::: Agenda ::: ::: Lire ::: ::: Jouer ::: ::: Cliquer ::: ::: Bouger ::: ::: Consommer ::: ::: Zapper :::





*** A ne pas rater ***

Pas de conseil particulier pour l'instant.

*** Conseillé par WEEK-ENDS.BE ***

Pas de conseil particulier pour l'instant.
Pour accéder à l'agenda complet cliquer ici

[:::: Imprimer cet article :::: ]

::: Le blues des nouvelles technologies :::

  

Après des années glorieuses de rêves et d’illusions, les nouvelles technologies sont retombées sur Terre. Et l’ensemble du secteur (Ordinateurs, Internet, GSM) se réveille avec une sacrée gueule de bois.

La litanie des fermetures de "start-ups" Internet et de licenciements dans tout ce qui touche à l’électronique semble ne plus devoir s’interrompre. C’est par milliers d’emplois que cette industrie paye un développement irréaliste, basé sur l’illusion que nous allions tous nous lancer, joyeux et inconscients, vers l’ultime stade de l’évolution de l’homme prévu par les études de marché, l’Homo-Technologicus.

Or, pour une fois, nous n’avons pas réagi comme les coûteuses analyses de cabinets américains spécialisés le prédisaient, ni comme le suggéraient les agences de marketing. Curieusement, nous ne nous pressons pas pour acheter un nouvel ordinateur tous les trois ans, ni un GSM tous les six mois. Etonnant, non ? Serions-nous des consommateurs plus futés en matière de technologies que dans les autres secteurs de notre civilisation du prêt à consommer/prêt à jeter ?

Mon PC, je t’aime !
Dans leurs tours d’ivoire, ces spécialistes ont commis une erreur fondamentale : croire que le PC est un outil de consommation comme les autres et qu’on va donc le remplacer régulièrement. Dans leurs studios de recherche et de développement, chacun dispose du dernier cri électronique, l’ordinateur le plus récent, le plus puissant, le plus performant ; pourquoi iraient-ils imaginer qu’il en est autrement dans le monde réel ?

Vu avec un budget familial qui doit forcément tenir compte d’autres choses que le standing électronique, le PC est un produit cher qu’on ne va pas changer régulièrement. Et qu’on va même conserver tant qu’il fonctionne bien. Car on s’y attache, à ces petites bêtes ! Pas question de les euthanasier tout simplement parce que des vendeurs tentent de nous convaincre que notre modèle est dépassé, vieillot, ringard, en un mot : "obsolète". L’obsolescence est une notion subjective remise à la mode par les commerciaux de l’informatique ; d’autant plus élastique que leur marge bénéficiaire est importante sur les nouvelles machines. Mais qui n’a rien à voir avec les qualités intrinsèques d’une machine.

La preuve par Mac
Exemple vécu. Cet été, mon Macintosh a un malaise. A six ans d’âge, dira n’importe quel vendeur, c’est déjà un miracle qu’il n’ait eu que cela. Chez le réparateur, devant un dinosaure pareil, c’est sourires en coin, regards ironiques, petites phrases insidieuses du type "vous pensez vraiment que cela vaut la peine de le réparer ?".

En attendant, pour me secourir, je retombe sur un tout, tout vieil ordinateur des années 80 qui traînait au grenier, un petit "Mac" noir et blanc, avec un écran riquiqui et une mémoire à faire hurler de rire les programmeurs de Microsoft, qui exigent quinze à vingt fois plus pour faire tourner leurs programmes actuels.

Et, surprise ! Une quinzaine d’années après, tous les logiciels de bureautique nécessaires sont encore sur son disque dur, toujours prêts à l’emploi. Word, Excel, etc, dans des versions antiques mais déjà complètes, et extrêmement rapides et performantes par rapport aux lourdes versions d’aujourd’hui ! A se demander ce qu’on a pu y ajouter d’utile, en quinze ans, qui justifie qu’on doive acheter un ordinateur vingt fois plus puissant pour obtenir le même résultat...

De là à dire que l’on nous trompe, il n’y a qu’un pas que je franchis en toute sérénité. Et que l’industrie du PC paye les pots cassés n’est finalement que justice...

Le CD-ROM déçoit
Et sa complice, l’industrie du logiciel, commence à souffrir, elle aussi. Elle qui considérait qu’on pouvait exiger de l’utilisateur qu’il achète un nouvel ordinateur plus puissant à chaque nouvelle version de ses logiciels, s’est, elle aussi, plantée dans ses prévisions.

