"La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié", disait je ne sais plus qui. C’est en tout cas quelque chose qu’on aime bien étaler. Méprisée par la plupart des medias télévisés qui ne lui consacrent plus que des tranches d’antenne de plus en plus tardives, elle retrouve sa place dans les jeux.

"Questions pour un champion", "Voulez-vous gagner des millions", "Le maillon faible",... ou même le quinquagénaire "jeu des mille euros". Autant de jeux populaires qui ont scotché des millions de gens devant leur radio ou leur télé. Même s’il est emballé différemment, le principe est toujours le même : des candidats s’affrontent pacifiquement, dans des domaines culturels, en tentant de répondre à des questions de culture général. L’auditeur ou le téléspectateur, lui, se projette dans l’émission et tente de répondre lui aussi, pour le simple plaisir de s’écrier "Je le savais, tu vois, je le savais !". Généralement suivi de "Quel con, ce candidat, il est vraiment en-dessous de tout !"

Buzz ! L’éclair de génie


De là à tenter d’appliquer le principe aux jeux vidéo, il n’y avait qu’un pas. Un pas risqué, parce que jeu vidéo ne rime pas forcément avec jeu de l’esprit. Et pourtant, "Buzz !" est arrivé et il a immédiatement démontré que la transition était possible. Et même très excitante, car il permettait à chacun d’être le candidat de la télé et de pouvoir enfin bénéficier des applaudissements et cris d’encouragement pré-enregistrés du public.

Buzz, ce n’est pas le héros des films d’animation de Pixar. C’est le nom de ces boutons-poussoirs sur lesquels les candidats doivent pousser lorsqu’ils pensent avoir trouvé la réponse. Le "buzzer". Lancé sur la Playstation 2, le premier jeu était accompagné d’une série de quatre buzzers, permettant ainsi à autant de joueurs de s’affronter simultanément. Plus tard, Sony lancera des buzzers sans fil, évitant ainsi le quart d’heure de démêlage qui précédait chaque partie, les câbles ayant une fâcheuse tendance à s’emmêler. Vu son succès, la série fut déclinée en de nombreuses versions, d’abord sur Playstation 2, puis sur Playstation 3, et enfin sur la console portable PSP (ici, plus de buzzer, on joue à tour de rôle en se passant la console). Les buzzers ont même été utilisés pour offrir des jeux aux plus petits, non plus basés sur la culture, mais plus proches des jeux vidéo traditionnels "des grands"

Jusqu’où va la culture ?

Une fois la partie lancée, un animateur déjanté, aussi agaçant que certains vrais animateurs télé, présente les candidats et lance les jeux. Ils sont heureusement très variés, évitant un phénomène de répétition et de lassitude. L’animateur maintient la pression tout au long du jeu, donne le rythme. Certaines épreuves piègent les candidats, comme celle qui nécessite de passer une bombe à son voisin jusq’à ce qu’elle explose. De quoi donner un peu de tonus au jeu, mais pas vraiment indispensable. La série évolue peu : les épreuves restent les mêmes d’un jeu à l’autre ; ce qui change, c’est les questions.

En effet, les nombreux titres puisent chacun dans une banque de plusieurs milliers de questions, un peu comme le Trivial Pursuit. Inévitablement, à long terme, on retombe sur les mêmes mais ce n’est pas vraiment gênant, ça facilite même la vie des jouers assidus qui peuvent ainsi tester leur mémoire et vérifier qu’ils ont bien retenu la bonne réponse. D’autant plus que certaines questions sont particulièrement tordues.

Les thèmes sont variés : musique, cinéma, sports, télévision... Bref, ce qu’on appelle de la "culture populaire". Rien de scolaire là-dedans, on ne vous questionnera pas sur Voltaire, Victor Hugo ou Zola ! Par contre, et c’est un grand défaut, il s’agit le plus souvent de culture anglo-saxonne, même si des efforts ont parfois été réalisés pour "localiser" certains jeux : "le plus malin des Belges" ou "le plus malin des Français".



Si l’on est prêt à accepter que la culture dominante est anglo-saxonne, cela ne présentera pas de problème. Sinon, cela peut être vraiment gênant pour certains joueurs. Indépendamment de cela, "Buzz !" est un formidable concept, qu’on invite les développeurs à beaucoup plus adapter à la culture locale des pays où ils vendent leurs jeux. Et, pourquoi pas, ajouter aussi, dans les questions, des points plus classiques. Zola, Hugo, Voltaire, finalement, c’est peut-être vieux (je traduis, pour les adultes : "ça a peut-être plus de vingt ans"), mais ça a tout aussi sa place dans la culture que Johnny Depp, non ?