Nées au milieu des années 80, les consoles de jeux vidéo ont connu une croissance exceptionnelle, portées par un phénomène de mode qui n’a épargné aucun continent. La chute n’en fut que plus rude. On est loin, aujourd’hui, de l’arrogance d’il y a dix ans.

C’est que les nouvelles technologies sont un métier à haut risque où la concurrence ne fait pas de cadeau. Commodore (avec sa CD-32, première console 32 bits), Atari (avec sa Jaguar, une console 64 bits sortie des années avant celle que Nintendo lance cette année) et Philips (avec son CD-i, qui a tenté de grignoter des parts de marché dans le domaine ludique avec une machine pas vraiment faite pour ça) l’ont appris à leurs dépens, écrasés sans pitié par les buldoozers Sega et Nintendo.

Lesquels, se croyant maîtres du monde, n’ont pas vu venir un outsider, Sony, dont la Playstation les a contraints également à baisser pavillon.

Mais, dans ce domaine, rien n’est jamais joué. Alors que Sony, avec un dynamisme indéniable, est aujourd’hui le leader incontesté, Nintendo repart à l’attaque avec sa “Nintendo 64”. Dans ce maëlstrom où les enfants, tentés par les revues spécialisées, en veulent toujours plus, les parents sont, eux, de plus en plus largués.

Retour à la préhistoire

Il y a donc dix ans que Sega et Nintendo ont entamé une extraordinaire “success story” grâce à deux boîtiers au design raté que l’on devait connecter à la télévision familiale avant d’y enficher une “cartouche”. Celle-ci cachait des circuits électroniques contenant un code informatique qui, passé à la moulinette de la “console”, affichait sur l’écran un jeu d’un nouveau genre, où l’on pouvait animer des personnages dans un univers peuplé d’ennemis autonomes.

Même s’ils paraissent dépassés aujourd’hui par leurs performances limitées et leurs graphismes simplistes, ces jeux furent révolutionnaires. Tellement magiques qu’ils provoquèrent un raz-de-marée dans le monde entier. Avec, respectivement, la “Master System” et la “NES”, Sega et Nintendo furent à la base du premier phénomène de mode universel.

La vente de ces premières consoles est interrompue depuis longtemps, mais on les trouve pour des bouchées de pain dans les brocantes et par petites annonces. Elles sont un excellent choix pour les enfants de moins de huit ans, qui pourront ainsi bénéficier à bas prix de leur très large ludothèque, qui contient de nombreux jeux de qualité.

On double la mise

Une deuxième génération de consoles suivit quelques années plus tard. Basées sur des processeurs 16 bits alors que les précédentes n’étaient que 8 bits (c’est-à-dire capables d’interpréter des “mots” informatiques formés d’une succession de 8 nombres binaires, 0 ou 1), elles offraient des sons et des images d’une bien meilleure qualité. L’escalade technologique venait de commencer.

Etait-elle vraiment nécessaire ? Nous ne le pensons toujours pas. Certes, les effets visuels et sonores de la “Mega Drive” de Sega et de la “Super Nintendo” étaient sans comparaison avec ceux de leurs ancêtres, mais les principes de jeux restaient exactement les mêmes. Le plaisir n’est pas fonction du nombre de bits.

Cette période fut celle d’une ruée vers l’or-cartouche. Du monde entier, des développeurs créèrent des jeux de plus en plus sophistiqués. Elles ont donc à leur disposition une ludothèque impressionnante.

Si elles sont toujours vendues neuves dans le commerce, on les trouve aisément à des prix raisonnables dans le circuit de seconde main. La variété et la qualité de leurs jeux satisfera les enfants jusqu’à dix ans.

8...16...32... Qui dit mieux ?

Tout phénomène de mode, par définition, est éphémère. Il s’arrête un jour pour être remplacé par un autre. Le marché s’effondra alors que les années 90 approchaient de leur moitié. Les fabricants tentèrent de le relancer par une nouvelle escalade en puissance, mais avec des résultats bien plus mitigés.

En 1995, Sega était la première à lancer une console 32 bits, la “Saturn”, dont les jeux étaient livrés sur un simple CD. Elle était suivie, quelques mois plus tard, par la “Playstation” de Sony. Une concurrence d’une agressivité terrible commença, qui eut pour effet de faire dégringoler le prix de ces machines, pourtant haut de gamme. Sega eut du mal à résister au choc, et fut obligé de fermer de nombreuses succursales, dont la belge. Nintendo sombra également.

La firme japonaise préparait sa revanche, la “Nintendo 64”, qui vient enfin de sortir avec un énorme retard. Peut-être trop tard : Sony occupe royalement le terrain avec une Playstation gorgée de jeux. Il faudra toute la force de persuasion de Super Mario pour convaincre les joueurs de l’abandonner.

Ces trois consoles se caractérisent par une utilisation systématique de la 3D dans des jeux aux graphismes très réalistes et aux effets spéciaux spectaculaires. La manipulation souvent complexe les destine à un public de plus de dix ans.

Le budget à prévoir pour des machines aussi sophistiquées est également élevé : plus de 6.000 FB. Rien à voir avec les 20.000 FB qu’il fallait débourser il y a deux ans pour la “Saturn”. Les jeux vidéo, comme l’informatique, sont un domaine où la patience est toujours gagnante.


Et les portables ?

Les consoles portables sont une alternative très satisfaisante au jeu sur la télévision. Certes, le confort est moindre car l’écran est plus petit, mais la faculté de jouer où l’on veut compense ce défaut. Si la “Game Gear” de Sega, en couleurs, ne bénéficie pas d’assez d’autonomie pour être vraiment qualifiée de portable (elle épuise un jeu de piles en quatre heures, et doit donc plutôt être raccordée au secteur), la “Game Boy” reste la reine des consoles.

Nintendo vient de lui donner une seconde jeunesse avec une version plus compacte encore, la “Pocket”, à l’écran plus large, au design coloré, qui reste compatible avec les centaines de jeux qui ont été réalisés depuis le lancement du premier modèle.

C’est un excellent choix pour toutes les tranches d’âge, d’autant plus que les jeux sont nettement moins chers et disponibles d’occasion.


L’Arlésienne des consoles

Si l’on en croit les vendeurs, la puissance des processeurs de la “Nintendo 64” - des Silicon Graphics, la “Roll’s” des ordinateurs graphiques - est mille fois supérieure à celle des ordinateurs qui envoyèrent l’homme sur la lune, il y a trente ans.

Tout au moins enverront-ils les joueurs dans des univers virtuels calculés en temps réel par des micro-processeurs capables de réaliser 80.000.000 d’opérations à la seconde.

Ses jeux sont stockés sur une ROM (“Read only Memory”), une mémoire à accès immédiat, bien plus rapide que les CD-ROM des concurrentes 32 bits, mais considérablement plus coûteuse aussi. Cette grosse artillerie technologique est mise avant tout au service des effets spéciaux et des graphismes 3D afin de répondre à la demande d’un public avide en jeux qui en mettent plein la vue.

Les premiers d’entre eux sont d’ailleurs des versions “améliorées” de succès actuels, avec des graphismes plus fouillés et des effets plus spectaculaires.

Elle est vendue 6.995 FB “nue”, c’est-à dire sans jeux et accompagnée d’un seul joypad. Le prix des jeux se situe entre 2.500 FB et 3.000 FB, ce qui amène le tout aux alentours de 10.000 FB.

Article paru dans "Le Ligueur" en 1997.