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::: Le Libertin, de Eric-Emmanuel Schmitt :::

  

Qui était vraiment Diderot ? Sobre penseur, au sérieux qui sied lorsqu’on est, avec Rousseau et Voltaire, le père de l’Encyclopédie ? Ou simple mortel, soumis comme chacun d’entre nous aux lois de la nature et à l’appel des sens... et plus particulièrement des femmes ? Et s’il avait été les deux à la fois ? Philosophe et humain, avec toutes les contradictions que cette condition implique ?

La journée commence plutôt bien, pour Diderot. Affalé dans un sofa, entouré de coussins voluptueux, il pose pour madame Therbouche, une artiste qui a la difficile tâche de réaliser son portrait. Car Diderot n’est pas du genre à rester calmement en place, surtout lorsqu’une femme au décolleté plongeant est en face de lui. Il pose, oui, mais uniquement ses mots de penseurs. Son corps, lui, semble obéir à d’autres lois que celles de son cerveau. Et la démonstration la plus flagrante vient lorsqu’elle lui demande de poser nu. Diderot accepte, mais ne peut masquer son désir. "Rassurez-vous, je suis moins dur que lui !", explique-t-il à son interlocutrice, interloquée devant la rigidité soudaine d’une partie de son anatomie...

L’anecdote est réelle, nous dit Eric-Emmanuel Schmitt. Il en a fait le début d’une pièce hilarante, proche du vaudeville, qui ne cesse de rebondir d’une situation burlesque à une réplique spirituelle, en passant par quelques disgressions philosophiques sur l’amour, le couple, la fidélité, le mariage.

C’est que Diderot, penseur, qui doit ce jour-là écrire un article de l’Encyclopédie consacré à la morale, a bien du mal, pour une fois, à rester concentré sur le sujet, et cohérent avec sa pensée.

Concentré ? Difficile,quand une femme mûre et la fille de son hôte semblent se le disputer - alors qu’elles ne font que le manipuler, profitant de ses penchants pour les courbes féminines afin d’en faire leur jouet.

Cohérent ? Impossible, quand on a écrit tant de textes libertaires vilipendant le mariage et la fidélité, alors que sa propre fille, soudain, décide de se faire faire un enfant par quelqu’un de vingt ans plus âgé qu’elle, marié de surcroît, et qu’elle a l’intention de l’élever seule.

La morale qu’il tente de définir sur papier, du haut de son piédestal de philosophe, ne résiste pas non plus longtemps à l’appel des sens. Balloté sans cesse entre ses belles idées et sa nature qui revient au galop dès que survient un corps féminin, Diderot penche plutôt vers cette dernière. Et en paie le prix fort.

Spécialiste de Diderot, à qui il a consacré sa thèse, en 1987, Eric-Emmanuel Schmitt nous offre un texte brillant, drôle, aux répliques subtiles, une pièce rythmée (mis à part une dizaine de minutes, vers la fin, où tout à coup ce rythme tombe de manière inattendue lors d’une scène soudain plus intimiste, provoquant nombre de bâillements dans la salle) aux nombreux rebondissements.

Alain Leempoel, qui tient le rôle de Diderot, est parfait dans son rôle de libertin fier de son statut de mâle, qui se décompose au fur et à mesure que les événements - et les femmes - le ramènent à son véritable état de marionnette décervelée par sa libido.

On en sort ravi, enrichi par l’intelligence du texte, tentant de se remémorer l’un ou l’autre des aphorismes de l’auteur sur le couple ou la fidélité, et souriant, encore sous l’effet de la bonne humeur générale de la pièce et des acteurs. Un philosophe comme ça, on aimerait qu’il y en ait plus dans notre monde dit moderne...

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(par Patrick Pinchart)


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