Mars 2003. G.W. Bush prépare le monde à une attaque imminente de l’Irak, grâce à une campagne de manipulation et de mensonges maintes fois démontée depuis. Certains se sont contentés de protester. D’autres ont manifesté. Certains sont allés en Irak dans l’espoir d’empêcher la machine de destruction américaine de se mettre en marche en s’installant à des endroits stratégiques pour servir de boucliers humains... volontaires, cette fois, pas comme en 1991.


Le 23 février 2003, Amara Sellali arrive dans Bagdad. Elle est militante dans une association et vient de France. Avec d’autres occidentaux, elle est en Irak pour voir les dégâts de l’embargo et les conséquences de l’uranium appauvri que les Américains ont utilisé contre le peuple irakien pendant la guerre du Golfe. Son but est de rentrer ensuite en France pour témoigner.

Le régime irakien est ravi de cette aubaine. Pendant dix jours, un guide militaire va les emmener d’un lieu menacé à un autre émotionnellement chargé. A la propagande américaine, répond une autre forme de propagande, non plus basée sur des manipulations de l’information, mais sur des drames humains, soigneusement choisis. Première étape, l’autoroute n°8, reliant Koweit-City à Bagdad. Le 26 février 1991, des milliers de soldats irakiens y fuyaient le Koweit. L’aviation et l’artillerie américaines les ont massacrés. Avec des bombes à l’uranium. Des bombes qui ont également été utilisées contre les civils. Etape suivante, l’hôpital de Bassorah. Avec des femmes irradiées qui ne donnent plus naissance qu’à des enfants monstrueux.


" Qu’est-ce que je peux faire ? ", se demande Amara. A force de côtoyer les Irakiens au long de ces journées, en-dehors des visites officielles où il est interdit de prendre des photos pour ne pas montrer autre chose que ce qui est autorisé par la propagande, elle décide de rester auprès d’eux. Elle servira de bouclier humain, avec des dizaines d’autres militants, dans des lieux choisis par le régime. Son lieu d’affectation : la centrale électrique au sud de bagdad. On le sait depuis : c’est un des premiers lieux que bombardera l’armée de G.W. Bush au matin du 20 mars 2003.

Avec ce reportage en images, la bande dessinée démontre une fois de plus sa puissance comme media. Les photos étaient interdites ? Ce n’est pas bien grave, les images dessinées ont un impact tout aussi fort ! Au même titre que la télévision parvient à faire passer émotion et révolte dans des émissions de grands reportages, la bande dessinée nous plonge en plein coeur du drame irakien, avec des images qui ne peuvent laisser indifférent. Et qui ont l’avantage, par rapport aux images télévisées de l’époque, de ne pas avoir été dépendantes des autorisations, ni du régime du dictateur, ni de celui des envahisseurs... ni des contraintes de l’audimat. Ce qui leur donne, non seulement plus de crédibilité, mais aussi plus de sincérité.

Loin des images choquantes destinées à faire grimper l’audience, on nous montre ici la vie quotidienne des Irakiens sous le régime de l’embargo, jusqu’à ce 20 mars 2003 où leur pays allait une nouvelle fois entamer une descente aux enfers. Parmi ceux qu’Amara Sellali - aidée du scénariste Xavier Bétaucourt qui s’est chargé de mettre en récit son témoignage - nous présente dans ce livre, combien ont survécu à la guerre ? Réponse, peut-être, dans le tome 2.

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