Les deux corps enlacés se tortillent, collés l’un à l’autre dans l’étreinte la plus torride de l’histoire du cinéma. Non, nous ne sommes pas un vendredi soir, dans la séquence “X” de Canal +. Nous assistons simplement à l’accouplement de deux escargots. Dont la sensualité dépasse tout ce que le cinéma dit “rose” a pu imaginer.

Depuis “Microcosmos”, on ne regarde plus son gazon de la même façon. Ce béton vert qu’on tond distraitement après en avoir extrait, par herbicides systémiques interposés, tout ce qui pouvait en gâcher la banalité, camoufle un univers d’une richesse incomparable. Il fallait l’amour fou de deux biologistes passionnés par l’observation des insectes pour parvenir à nous montrer ce que le moindre mètre carré d’herbe peut cacher de drames, de violence et de beauté.

Claude Nuridsany et Marie Pérennou ne sont pas des nouveaux venus dans le domaine de la vulgarisation scientifique, mais c’est “Microcosmos” qui les a fait connaître du grand public. Diplômés de l’Université Pierre et Marie Curie, ils ont réalisé, depuis le début des années 70, des dizaines d’expositions, d’articles (dans “Géo”, “Terre sauvage”, “Sciences et Avenir”...), de documentaires, de livres... sur ce monde que nous foulons des pieds, distraitement, chaque jour.

Grand show, mini-acteurs

La coccinelle occupe l’écran, galopant sur une brindille à la recherche d’une colonie de pucerons. La fourmi n’est pas vraiment d’accord. Mais, véritable buldoozer, la bête à bon dieu poursuit son chemin, ignorant superbement la colère de la fourmi.
L’araignée tisse sa toile. Un frémissement : une sauterelle vient d’être prise au piège. Vite, vite, elle accourt et l’enrobe d’un cocon de fil diaphane. Son garde-manger vient de s’enrichir d’une pièce de choix, qu’elle dégustera plus tard.
Un scarabée, tête en bas et jambes en l’air, dont la boule de crotin se coince dans un bout de racine, un oeuf de chenille qui éclot, deux sauterelles qui dont l’amour... A tout moment, “le peuple de l’herbe” frémit, vit, s’emballe.

Caméra cachée

Avec leur caméra cachée qui nous révèle ce micro-monde, les deux biologistes relativisent la notion du temps. Cette journée dans une prairie toute banale équivaut à plusieurs années de vie humaine pour des insectes qui n’auront que quelques semaines pour naître, grandir, s’aimer et mourir. Acteurs d’un destin toujours vécu en accéléré, ils étaient, pour nous, des choses anonymes sans importance, fondues dans l’uniformité d’un monde qui attirait peu notre attention. Microcosmos nous démontre qu’ils sont tout sauf uniformes et que chacun a sa personnalité.

Travail de patience, fruit d’années d’observation et de tournages avec des acteurs insectes triés sur le volet, “Microcosmos” n’a pas de véritable trame narrative. Seuls des bruitages naturels et une musique soutiennent la succession de scènes crues, drôles, burlesques ou cruelles. Et on tombe vite sous le charme de ces images d’un autre monde, éblouissantes de beauté, qui nous ouvrent à un autre univers.


“Microcosmos”, par Claude Nuridsany et Marie Perennou, 75’, une cassette “Cosmos Home Entertainment”.

Article paru dans "Le Ligueur" en 1997.