Le CD-ROM est le premier à en souffrir. Il y a cinq ans, on nous promettait qu’il nous ferait oublier la grisaille du monde réel ; que, grâce à lui, on pourrait apprendre tout ce que l’on désire avec des ordinateurs-professeurs, voyager autour du monde en restant chez soi, éprouver de toutes nouvelles formes de sensations et d’émotions.

Mais l’on découvre que si les images de synthèse parviennent à copier le réel, elles n’apportent pas d’émotions ni de sensations nouvelles, si ce n’est dans les productions cinématographiques de milliards de dollars pour le grand écran. Que l’école sur CD-ROM, c’est ennuyeux et nettement moins efficace qu’un prof, sans ses défauts et ses sautes d’humeur, mais aussi sans son intuition et son expérience qui font qu’il parvient vraiment, lui, à s’adapter à l’élève.

L’on découvre aussi qu’il est bien moins amusant de "visiter" (sic) le musée du Louvre face à un écran où on ne pourra découvrir qu’une centaine d’œuvres présélectionnées, qu’en se baladant dans ses couloirs, même encombrés de touristes japonais, même après une queue d’une heure pour franchir la porte d’entrée. Et c’est plutôt une bonne nouvelle.

Internet : on coule !
Depuis le printemps 2000, les morts subites de "start-ups" Internet, sont quotidiennes. Ces centaines de sociétés qui avaient réussi à "lever" des centaines de millions sur base d’une simple idée se sont la plupart du temps écroulées. Internet est confronté au principe de réalité.

Les milliers de décideurs de ce secteur né dans l’euphorie la plus totale s’aperçoivent soudain qu’on n’investit pas dans du matériel coûteux uniquement pour dire qu’on "est sur Internet" et qu’il est même possible de vivre heureux et épanoui sans "imèle". Sans connexion à haut débit. Sans avoir son site "perso" sur le réseau.

Le modèle économique d’Internet, principalement basé sur les rentrées publicitaires, était un piège dans lequel tous sont tombés. La pub ne suit plus, tout le monde coule ! Quant à ceux qui souhaitaient faire payer l’accès à leurs sites, ils en sont pour leur frais : les utilisateurs payent - cher - la communication téléphonique pour se connecter à Internet, pourquoi payeraient-ils en plus pour l’information qu’on y trouve ?

Il faudra donc trouver d’autres moyens de rémunérer ceux qui font le contenu afin que les opérateurs téléphoniques ne soient pas les seuls à gagner de l’argent sur le réseau. Au fait, pourquoi ne rémuniraient-ils pas, eux, ces services qui, à eux seuls, justifient qu’on paye une communication téléphonique pour se connecter à Internet ?

"Votre GSM est-il dépassé ?"
Cette question est à la "une" de Netcetera, le nouveau magazine belge du multimedia. Qui nous présente, en pages intérieures, un dossier sur le "GRPS", "la" nouvelle technologie qui va révolutionner le GSM. Problème : nous n’avons pas, non plus, envie d’être absolument "up to date" en achetant un nouveau GSM pour suivre servilement n’importe quelle innovation.

L’échec du coûteux et inutile "Wap" est déjà très rassurante à cet égard. Vous avez acheté un GSM Wap ? Désolé, vous avez fait une erreur, il ne vous servira à rien. Et le "GRPS", l’"UMTS", toutes ces technologies mystérieuses que l’on vous annonce comme bientôt indispensables sans que vous ayez la moindre idée de ce qu’elles peuvent vous apporter ni à quoi elles peuvent bien servir risquent bien de subir le même sort.

Les fabricants de GSM ont déjà été confrontés à ce principe de réalité, et leurs employés ont déjà payé, par milliers d’emplois perdus, les erreurs de leurs managers
.
La démonstration est faite qu’on ne peut continuer à développer une économie sur base d’une surconsommation de produits technologiques prêts à jeter.
En matière de technologies, l’homme cesserait-il enfin d’être un consommateur aveugle et offrirait-il enfin un écran aux rêves fallacieux du marketing ?
Attendrait-il enfin des services qui justifient la technologie, avant d’acquérir celle-ci ?

De ne plus être considérés comme des consommateurs bêtes et serviles, ça nous changera, tiens !

Article paru dans "Le Ligueur" en 2001.

(par Patrick Pinchart)


[:::: Imprimer cet article :::: ]


Rechercher sur le site: