L’univers des jeux vidéo est impitoyable. Peut-être plus encore dans la réalité que dans la fiction. Nintendo en a fait l’amère expérience et renaît lentement de ses cendres.

Sega va mal. Le fabricant japonais comptait bien sur sa Dreamcast, sa nouvelle console 128 bits attendue à l’automne, pour recommencer à grignoter des parts du juteux marché des consoles. Las ! Sony lui coupe l’herbe sous les pieds en annonçant pour l’année prochaine une nouvelle version de sa Playstation superstar.

Nintendo, lui, somnole depuis le lancement plusieurs fois retardé de sa Nintendo 64, accouchant péniblement de rares jeux qui se succèdent à un rythme de limaçon rachitique. Alors que la pile des titres pour la Playstation ne cesse de s’allonger, celle de la Nintendo 64 reste toujours aussi désespérément basse. Ils sont de qualité, pourtant. Mais trop rares.

Un retour attendu

Avec le retour de son second personnage-phare Zelda (Super Mario étant le premier, réalisé par le même auteur, Shigeru Miyamoto), Nintendo a réalisé un jeu digne de ses heures de gloire. “Ocarina of time” (1), considéré comme le meilleur jeu de tous les temps par les testeurs des magazines spécialisés, est une fabuleuse aventure dans laquelle le joueur doit explorer un univers immense pour y trouver les objets qui lui permettront de résoudre d’innombrables énigmes et de vaincre tout autant d’ennemis. Cette quête est à la hauteur des précédentes : il faudra s’accrocher longtemps avant d’en parcourir la totalité. Comme toujours dans les jeux de Miyamoto, la difficulté est progressive, ce qui laisse à chacun le temps de se roder aux multiples fonctions de la manette. Un jeu technologiquement très évolué, à l’ergonomie bien pensée. Magique !

Toujours plus vite

“F1 Pole position 64” (2) est une simulation de course de voitures de Formule 1 qui profite des possibilités de calcul très poussées de la Nintendo 64, capable d’afficher des décors très réalistes. Ce qui devient indispensable pour ce genre de jeu, où l’impression de vitesse est principalement rendue par le défilement des paysages et de la route.

Le joueur peut s’entraîner librement, affronter un ami, tenter de battre le record de vitesse ou participer à un championnat du monde (seize grands prix successifs). De nombreuses options sont disponibles. Outre les classiques (choix parmi diverses vedettes de F1, type de voiture, de boîte de vitesse, etc.), il est possible de choisir les conditions météo dans lesquelles se déroulera la course.
Une dizaine d’options de caméra sont proposées, permettant de suivre de l’intérieur de la voiture, au-dessus de celle-ci, derrière, etc. L’effet est réussi : on s’y croit vraiment !

Quel cirque !

Starshot (3) est un jeu d’aventures au look faussement enfantin imaginé par l’équipe française d’Infogrames, qui s’était spécialisé dans les adaptations de séries de bande dessinée. Ici, c’est plutôt un univers de “toons” qui a été choisi, les personnages semblant sortir d’une de ces séries animées que diffusent toutes les télés commerciales les matinées de week-end. L’histoire tourne autour d’un cirque intersidéral en danger, que le héros va tenter de sauver en explorant diverses planètes afin d’y trouver des attractions nouvelles tout en évitant les pièges posés par son concurrent direct, l’infâme Virtua Circus. Un jeu d’aventure rigolo, mais à la maniabilité criticable, qui le rend très difficile.

Pour quelques flocons de plus

“1080° snowboarding” (4) est une fabuleuse simulation de glisse sur planche, au réalisme étonnant. Vous allez dévaler à toute allure des pentes enneigées, vous offrant même le luxe d’esquisser des figures de style grâce aux nombreux mouvements modélisés. Il vous est loisible de faire, dans ce programme, tout ce qu’il est possible d’effectuer sur une planche véritable. Les paysages sont superbes, l’impression de glisse est fantastique, et la difficulté est amenée progressivement, laissant leur chance à tous les types de joueurs. Une très belle réussite.

Violence pure

Enfin, pour les amateurs de défoulement plus malsain, “Turok 2” (5) est à déconseiller totalement aux âmes sensibles. La jaquette annonce la couleur : “un monde dément où règne la violence”, “des ennemis horribles”, “de nouvelles armes explosives”... on est loin de Oui-Oui, ici. C’est une cartouche faite pour les adolescents, qui adorent se faire peur avec ce type de jeux “gore” où l’hémoglobine coule à flots. Le “héros” (sic) explore un souterrain labyrinthique truffé de monstres hideux qu’il va trucider grâce à des armes extrêmement dévastratrices. En même temps, il devra trouver les mécanismes qui déclenchent les ouvertures qui lui permettront d’avancer plus loin et, bien sûr, les armes de plus en plus monstrueuses, seules capables d’anéantir les êtres de plus en plus terrifiants qui vont systématiquement se précipiter sur lui.

A noter la possibilité de se massacrer mutuellement entre copains et une option pour les hypocrites, permettant de désactiver l’hémoglobine... ou de la teindre en vert. Mais est-ce réellement moins nauséeux ?


(1) A partir de huit ans.
(2) A partir de huit ans. Distribué par Ubi Soft (02/738.74.14).
(3) A partir de huit ans. Distribué par Infogrames (00 31 40 23 93 575).
(4) A partir de six ans. Deux joueurs en simultané.
(5) A partir de douze ans. Un à quatre joueurs en simultané.

Article paru dans "Le Ligueur" en 1999.