Le combat pour une connexion moins chère à Internet est-il rentré, avec la campagne publicitaire de Planet Internet " Fini de se ruiner pour surfer ", dans une phase décisive ?

En automne dernier, Wanadoo lançait une formule originale pour se connecter à Internet : la Surfcard, une carte pré-payée, sur le même principe que celles que vous achetez peut-être pour votre GSM (la puce électronique en moins). En acquérant la carte, vous bénéficiez d’un certain quota d’heures de connexion à Internet, à un prix nettement plus intéressant que celui pratiqué par Belgacom. Deuxième avantage : il vous est possible, à tout moment, de connaître l’état de votre consommation, et donc de la gérer en toute connaissance de cause, chose impossible avec les factures plus que sommaires de l’ex-opérateur national.
Avant les fêtes, celui-ci contre-attaquait avec des " kits Internet" contenant une carte équivalente, la Scratch and Surf, " offrant 15% de surf en plus ".
En février, c’était au tour de Planet Internet de se lancer dans la bagarre avec une énorme campagne piblicitaire sur les thèmes de " Fini de se ruiner pour surfer ;-) " et " Surfez jusqu’à 25% moins cher ".

S’estimant directement visé par celle-ci (on se demande pourquoi), Belgacom répliquait en attaquant Planet Internet en référé " pour qu’il cesse sa campagne de dénigrement et de désinformation ". A quoi Planet Internet répliquait par un communiqué au ton particulièrement agressif : " Ancien monopoliste, Belgacom abuse de sa position dominante sur le marché. Sur base des montants mentionnés sous la rubrique Internet de ses factures de téléphone, Belgacom établit entre autres des listes des abonnés de Planet Internet pour ensuite les convaincre d’opter pour des produits Belgacom. Planet Freedom permet aux abonnés d’éviter ces interférences de Belgacom dans leurs factures. L’abonné paie directement ses frais Internet à Planet Internet. Ainsi, Planet Internet initie la lutte en faveur de l’ouverture et de la transparence du marché. Seule une réelle
libéralisation garantit aux abonnés des prix justes."

Un ton Robin des Bois qui ne colle pas tout à fait avec la réalité des prix proposés, pas forcément si intéressants que ça en comparaison avec d’autres solutions.

Parlons chiffres
Qu’en est-il exactement ? Nous allons tenter de comparer les offres en revenant, le temps d’un article, au bon vieux franc belge, beaucoup plus simple à manier que les tarifs en multi-décimales pour les heures de connexion (40 FB de l’heure, c’est plus immédiat que 0,9915 euro, non ?)

Le tarif " officiel "
Depuis des années, le prix de la connexion à Internet via Belgacom joue au yo-yo et il faut faire une gymnastique cérébrale pour effectuer une comparaison d’une modification tarifaire à une autre. Disons que la tendance est à la hausse pour les heures creuses (40 FB au lieu de 30 FB en 1999), plutôt utilisées par les particuliers, et à la baisse pour les heures pleines (100 FB au lieu de 120 FB à la même époque), où le public familial surfe nettement moins. Depuis, Belgacom a également ajouté une surtaxe par appel de 2 FB, que vous payez pour chaque connexion ou tentative de connexion.

Notons que, déjà, le simple passage à un opérateur alternatif permet de réaliser une première économie. Tellink [1], par exemple, facture l’heure de connexion 36,4 FB en heure creuse et 90,5 FB en heure de pointe. Pour rappel, le passage à un opérateur alternatif est aisé puisque, une fois inscrit, on forme un simple préfixe avant chaque numéro (ici, le 1666). C’est, d’ailleurs, systématiquement, ce qui vous est proposé dans les solutions qui suivent.

La Surfcard
Cette carte pré-payée de Wanadoo vous ouvre un compte chez ce fournisseur d’accès, mais avec l’obligation de vous connecter au réseau alternatif de Mobistar ,ce qui se fait en formant préalablement le 1595. Vous payez une somme de 800 FB, qui vous donne accès à 23 heures de connexion en heure creuse, soit 34,8 FB de l’heure. Les heures pleines sont facturées 86,9 FB. Mais avec une surtaxation par appel de 0,58 FB en heures creuses et 1,45 FB en heures pleines.

Le nombre d’heures annoncé est donc exagéré, puisque, pour peu par exemple que vous vous contentiez simplement de télécharger quotidiennement votre courrier électronique - il s’agit de connexions relativement courtes - le prix à l’heure sera beaucoup plus élevé à cause de cette surtaxe. Nous avons également remarqué de très fréquentes connexions qui n’aboutissent pas parce que le serveur, pour une raison inconnue, ne reconnaît pas l’utilisateur alors que toutes les données utilisées sont correctes. Ces erreurs imputables aux serveurs de Wanadoo obligent pourtant l’utilisateur à se reconnecter à ses propres frais, avec à chaque fois l’application de la surtaxe, ce qui est anormal. Mais ce point n’est pas spécifique à Wanadoo, malheureusement.

Un autre point que nous dénonçons : la carte n’est valable qu’un an, et l’argent prépayé revient donc de plein droit à Wanadoo en cas de non-utilisation, ce qui nous semble une clause abusive : à partir du moment où une somme a été versée par un consommateur pour un service, il n’y a pas de raison que l’opérateur s’arroge le droit de s’accaparer cette somme après un certain délai.

La carte Scratch & Surf
Réponse de Belgacom à la Surfcard, cette carte pré-payée vous offre " 15% de connexions en plus ". Si vous achetez une carte de 10 euros/403 FB, par exemple, vous avez droit à 463,5 FB de connexions, ou 928 FB pour une carte de 20 euros/807 FB (Cette valorisation est calculée par rapport aux tarifs Internet de Belgacom). Les prix pratiqués ici sont du même niveau que ceux de la Surfcard, mais avec une surtaxe plus élevée puisqu’elle est de 2 FB par connexion.
Attention ! La validité n’est que de deux mois, ce qui est encore plus inacceptable que la limite d’un an de la Surfcard. Belgacom annonce également un délai de 48 heures pour l’activation, tout à fait incompréhensible à une époque où l’ouverture d’un compte Internet ne prend que quelques secondes chez tous les fournisseurs d’accès.

Et, contrairement à la Surfcard, qui vous permet de vous connecter de n’importe où pourvu que vous utilisiez les codes fournis, la Scratch and Surf impose de toujours utiliser la ligne qui a permis l’initialisation du compte.

L’opération Scratch and Surf semble ponctuelle, car toutes les cartes devront avoir été utilisées pour le 31/12/02. C’est donc une solution à déconseiller pour autre chose qu’un besoin à court terme. Pour un compte définitif, la Surfcard est plus intéressante.

Planet Freedom
Proposée par Planet Internet, cette offre qui a fait l’objet d’une très importante campagne de publicité en ce début d’année, vous permet de surfer sur le réseau de KPN (avec le préfixe 1525) selon deux formules, l’une gratuite, l’autre payante, mais donnant toutes deux droit à des réductions différentes.

Planet Freedom Go garantit des réductions de 10% sur les tarifs Internet de Belgacom, soit 36 FB en heures creuses et 90 FB en heures pleines, plus une surtaxe de connexion très élevée de 0,8 euro/3,23 FB la minute. Cette solution est plus coûteuse que les cartes pré-payées de Belgacom et Wanadoo. A fuir dans tous les cas.

Planet Freedom Premium vous offre des tarifs plus bas, mais à condition de payer EN PLUS un abonnement mensuel de 2 euros/80,7 FB, soit près de 1000 FB par an, ce qui n’est pas négligeable. En échange, vous ne payez plus " que " 34 FB en heures creuses et 75 FB en heures de pointe, plus une surtaxe par connexion toujours très élevée de 0,6 euro/2,42 FB.

Cette solution est moins intéressante que les cartes prépayées si vous surfez en heures creuses, à la fois à cause de la surtaxe plus élevée à la connexion et par le coût de l’abonnement. Et, il faut au moins passer 6h47 en heures pleines chaque mois, y compris pendant les mois de vacances, pour redescendre au niveau des prix de la Surfcard.

En conclusion
Une campagne d’affichage et un procès en référé pour seulement ça ? C’est une véritable tempête dans un verre d’eau et Planet Freedom, pour le surfeur moyen, est plutôt moins intéressant que la solution proposée par son concurrent Wanadoo.

On attend cependant de ce dernier des éclaircissements sur la répétition des erreurs " utilisateur inconnu ", qui est trop élevée pour être innocente, et qui revient à obliger l’utilisateur à faire régulièrement (à vue de nez, entre une fois sur cinq et une fois sur dix), une tentative de connexion - surtaxée - en plus.

Et qu’il respecte ses engagements par rapport aux utilisateurs Macintosh : alors que le CD d’installation est annoncé comme " Mac/PC ", il ne contient rien pour ces ordinateurs, dont les possesseurs sont donc supposés deviner tout seuls comment se connecter.

Article paru dans "Le Ligueur" en 2002.