Pour plaire aux enfants, aux premiers temps de l’informatique, il suffisait de pas grand chose. Hypnotisés par les effets de leurs clics à l’écran, ils se contentaient de pas grand chose.

Près de dix ans ont passé depuis les débuts des CD-ROM et ils figurent désormais parmi les objets quotidiens. Les consoles de jeux ont installé de nouveaux standards de qualité. Plus aucun distributeur sérieux, aujourd’hui, n’oserait proposer un titre aux graphismes décevants, au son crachotant, comme c’était encore le cas, il y a quelques années, parmi les nombreux titres réalisés par des amateurs et qu’on parvenait à vendre faute de mieux.

Un titre qui n’utilise pas de l’animation plein écran, voire de la 3D, qui ne nécessite pas le dernier processeur sorti il y a à peine trois mois, est considéré par eux comme “technologiquement dépassé”.

Heureusement, un enfant est moins vite blasé qu’un spécialiste en informatique. Lui, ce qu’il veut, c’est un jeu qu’il comprend aisément, qui l’amuse (Tetris a encore de beaux jours devant lui) et présenté éventuellement par des copains sympas et accueillants. La technologie, jusqu’à un certain âge, il s’en balance comme de sa première couche. Et comme aux premiers temps de l’informatique, il suffit encore de pas grand chose pour le passionner.

Schtroumpfant ?

Dans la galerie des copains sympas, les Schtroumpfs occupent une place de choix. Les merveilleux lutins bleus imaginés par l’ami Peyo résistent au temps, grâce à la qualité des premiers albums, grâce au fameux coup de pouce des dessins animés et malgré la médiocrité des albums récents. Une base idéale pour un titre multimedia pour les enfants.

“Les Schtroumpfs noirs” est une adaptation de deux de leurs aventures, accompagnées de cinq petites épreuves très simples. Il s’agit de “BD animées”, pas de dessins animés. Les vignettes des albums ont été scannées, retravaillées sur ordinateur, animées sommairement et sonorisés. Le résultat est attrayant, même si l’interactivité est nulle durant la vision de ces animations.

La magie de Peyo continue à fonctionner. Les petites activités qui les complètent sont de compréhension immédiate : attraper des mouches qui volent à l’écran, trouver les fleurs identiques dans un bosquet, aider un Schtroumpf à voler en “soufflant” dessus, etc. Un CD-ROM peu ambitieux, mais suffisamment attractif pour les enfants de moins de dix ans, et qui a le mérite de fonctionner sur des ordinateurs anciens.

Branché dès la naissance ?

“Lapin Malin éveil” fait partie de cette nouvelle génération de logiciels qui prennent l’enfant dès le berceau. “De un an à deux ans”, annonce la jaquette. Rectifions : de deux à cinq. Car si l’interface est prévue pour que la moindre action de l’enfant sur le clavier ou la souris déclenche une interactivité, il risque de ne pas comprendre comment passer d’un écran à un autre. Il est d’ailleurs toujours préférable que les activités sur l’ordinateur se déroulent avec la complicité d’un plus grand, afin de ne pas transformer la machine en baby-sitter impersonnel, mais au contraire qu’il soit l’objet d’un contact affectif avec d’autres membres de la famille.

Ici, tout clic de la souris, toute pression d’une touche sur le clavier, provoque quelque chose à l’écran. Dans un paysage rural, par exemple, il fera apparaître un animal de la ferme qui poussera son cri. Son compagnon tout au long du jeu, Mimi la souris, lui montrera comment elle exprime diverses émotions. Ou chantera et dansera. Ou lui fera découvrir les sons de quelques instruments de musique. Ou lui racontera une petite histoire. Les parents ont même la possibilité d’intégrer le prénom, la voix et la photo de l’enfant au récit, possibilité que nous n’avons pas testée. Les petits apprécient cd CD-ROM miraculeux où toujours, quoi qu’ils fassent, ils trouvent la bonne réponse.

Un jeu d’aventure simplifié

“Les vacances de Camisole” est basé sur un vieux principe, mais qui a fait ses preuves : il s’agit d’explorer des scènes “interactives” en cliquant partout afin d’y déclencher toutes les animations qui y ont été cachées. L’héroïne est Camisole, une brave femelle d’une espèce indéfinissable, qui arrive dans un petit village, Clafouty-sur-mer, pour y passer ses vacances.

Malheureusement, toute l’eau de mer a été avalée par un géant local. Afin de pouvoir malgré tout prendre un bain, elle va tenter de trouver celui-ci et de le convaincre de remettre la nature dans l’état où il l’avait trouvée en entrant. Elle explore donc les lieux. Chaque clic déclenche un petit gag, ou une activité simple et rapide, ce qui donne un rythme dense à cette aventure virtuelle pour enfants de quatre à dix ans.

Pabo Super-Star

Mais, parmi tous ces héros, c’est Pabo qui reste le préféré des petits (quatre à dix ans). Pas vraiment pour son physique : le petit dragon n’a vraiment rien pour plaire, sinon deux grands yeux globuleux. Mais par l’univers graphiquement très réussi, et surtout humoristique, dans lequel il évolue.

Il passe, lui aussi, ses vacances dans un petit village, peuplé ici de tortues. Une tempête soudaine dévaste tout et emporte cinq des tortues. Il faut donc les retrouver en explorant tous les lieux de la région : la maison, le ravin, la rivière, la forêt des merveilles, etc..

L’enfant a des objectifs bien précis, retrouver les objets emportés et résoudre les petites énigmes qui sont proposées à divers moments. Onze jeux vont ainsi se succéder, jusqu’au bouquet final, un hilarant flipper en pleine nature où buissons, troncs d’arbres, canoés, petits monstres, deviennent les “bumpers”. Une récompense de grande qualité pour ceux qui auront réussi à terminer l’aventure. Et qui sera désormais accessible à tout moment.

Je préviens les parents : le jeu est tellement attrayant que les enfants y reviennent fréquemment et qu’il est très difficile de les convaincre de libérer l’ordinateur familial pour des travaux plus importants comme, par exemple, rédiger l’article de la semaine pour “Le Ligueur”. Comment ? Ce n’est pas une excuse suffisante pour l’avoir rentré quinze jours en retard ? On voit bien que vous ne connaissez pas mes enfants, Madame la rédactrice en chef...

Article paru dans "Le Ligueur" en 2000.