Le moins que l’on puisse dire, c’est que les jeux vidéo aiment prendre le train en marche. Qu’un univers se mette à décoller chez les enfants et, inévitablement, on le retrouvera rapidement sur console et/ou sur ordinateur.

Dans la masse des jeux produits chaque année, les développeurs espèrent ainsi obtenir plus de visibilité grâce au succès récolté par des héros de bande dessinée aussi célèbres que Lucky Luke, Astérix, Spirou, Papyrus ou Tintin, ou par les films très médiatisés pendant leur période de lancement. C’est ainsi que l’on retrouve systématiquement, au moment de la sortie d’un nouveau film pour enfants, un jeu qui adapte son scénario à des concepts ludiques bien rodés.

Atlantide
En première ligne de ces adaptations à moindre risque, Disney et la Grosse Bertha du marketing qui accompagne chacun de ses films. Atlantide (Playstation 1, à partir de huit ans) n’échappe pas à la règle. La machine publicitaire de l’usine Disney est tellement efficace que les retombées pour le jeu ne peuvent qu’être considérables. Mais cela se paye : pour avoir le droit de réaliser un jeu, il faut acquérir une très coûteuse " licence ". Et il faut se plier aux nombreuses exigences de l’usine à divertissements américaine, ce qui n’est pas toujours évident pour les développeurs.

" Atllantide " est un jeu d’exploration où l’on évolue dans divers univers en y recherchant des objets ou des morceaux qu’il faudra ensuite combiner, et des symboles qui, tous rassemblés, offriront un extrait du dessin animé à l’heureux joueur. Au menu de ce jeu, beau (il respecte pieusement les graphismes du dessin animé) mais pas vraiment original, adresse, dextérité et tenacité.

Chaque séquence de jeu démarre par un court extrait du film. Comme souvent dans les logiciels Disney, la partie apprentissage est très poussée et toutes les manipulations sont expliquées pas à pas. Un bon point. Les épreuves sont également très progressives. Les joueurs les plus nuls ne se sentiront donc pas désemparés et y trouveront également leur plaisir. Une phase d’apprentissage, très astucieuse, est également prévue pour l’utilisation des outils et des armes.

Comme sur un DVD traditionnel, on y trouve des bonus. Par exemple, la bande annonce, spectaculaire, que vous connaissez par cœur si vous avec fréquenté une salle obscure depuis moins de six mois. On y trouve aussi des fiches techniques sur les personnages. Une idée sympathique qui mérite d’être suivie.

Kirikou
Kirikou (Playstation 1, à partir de six ans) n’est pas grand, mais il est vaillant. Le petit bijou animé de Michel Lancelot a été brillamment adapté en jeu vidéo, dans un jeu de plates-formes et d’aventure aux graphismes superbes, en parfait accord avec ceux, très personnels, du film. Certes, il a fallu beaucoup de temps avant que les développeurs s’aperçoivent qu’ils tenaient là un univers riche et intéressant, mais le résultat en vaut la peine.

Le scénario suit l’histoire : " En Afrique, il y avait un village ; dans ce village, une case ; dans cette case, une femme ; dans le ventre rond de cette femme, un tout petit garçon. "Je m’appelle Kirikou", dit l’enfant en sortant du ventre de sa mère. Si petit soit-il, Kirikou veut déjà comprendre pourquoi la sorcière Karaba, femme superbe et cruelle, entourée de fétiches soumis et redoutables, a jeté un terrible sort sur le village. Pourquoi tous les hommes partis combattre Karaba disparaissent mystérieusement . Dès lors Kirikou n’a qu’une chose en tête : délivrer le village de son emprise maléfique et découvrir le secret de la méchanceté de la sorcière. "

Le petit garçon évolue dans de beaux décors africains très colorés, comme la savane, la forêt, le marigot, la grotte inondée, les galeries souterraines, des scènes de nuit, évitant ou éliminant les robots de la sorcière qui tentent de l’empêcher de récupérer les gouttes d’eau réparties partout sur son chemin. Les neuf niveaux de jeu sont basés sur les scènes-clés du film. Le premier est un terrain d’entraînement, qui favorise une prise en main rapide du jeu, puis la difficulté est progressive.

