::: Agenda ::: ::: Lire ::: ::: Jouer ::: ::: Cliquer ::: ::: Bouger ::: ::: Consommer ::: ::: Zapper :::





*** A ne pas rater ***

Pas de conseil particulier pour l'instant.

*** Conseillé par WEEK-ENDS.BE ***

Pas de conseil particulier pour l'instant.
Pour accéder à l'agenda complet cliquer ici

[:::: Imprimer cet article :::: ]

::: Petits crimes conjugaux :::

  

L’homme qui rentre dans cet appartement n’a plus de passé. Il ne sait pas qui il est ni ce qui lui est arrivé. Suite à un accident, il est amnésique. Sa femme, devenue pour lui une inconnue, tente de l’aider à reconstituer les pièces du puzzle de sa mémoire. Mais certaines ne s’emboîtent plus convenablement. Quelque chose cloche dans le portrait qu’elle dessine de cet autre lui-même. Comme si ce n’était pas la vérité. Et d’autres pièces semblent manquer. Comme si elle lui cachait quelque chose d’inquiétant. Et lui, a-t-il vraiment totalement perdu la mémoire ?

Gilles Sobiri est auteur de romans policiers. Suite à un mystérieux accident, il se réveille à l’hôpital, la mémoire vide de souvenirs. Il ne se souvient plus, ni de lui-même, ni de la vie qu’il menait avant le choc. Ni de sa femme, très belle, qui rentre un jour dans sa chambre et qu’il ne reconnaît pas.

Celle-ci le ramène chez "eux". Au départ, l’environnement qui fut pourtant celui de leur vie commune n’éveille en lui aucun souvenir. Sa femme a beau lui rappeler des détails intimes, sa fougue amoureuse, sa patience lorsqu’il l’accompagnait dans une boutique de fringues, ses talents de peintre, rien n’y fait. Elle reste cependant étrangement distante, et évasive quant aux circonstances de son accident. Lui cacherait-elle quelque chose ? Que s’est-il passé, ce jour-là ?

Progressivement, des bribes de souvenirs refont surface. Le rappel du contenu d’un de ses livres, "Petits crimes conjugaux", est le déclic qui réveille sa mémoire. Un recueil de nouvelles impitoyables, truffé de petites phrases au vitriol sur le couple et la famille : "Lorsque vous voyez une femme et un homme devant le maire, demandez-vous lequel sera l’assassin", "Dans un vieux couple, celui qui est le plus heureux est celui qui enterre l’autre".

Et il ne croyait pas si bien dire en l’écrivant. Car dans ce livre que Lisa, sa femme, déteste car elle y lit trop clairement la déliquescence de leur couple après quinze années de vie commune, Gilles a émis une théorie qui s’est vérifiée. Il y a, dans chaque couple, un assassin. Et c’est lui qui a été la victime.

Du mensonge à la vérité
Lisa cache des choses à Gilles, Gilles lui rend la pareille. Chacun a ses raisons de mentir. Lui veut comprendre, elle ne veut plus souffrir. Du bel amour passionné d’il y a quinze ans, il ne reste plus grand chose. L’habitude, l’âge, l’usure du temps, en ont fait un fantôme. Solide en apparence, diaphane et désincarné en réalité. Donnant l’illusion de durer alors qu’il s’est progressivement évanoui.

Chacun a fait comme il a pu pour supporter le désastre en silence. Gilles a fait semblant de ne pas le voir, Lisa a commencé à boire en cachette. Il a fallu "l’accident" pour qu’ils puissent enfin en parler. Leurs mensonges respectifs s’effondrent les uns après les autres, dévoilant le squelette d’un couple qui n’existe plus que de nom. Comment, vu ce qu’il en reste et après le drame qui s’est déroulé, vont-ils pouvoir le reconstruire ? Et n’est-ce pas peine perdue ? Un couple n’est-il pas finalement quelque chose de mortel, quoi que l’on fasse ?

L’histoire est d’une tragique banalité. C’est celle de tous ces couples qui s’effritent dans le quotidien, dont le désir s’éteint sous les coups répétés de l’habitude, et qui se réfugient dans le silence et l’ennui. Gilles et Lisa leur ressemblent. Avec l’humour en plus. Les dialogues d’Eric-Emmanuel Schmitt sont riches en jolies répliques sur l’amour, le couple et la famille, qui fusent et s’entrechoquent comme une balle dans une partie de ping-pong. Parfois trop vite, à un tel point qu’on a l’impression de se trouver dans un recueil d’aphorismes sur le sujet. Comme si l’auteur, durant des mois, avait accumulé ces réflexions et belles phrases, et avait tenu à nous les ressortir toutes, parfois au chausse-pied, dans ses textes.

Michel Kacenelenbogen joue le rôle de Gilles avec subtilité, accentuant l’humour des dialogues par des jeux de regard et de mimiques tout en finesse. Et Isabelle Roelandt incarne superbement la belle mais torturée Lisa, puisant dans une large palette d’émotions pour nous faire ressentir la complexité du personnage. Au final, une pièce passionnante, émouvante et drôle à la fois, sur un thème douloureusement d’actualité. Et tous les couples qui se brisent sont là pour en témoigner.

Jusqu’au 26 juin 2004 à 20h30 (relâche dimanches et lundis)
Réservations 0800/944.44

Infos : www.theatrelepublic.be

(par Patrick Pinchart)


[:::: Imprimer cet article :::: ]


Rechercher sur le site: