A lire les journaux, l’avenir passera par les ordinateurs, les CD-ROM, Internet... seuls médias capables de démocratiser la culture et de l’amener à domicile. Eh ! Oh ! Du calme, les journaux ! L’instrument de vulgarisation de la culture, il est là depuis longtemps.

Cet instrument magique, c’est la cassette vidéo. Trouvez-moi UN aspect de la culture qui lui échappe et promis, juré, je mange mon chapeau [1]. Hormis les manuels d’utilisation, systématiquement écrits en un langage secret que ne décodent que les techniciens de haut niveau, le magnétoscope s’est imposé comme le véhicule de transmission de la culture le plus aisé et le plus démocratique. Exemples.

Le miracle de la vie

Allez donc répondre à toutes les questions que se pose un enfant à qui on vient d’apprendre que, dans quelques mois, du ventre de sa maman, sortira un petit frère ou une petite soeur ! “La maternité racontée aux enfants” [2] est là pour vous donner un coup de pouce grâce à la vie quotidienne d’une petite famille filmée depuis les premières rondeurs du ventre de la maman jusqu’à l’arrivée du bébé.

Pas de grandes théories scientifiques ici, mais des tranches de vie, où les enfants expriment leurs interrogations, leurs craintes, et où on leur répond avec leurs mots et des dessins d’autres enfants. Simple, pas vraiment ambitieux dans la réalisation, mais suffisant.

A l’opposé, la fabuleuse collection de documentaires “La planète Miracle 2” [3] joue à fond sur la technologie de l’image pour nous raconter l’histoire de notre planète. Cette série à gros budget mêle des images de synthèse à des scènes de la vie sauvage, d’une exceptionnelle qualité, et à des reportages sur les fouilles et les travaux scientifiques qui ont permis aux hommes de reconstituer leur lointain passé. Neuf cassettes passionnantes abordent des thèmes aussi variés que l’océan primitif, les dinosaures, la conquête du ciel, la reproduction, etc.

Le magazine “National Geographic” a, depuis longtemps, basé sa notoriété sur le sérieux de ses document iconographiques. La collection “National Geographic Video” [4] est réalisée avec le même sérieux. Le but, ici, est de restituer l’histoire des hommes par des enquêtes journalistiques enrichies de nombreux documents d’époque.

Ces reportages mêlent donc des films noir et blanc du début du siècle, des photos, des films récents et des documents rares ou exclusifs. Ainsi, dans “Les secrets du Titanic”, on revoit avec émotion les passagers du bateau le plus mégalomane de tous les temps, immortalisés par un pasteur qui eut la chance d’être débarqué en Irlande pendant que ses 2228 compagnons continuaient leur voyage vers un New York qu’ils n’atteindraient, pour la plupart, jamais.

Puis on accompagne, avec la même émotion, les plongeurs qui en explorèrent l’épave, trois quarts de siècle plus tard. La collection “National Geographic Video” nous transporte ainsi des royaumes perdus des mayas aux coulisses de la maison blanche, avec quelques détours craquants aux pays des animaux.

Du singe à Séraphin Lampion

Mais la culture n’est pas seulement “ce qui reste quand on a tout oublié”. Elle est aussi faite d’une foule de minutes d’antenne, de pages de magazine, de petites séquences telles que “Les Nuls”, Les “Guignols de l’info”, les séquences de Jannin et Liberski pour Belgacom,... qu’on ne trouvera jamais dans les “Lagarde et Michard”, heureusement pour elles.

“La vie privée des animaux” [5], par exemple... Vous extrayez des images de documentaires animaliers, vous les présentez à un comédien génial, et voilà les singes, gnous et pachydermes dotés de la parole. Patrick Bouchitey détournait ainsi, chaque soir, des séquences animalière en donnant la voix aux bestioles les plus diverses. Elles se mettaient alors à singer la société humaine, s’engueulant, fricotant, plaisantant... Réunies, ces séquences forment un coktail d’une savoureuse vulgarité.

John Cleese, lui, ex-Monthy Python, ex-“poisson nommé Wanda”, ce sont ses contemporains qu’il a choisi de singer. “How to irritate people” [6] date un peu, mais l’humour n’a pas vieilli : on y trouve un concentré de tous les types de raseurs que peut compter la société humaine : ceux qui commentent tout haut les films au cinéma, ceux qui vous empêchent de regarder votre émission à la TV... jusqu’aux maîtres d’hôtels exaspérants, les pilotes de ligne insupportables. Bref, la confrérie au grand complet des Séraphin Lampion de tout l’univers.

Oïoïooooo...Ioïooooooo...

Et les dessins animés, tiens... Vous vous souvenez des Flinstones ? Non, pas le film d’il y a deux ou trois ans, les dessins animés d’Hanna et Barbera d’il y a trente ou quarante ans... Eux aussi font partie de notre culture. Eh bien, les voilà réédités dans deux cassettes [7] qui en reprennent les tout premiers épisodes.

C’est la version française “avec les voix originales”, nous explique la jaquette. L’accent québequois des protagonistes me laissent à penser que, soit ma mémoire a complètement occulté cet aspect des choses, soit ladite jaquette se fiche de moi. Comme elle ajoute que les emballages sont “personnellement signés par Bill Hanna et Joe Barbera” et qu’on n’y trouve que leur signature imprimée, je pencherais plutôt pour la seconde solution.

Terminons en beauté. Tarzan n’a cessé de passionner le cinéma depuis sa création par Edgar Rice-Burroughs. Pas toujours avec bonheur, comme le prouve “Tarzan l’homme singe”, une adaptation grangignolesque récente mettant en scène Bo Derek et due à un réalisateur dont je tairai le nom par charité. On lui préfèrera de loin la “totale” de la mythique et inusable série de films mettant en scène Johnny Weissmuller [8], qui est à nouveau disponible. Bien sûr, c’est un peu tarte, bien sûr les doublages sont ringards, mais que n’est-on pas prêt à pardonner pour entendre le vrai, l’unique, l’immortel cri de Tarzan ?

Article paru dans "Le Ligueur" en 1997.


[1Bon, d’accord, je n’en porte jamais, mais il me fallait bien une image forte...

[2“La maternité racontée aux enfants”, R.T.B.F. vidéo.

[3“La planète miracle 2”, neuf cassettes R.T.B.F. vidéo.

[4“National Geographic Video”, série de cassettes R.T.B.F. vidéo

[5“La vie privée des animaux n°2”, R.T.B.F. vidéo

[6“Comment horripiler les gens”, R.T.B.F. Vidéo

[7“The personal Favorites” et “The very first Episodes”, Columbia Tristar Home Video.

[8“Tarzan, l’homme singe”, “Tarzan et sa compagne”, “Tarzan trouve un fils”, “Tarzan à New York”, “Tarzan s’évade”, “Le trésor de Tarzan”, Warner Home Video