::: Agenda ::: ::: Lire ::: ::: Jouer ::: ::: Cliquer ::: ::: Bouger ::: ::: Consommer ::: ::: Zapper :::





*** A ne pas rater ***

Pas de conseil particulier pour l'instant.

*** Conseillé par WEEK-ENDS.BE ***

Pas de conseil particulier pour l'instant.
Pour accéder à l'agenda complet cliquer ici

[:::: Imprimer cet article :::: ]

::: Les déboires de la photo "techno" :::

  

Dix mille employés de Kodak sont en sursis. En cause, dit-on, la guerre des prix du principal concurrent, Fuji, et l’échec du CD-photo. Qui a déjà rejoint le purgatoire des nouvelles technologies.

C’était il y a, oh, à peine cinq années. Alors que Philips, rayonnant, lançait son CD-i, que le CD-ROM s’imposait tout doucement dans les ordinateurs, Kodak imaginait, lui, le CD-Photo. Tous étaient bâtis sur le même support physique : la petite galette de matière synthétique que vous placez régulièrement dans votre chaîne hi-fi pour écouter, selon votre génération et vos goûts personnels, Charles Trenet, Boby Lapointe, les Stones ou les Backstreet Boys. Basée sur un codage digital (à partir de chiffres - “digits” - “0” et “1”) de l’information, elle pouvait contenir pas mal de choses, cette jolie rondelle. Des programmes informatiques, des textes, du son, de la vidéo, des images, des photos...

Un rendez-vous manqué

Un support universel, quoi. Le premier dans l’histoire de l’Humanité. Pourquoi donc les constructeurs ne se sont-ils pas entendus pour qu’il soit véritablement un standard ? Pour qu’une seule machine, universelle comme le support qu’elle devait lire, soit suffisante pour lire toutes ces informations ? On aurait sans doute évité une bonne partie du désastre qui se joue sous nos yeux.

Mais le marketing est malheureusement ce qu’il est. Chacun lança son propre “standard” qu’il tenta d’imposer aux autres : pour lire un CD-i, il fallait se procurer un lecteur Philips, pour visionner des Photo-CD, il fallait investir dans un lecteur Kodak, et pour utiliser un CD-ROM, il suffisait d’acheter... un ordinateur.
La première victime fut Philips (qui, avant Kodak, “dégraissa”(sic) son personnel), dont le CD-i est à l’état de mort clinique. Le CD-ROM, dépendant d’un matériel dont le prix ne baisse pas, en est au stade des soins palliatifs. Et le CD-Photo est pratiquement mort-né.

Du papier au CD

Cétait pourtant, techniquement, une belle invention. Sur un petit CD, vous pouviez stocker cent photographies, vous créer un album de photos électronique à visionner en famille autour d’un écran - de télévision ou d’ordinateur, selon l’épaisseur de votre portefeuille. Mais il restait cher : en plus du développement de vos films, il vous fallait payer quelques centaines de francs pour la galette de plastique, et entre deux et trois mille francs pour copier les négatifs sur celle-ci. Sans compter un lecteur vendu plus de vingt mille francs. Pas vraiment, vraiment démocratique, il faut l’avouer.

Rectifiant le tir, Kodak vient de lancer une version moins coûteuse. Pour dix francs la photo, vous pouvez faire copier un film sur une disquette informatique traditionnelle. Un logiciel de retouche (qui n’est pas disponible pour le Macintosh, réduisant à nouveau le potentiel d’utilisateurs) permet de retravailler la photo, noircir les yeux rouges, rectifier la balance des couleurs, etc.

L’illusion technologique

Euh, oui, c’est très beau, ça, mais à quoi ça sert ? Tiens, c’est vrai, ça, à quoi ça sert ? A force de s’ébahir devant les prouesses de la technologie, on en vient à oublier qu’elle n’est pas une fin en soi. Et que lorsqu’on souhaite montrer à la famille les photos des dernières vacances à la mer, on n’a pas vraiment envie de se placer devant l’ordinateur, d’attendre son interminable initialisation et d’ouvrir des fichiers les uns après les autres. Le bon vieil album photo est mille fois plus convivial que cela. Et nettement moins coûteux.

Plus grave, encore. Une fois vos photos retouchées, vous ne pourrez pas les faire tirer à nouveau sur papier ou les agrandir. La définition, adaptée uniquement aux écrans, est trop médiocre pour cela. Comme sont désastreux les résultats des appareils photographique sans pellicule, qui capturent l’image dans des puces électroniques pour la faire digérer ensuite par votre ordinateur.

Peu pratique, médiocre, coûteuse, limitée, le CD-photo restera, dans l’histoire des technologies, comme l’une de ces nombreuses mauvaises “bonnes” idées. Qui, chaque fois, se soldent par des drames sociaux.

Article paru dans "Le Ligueur" en 1997.

(par Patrick Pinchart)


[:::: Imprimer cet article :::: ]


Rechercher sur le site: