Alors qu’il est l’un des moyens de communication les plus rapides et les plus puissants, l’E-mail est en train de devenir une nuisance. En cause : le SPAM, la pollution des boîtes aux lettres électroniques par des messages publicitaires.

Pour nombre d’Internautes, l’ouverture quotidienne de la boîte aux lettres électronique s’est transformée en corvée de nettoyage. Cet outil de travail, ce moyen de rester en contact avec des proches malgré la distance, est en effet devenu la cible d’une nouvelle espèce de délinquants : les SPAMMEURS.

Le spamming, ou pourriel (pour les Québecois), ou encore junk mail, ce sont tous ces courriers électroniques publicitaires ou promotionnels non-sollicités, comparables à ces "toutes-boîtes" dont nous n’avons pas encore réussi à enrayer la diffusion. Ils sont envoyés à des dizaines de millions de personnes et constituent une réelle pollution.

Le mot "Spam" provient, paraît-il, d’une firme de corned-beef qui symbolisait déjà, durant la seconde guerre mondiale, la malbouffe à l’Américaine. Au point que les Monthy Pythons en firent un sketch où ils chantaient "spam spam spam" de manière répétitive dans un restaurant qui n’avait rien à offrir d’autre que ce mets peu râgoutant. Le mot a été adopté par les Internautes pour qualifier ce bruit de fond qui sature le réseau pour vanter des produits nauséabonds.

Une coûteuse pollution
Selon le Collectif anti-spam qui tente de lutter contre ce véritable fléau, 75,6 millions d’E-mails de ce type ont été envoyés en décembre 2001, rien qu’en France (contre "seulement" 42 millions en janvier 2001 - source : Netvalue). Et le coût serait, pour les personnes qui les reçoivent, de dix milliards d’Euros (source : Commission Européenne).

En effet, contrairement aux toutes-boîtes, qui n’entraînent pas de coût personnel direct (mais bien un coût indirect pour la société, puisqu’il faut bien payer leur destruction ensuite), les Internautes payent les communications téléphoniques pendant le téléchargement de ces messages sur leur disque dur. Et, pour certaines personnes, la proportion d’emails publicitaires peut dépasser 90% de leur courrier électronique !

Par contre, pour l’expéditeur, le coût est minime, car envoyer des publicités par ce biais à des millions de personnes ne coûte que quelques centaines de dollars. Voire rien du tout lorsqu’ils piratent, comme c’est souvent le cas, des serveurs d’entreprises mal protégés pour expédier sans frais leurs messages.

Florilège du Spam
Le spam est une technique malhonnête, il est donc normal que la plupart des messages vantent des produits douteux, ou sont d’évidentes escroqueries. Les plus courantes vous proposent d’acquérir du Viagra sans ordonnance, ou tentent de vous convaincre d’acheter son équivalent "naturel" aux effets "garantis" sur les hommes et les femmes. Ou quelqu’un "d’important" dans un pays africain cherche une personne de confiance pour blanchir quelques dizaines de millions de dollars appartenant à une personnalité décédée (le plus souvent Mobutu) et vous versera 30% de la somme, à condition bien sûr que vous payiez quelques petits frais. Quand on ne vous vante pas une méthode pour augmenter la longueur du pénis ou attirer les femmes grâce à des phéromones.

Beaucoup de spams sont pornographiques, avec une augmentation très nette des messages odieux ("viols insoutenables", "scènes d’inceste", "sexe avec des animaux", etc.).

Les expéditeurs se cachent derrière de fausses adresses électroniques et il est donc très difficile d’entamer des poursuites judiciaires pour les empêcher de nuire. Mais les cas de spammeurs condamnés suite à des plaintes sont heureusement de plus en plus fréquents.

Techniques de spammeurs
Récolter des adresses électroniques est très simple. Des programmes robots passent automatiquement en revue tous les sites Internet, tous les annuaires, tous les forums de discussion, et y "avalent" littéralement toutes celles qu’ils y rencontrent.

De nombreux sites, sur lesquels vous avez donné vos coordonnées pour obtenir des informations ou un service, se constituent des fichiers qu’ils revendent ensuite à des "partenaires" qui les utiliseront pour vous spammer.
Les données sont mises sur CD-ROM et vendues à bas prix : moins de cent dollars pour des millions d’adresses !

Connaissant cela, il est donc possible de se protéger.

La première chose est de prendre conscience que, sur Internet, votre adresse électronique est quelque chose de précieux et qu’il faut éviter de la divulguer à n’importe qui.

Gardez-la pour le courrier privé et professionnel et, pour tout le reste, abonnez-vous à une messagerie gratuite, comme yahoo.fr. Vous y recevrez une adresse électroniqõe que vous pourrez lire via votre logiciel de courrier habituel (à préférer à des services comme Hotmail, qui imposent de lire le courrier sur leur site, donc en payant des frais de connexion).

Lorsque vous participerez à un forum de discussion ou qu’un site vous demandera d’introduire votre adresse électronique pour obtenir des informations, vous communiquerez celle-là. Jamais l’autre.
Et si vous vous rendez compte à un moment donné qu’elle est utilisée par des spammeurs, il vous suffira de la changer.

Contre-attaque
Mais si votre adresse privée ou professionnelle a déjà été enregistrée par les spammeurs, ces techniques ne suffisent plus. Il vous faut réagir.
Une première méthode consiste à souscrire à un service de filtrage, comme Activator, qui vous offre une adresse électronique gratuite protégée. Les messages sont filtrés et une bonne partie des spams et tous les courriers porteurs de virus sont supprimés. La protection est donc double. La version gratuite, limitée à 50 messages présents simultanément sur le serveur, est amplement suffisante pour un usager normal.

Ensuite, évitez de tomber dans le piège des spammeurs, ne répondez jamais lorsqu’ils vous proposent de leur envoyer un message pour être retiré de leurs fichiers. C’est, pour eux, la meilleure façon de vérifier que votre adresse électronique est toujours valide.

Enfin, portez plainte.

Tentez de déterminer l’identité du spammeur dans l’en-tête du message, et portez plainte contre lui auprès de son fournisseur d’accès. Tous ont une adresse de type abuse@hébergeur.xxx (ex : abuse@skynet.be, abuse@wanadoo.be) prévue pour cela, et tous ferment les comptes des indélicats. Le site Spamcop le fera automatiquement pour vous.
Dans le cas de spams venant de France, N’hésitez pas à porter plainte à la CNIL par courrier postal (Commission Nationale Informatique et Liberté, 21, rue Saint-Guillaume - 75340 PARIS CEDEX 07, France), en veillant à archiver le message litigieux, que vous devrez fournir par e-mail une fois la plainte enregistrée.

Le collectif anti-spam propose des outils complémentaires, comme un encrypteur d’adresses électroniques pour vos sites Internet (première source d’approvisionnement des robots des spammeurs), des filtres anti-spam, une liste noire de spammeurs, divers tutoriaux qui expliquent leurs méthodes de plus en plus insidieuses et les moyens de s’en protéger.

On y trouve un conseil très simple : "N’achetez jamais rien, n’utilisez aucun service, dont un spam fait la pub !
Les spammeurs spamment pour faire de l’argent. Si nous nous abstenons de leur en faire gagner par ce moyen, c’est nous qui gagnerons et qui nous libérerons du spam !"

Et pour les aider à libérer nos boîtes aux lettres électroniques, n’oubliez pas de signer leur pétition.

Article paru dans "Le Ligueur" en 2002.