L’ordinateur fait de plus en plus partie de l’équipement des ménages, au même titre que la télévision et la machine à laver. A la différence près que sa durée de vie est nettement plus courte. Quelques mois à peine après l’achat, le voilà dépassé. C’est du moins ce qu’on tente de nous faire croire.

Tous les possesseurs d’un nouvel ordinateur savent que consulter un catalogue informatique dans les mois qui suivent l’achat tourne vite à l’acte masochiste : immanquablement, avant même d’avoir terminé de rembourser le financement, ils y trouveront, pour le même prix, des configurations plus puissantes qui rangeront la leur parmi les croulants cacochymes.

Un marché mégalomane

Depuis ses débuts, l’ordinateur obéit à la loi de Gordon Moore : tous les deux ans, la puissance des micro-processeurs double grâce à une miniaturisation de plus en plus poussée. Une loi qui ne s’était jamais démentie jusqu’à l’année passée. Au grand bonheur des marchands. Vous connaissez d’autres domaines, vous, où l’on peut dire au consommateur : “Euh, votre bazar, là, que vous avez acheté il y a deux ans, vous ne trouvez pas qu’il est un peu dépassé ? Regardez ce qu’on vous propose aujourd’hui pour le même prix” ?

Les éditeurs de logiciels en profitent également. L’exemple le plus marquant est Windows 95 qui asphyxia les configurations familiales par son adiposité et sa gourmandise en mémoire vive et qui obligea des dizaines de milliers d’utilisateurs à modifier leur machine un peu trop ancienne... ou à en acheter une nouvelle.

Stop à l’escalade !

Cette tyrannie de la technologie et ses effets pervers sont en train de connaître leurs premiers revers. En effet, des fabricants américains ont décidé de cesser la course à la puissance et de se battre sur le terrain du prix. Ils proposent des configurations multimedia complètes pour le prix de 1.000 $. En France, on en trouve également, au prix de 5.000 FF.

L’explication de cette baisse est simple : depuis des années, le prix des composants ne cesse de s’écrouler. Plutôt que de répercuter cette chute sur le prix de vente des configurations, les fabricants avaient préféré maintenir le prix des machines à un niveau élevé, tout en plaçant à l’intérieur des composants de plus en plus puissants.

Sans que ce soit du plus quelconque intérêt pour le consommateur moyen. Les gadgets de plus en plus nombreux des versions successives de Word ou d’Excel ne sont pas utilisés. Le sobre Windows 3.1 suffit encore pour l’essentiel des applications familiales. Et si des éditeurs de logiciels souhaitent vendre ceux-ci au grand public, c’est à eux de s’adapter aux configurations qu’il possède, non à ce dernier de se sur-équiper pour les utiliser.

Un standard faussé

Faut-il pour autant se précipiter sur ces “premiers prix” ? Pas forcément. Car contrairement à ce qu’affirment les revues spécialisées - qui ont une vision déformée de la réalité -, le “standard” actuel n’est pas celui des machines hypertrophiées qui attendent les naïfs chez les revendeurs. C’est celui des centaines de milliers d’ordinateurs nettement moins puissants que les particuliers ont achetés il y a deux ou trois ans et qu’ils n’ont pas besoin de remplacer.

La plupart de ces machines peuvent subir un véritable lifting en ajoutant quelques barettes de mémoire vive ou un disque dur externe, très bon marché aujourd’hui, qui décupleront leurs performances. Pour nettement moins que 1.000$.

L’ordinateur, pour quoi faire ?

Si l’on souhaite acheter un ordinateur, la question à se poser est toujours la même : à quoi doit-il me servir ? Surfer sur Internet ? Rédiger mon courrier ? Gérer le budget familial ? Tout cela, une configuration bas de gamme peut le faire, pour autant qu’on rejette les versions récentes des logiciels. Jouer ? Une console est bien mieux adaptée. Lire des CD-ROM ? La plupart tournent sur les machines standard ; les autres n’ont qu’à rester dans les entrepôts des éditeurs.

L’ordinateur n’est qu’une illusion coûteuse inventée par notre société de consommation. On nous a fait croire qu’il était devenu indispensable mais il n’est le plus souvent qu’un gadget de luxe, dont on sous-utilise les capacités. L’apparition des machines à 1.000 $ est une première conséquence de cette prise de conscience. Et un premier pas vers un juste prix de la technologie.

Article paru dans "Le Ligueur" en 1998.