Le succès monumental de ce film magnifique fait plaisir, face aux grosses machines à la Disney. On en redécouvre quelques extraits au fil de l’aventure.

Lucky Luke, Western Fever
Dans ce jeu de découverte-exploration (Playstation 1, à partir de huit ans), Lucky Luke évolue dans divers décors de L’Ouest sauvage, toujours prêt à dégainer plus vite que son ombre, un don bien connu qui lui permet d’éliminer tous les nuisibles qu’il rencontre sur son chemin. Les nombreux fans du cow-boy créé par Goscinny et Morris reconnaîtront au fil des écrans des personnages issus de ses différents albums. Le concept est relativement simple : il faut avancer, tirer sur les méchants qui apparaissent mais pas sur les gentils (même si Jolly Jumper apprécierait que le joueur ait un mauvais réflexe au moment de l’apparition soudaine de Ran-Tan-Plan), et éviter les pièges des décors (cactus, éboulements, serpents à sonnettes, etc.).

Le maniement est très intuitif : on déplace un cercle de visée d’une cache potentielle à une autre, et il suffit de tirer au jugé si le bandit sort de celle-ci. Un procédé astucieux, qui ne nécessite pas trop de dextérité, et qui rend donc le jeu accessible aux plus jeunes. Le rechargement aisé de l’arme du cow-boy solitaire simplifie également bien les choses.

Les développeurs ont aussi trouvé une astuce pour éviter que, lors de ses déplacements dans les décors en 3D, Lucky Luke ne cache une partie importante du décor : ils l’ont rendu partiellement transparent.

Syphon Filter 3.
Ce jeu d’action (Playstation 1, à partir de douze ans) est basé sur le même principe que Lucky Luke (abattre des personnages qui apparaissent soudain à l’écran), mais sans l’humour qui installait une distance par rapport à l’action. Au contraire, son réalisme poussé en accroît l’impression de violence.

A Tokyo, deux espions sont sur les traces d’un groupement révolutionnaire chinois. Pour tenter de se procurer le virus Syphon Filter, ils vont tenter d’en éliminer les membres en se rendant en différents lieux. Le premier est un hôtel, qu’il faut explorer afin de trouver une chambre d’où l’on pourra bien voir l’immeuble d’en face, où sont réunis plusieurs ennemis, avant de commencer la séance de tir. Dans ce jeu d’action, le scénario revêt une importance primordiale.

Il installe immédiatement le joueur dans un climat de tension. Les instructions lui sont données au fur et à mesure qu’il évolue : éliminer d’abord un sniper sur les toits, puis les officiers en train d’interroger de manière forte un homme, etc. Les scènes d’exploration alternent avec les scènes de combat. Les manipulations ne sont pas évidentes et il faut un certain temps pour apprendre à manipuler le viseur.

Les images assez réalistes nous forcent à déconseiller ce type de jeu aux plus jeunes.

Bob et Bobette
Bob et Bobette, les deux héros créés il y a près de soixante ans par Willy Vandersteen, et désormais poursuivis par son studio, vivent enfin leur toute première aventure en jeu vidéo, " Les Dompteurs du Temps " (Game Boy couleurs, à partir de six ans).

"L’ignoble Crimson a fait disparaître Lambique avec la machine à remonter le temps du professeur Barabas. Mais personne ne sait où il est. Quelques pièces de la machine ont également disparu." Il faut rassembler les pièces manquantes qui aideront le professeur à réparer sa machine, puis retrouver Lambique et le ramener chez lui sain et sauf. Originalité de ce jeu d’exploration labyrinthique (il faut trouver les leviers qui, actionnés, ouvriront les dizaines de portes) : le joueur peut choisir, au début de chaque niveau, entre Bob et Bobette. Bob est le plus fort, mais Bobette est plus rapide.

C’est une équipe néerlandophone qui a réalisé ce jeu et il manquait apparemment un francophone dans l’équipe pour corriger les textes, qui sont truffés de coquilles. Dommage, car c’est la première chose que l’on remarque et ça ne fait pas très sérieux.

Article paru dans "Le Ligueur" en 2002.