belgique et en France, la BD se porte encore bien. Elle atteint, sur ces territoires, des ventes inatteignables par des jeux vidéo aujourd’hui. Il se vend beaucoup plus de Largo Winch que de Lara Croft !”


(1) Editions Casterman. Un nouvel album sort ce mois-ci
(2) L’un des plus célèbres jeux d’aventure sur ordinateur, célèbre pour ses décors mystérieux, réalisés en images de synthèse.
(3) Actuellement disponible seulement pour PC (prévoir une cofiguration multimedia solide : Pentium 200, 32 Mo de RAM, lecteur de CD-ROM 16x). La version Macintosh est prévue pour le dernier trimestre 99 et il devrait être porté sur la Playstation.

Article paru dans "Le Ligueur" en 1999.

(par Patrick Pinchart)


[:::: Imprimer cet article :::: ]


Rechercher sur le site: