"- Tu as vu le nouveau 8310 ? - Et le 6210 ? Il est trop ! - Bof, moi, j’en reste à mon vieux 3310..." Non, il ne s’agit pas d’une discussion entre rentiers à propos des fonds de placement, mais d’une scène de la vie de tous les jours au pays des ados.

Le 8310, le 6120 et, surtout, le 3310, sont des modèles de GSM, le nouveau sujet de discussion des plus de quatorze ans. Un monde qui se divise désormais entre ceux qui n’en ont pas et qui n’en voudraient pour rien au monde (" Bof, c’est rien que des poseurs !"), ceux, plus nombreux, qui n’en ont pas et qui en rêvent (" C’est pas moi qui veux pas, c’est mes parents !"), et ceux qui en ont un mais qui n’en ont pas moins leur mot à dire.

" - Tu te rends compte ? Je n’ai droit qu’à cinq cents francs belges par mois de communications. A peine de quoi tenir une semaine ! Et encore ! Je n’envoie que des SMS ! " Charlotte (14 ans) est désespérée. Elle a un nouveau petit ami et lui envoie, chaque jour, une dizaine de petits SMS doux. A cinq francs le message de 160 signes, dur, dur, de tenir un mois !

Un succès foudroyant
Le moins qu’on puisse dire, c’est que le GSM a réussi sa percée dans le monde des adolescents. Selon une étude pour le compte du site Kiwee [1], ils constitueraient même la tranche d’âge la plus connectée : les 15-24 ans représentent 78.5% des utilisateurs.
Il faut dire que ce moyen de communication présente de sérieux avantages par rapport au vieux combiné de salon.

"Je n’ai pas de GSM car mes parents trouvent ça trop cher", soupire Léonor.
"Pourtant, c’est un moyen beaucoup plus facile de communiquer que le téléphone normal. Au moins, quand on téléphone à un copain sur son GSM, on ne risque pas de tomber sur ses parents, on est sûr que c’est lui qui va répondre. " _ Lorsqu’on a tendance à être timide, une caractéristique de personnalité finalement assez répandue à l’adolescence (on n’apprend à la cacher que plus tard), on apprécie !
A un âge où il est important de faire partie d’un clan et où rien n’a plus d’importance que les copains et les copines, le fil invisible du GSM permet de garder le contact.

Emilie, quatorze ans : "J’utilise principalement le GSM pour être jointe et pour envoyer des SMS. J’en expédie surtout durant les vacances et les week-ends, lorsque nous sommes éloignées, mes copines et moi. Durant l’année, on se voit en classe, c’est moins nécessaire."

Une question de look
Outil banal et standardisé dans le monde des adultes, le GSM est devenu un bien personnalisable, qui permet de se démarquer. On change la face avant selon sa personnalité, et on se fait envoyer les sonneries et les logos de son choix. Les adolescents sont désormais la cible de campagnes de publicité très agressives qui vantent de nouveaux services permettant de télécharger des sonneries avec tous les airs populaires, génériques d’émissions de TV, musiques de films, etc. Les mêmes services " offrent " (sic) également en téléchargement des " logos ", des images à la résolution plus que médiocre. Le plus téléchargé représente, paraît-il, deux courbes, supposées figurer... une paire de seins ! Y aurait-il des garçons parmi les utilisateurs ?

"Je ne les télécharge pas, explique Emilie, car ces logos et ces sonneries sont beaucoup trop chers ". Effectivement, pour ces quelques secondes de sonnerie et ces minuscules images (dont les droits n’ont pas toujours été payés aux auteurs des dessins d’origine), c’est chaque fois 30 ou 45 FB qui sont facturés et donc déduits du forfait mensuel. Quand il n’est que de 500 FB, on y réfléchit à deux fois !"

Touche pas à mon G !
Le GSM a aussi le mérite d’être très discret. Finie, la gêne d’appeler les copains du téléphone familial situé en plein milieu du salon, entouré d’oreilles parentales grandes ouvertes. On a son monde à soi, dans lequel les parents n’ont pas accès. Et au moment des premiers émois amoureux, c’est inestimable. On est joignable dans le cocon rassurant de sa chambre, et tant pis pour la tête des parents du copain ou de la copine au moment de la réception de la note téléphonique. Quand on aime, on ne compte pas... surtout pas l’argent des autres !

L’aspect financier est d’ailleurs le véritable point noir du téléphone portable. Pas fous, la plupart des parents imposent des limites. La carte prépayée (Pay&Go, Tempo) est, pour cela, une solution idéale, car on peut ne la recharger que pour un montant déterminé. Mais le coût très élevé des communications, à un âge où l’on est capable de passer des heures au téléphone pour se re-raconter la journée qu’on vient de passer ensemble, peut causer de véritables dérapages budgétaires dans le cas des abonnements. Et les sonneries, logos, et les tout nouveaux jeux par SMS, sont un gouffre à unités de communications.

Le problème est d’autant plus important que les parents, souvent, ne s’y retrouvent pas eux-mêmes. Ils ne sont pas aidés par la jungle des forfaits différents et des manières de facturer des opérateurs. Mais il est important que les adolescents eux-mêmes prennent conscience de ces coûts. Car c’est, pour beaucoup d’entre eux, l’une des premières occasions de leur vie d’apprendre à gérer un budget de manière autonome. Une expérience qui peut se révéler très enrichissante pour eux. Au figuré, bien sûr, vous l’aviez compris.