La musique, beaucoup d’ados passent par là. Qu’il se trouve quelques copains avec le même intérêt, et se forme un nouveau groupe. Une vocation est née. Mais comment, de celle-ci, aboutir à un CD professionnel ? De nouveaux sites permettent de se faire produire directement par les Internautes. Un espoir pour les artistes en herbe ?

Youpi ! Je suis devenu producteur de disque. Grâce à moi, une troupe de jeunes chanteurs a enregistré son premier album. Oh, ça ne m’a pas coûté grand chose. Mais nous étions 268 « producteurs », fédérés par le site Akamusic . Certains ont misé la somme minimale de 5 €. D’autres plus de 500 €. Au total, a été rassemblé de quoi leur permettre de réaliser leur rêve. Un rêve qui se poursuivra peut-être ensuite pour tout le monde puisque artistes et producteurs amateurs se partageront les bénéfices de la vente du CD.

Le concept est tout simple. Les artistes s’inscrivent gratuitement sur ce site communautaire, reçoivent alors un espace qui leur est dédié où ils placent photo et bio, et surtout, quelques échantillons de leur talent, les plus convaincants possible. Car leur écoute doit séduire les Internautes et les pousser à les financer. Si l’un d’entre eux apprécie leur travail, il peut acheter des « parts » (5 €) de la production d’un album (50 000 €) ou d’un « single » (15 000 €), selon le projet de l’artiste. Une fois la somme maximale atteinte, l’enregistrement peut commencer, aux frais des producteurs amateurs. Le budget prévoit studio, encadrement par des « pros », fabrication du CD et promo.

Et ça marche ! Grégoire, premier artiste produit par les Internautes via un autre site, MyMajorCompany, a fait un tabac cet automne avec « Toi + Moi » et a entamé une tournée en France et en Belgique. Et plusieurs autres chanteurs ou groupes ont déjà pu enregistrer un single ou un album grâce à l’un de ces sites.

Car ils sont déjà nombreux. A côté d’Akamusic, plate-forme belge, on trouve des concurrents tels que Spidart, SellaBand, ArtistShare, Slicethepie, ProduceMyLive, NoMajorMusik, MyMajorCompany. L’idée a donc fait son chemin ! Elle s’étend même à d’autres domaines. Le site Motionsponsor propose déjà de participer à la production de films.

Une proximité nouvelle entre artiste et public

L’avantage de ces sites ? Le public est en contact direct avec l’artiste, dialogue avec lui, l’encourage, commente son travail, suit les étapes de la production... et participe aux bénéfices nets (40% sont reversés par Akamusic aux producteurs ¬- les modes de financement et de répartition des bénéfices varient selon les sites). L’artiste, lui, tente de convaincre les amateurs, leur fait écouter son travail en cours de réalisation, favorise le dialogue. Il touchera lui aussi 40% des bénéfices si le CD est produit. Les 20% restants revenant au site.

Florence de Launoit, l’une des initiatrices d’Akamusic, est plutôt satisfaite de sa première année d’existence : « La demande est réelle pour ce genre de service. Nous comptons désormais 4.500 artistes et 15.000 producteurs. Nous avons signé 21 artistes (19 singles et 2 albums). Je pense que dans la crise de l’industrie musicale que nous traversons, nous sommes une des seules sociétés qui peut se targuer d’avoir signé 21 artistes en 1 an ! Le grand « plus » du site est d’être ouvert à tous, de ne pas sélectionner à l’entrée et de laisser ainsi la chance à tout le monde. »

Ce qui permet effectivement à tout un chacun de se lancer dans l’aventure sans devoir prendre sa machette pour explorer la jungle du show-bizz. Le résultat est évidemment inégal. A l’écoute des milliers de projets proposés sur le site, certains sont, euh, disons-le poliment, un peu surprenants. Mais d’autres sont « pros » et de grande qualité.

Attention aux déceptions !

La réussite est-elle donc à la portée de nos nouveaux talents ados ou jeunes adultes grâce à ces nouveaux outils ? Pas vraiment. Tout d’abord, parce que tout le monde n’a pas un flair de détecteur de talent. Le producteur internaute « moyen » risque de choisir les chansons les plus proches de ce qu’il connaît, les plus formatées pour plaire au grand nombre, celles susceptibles, donc, de lui rapporter le plus d’argent. Et ce n’est pas un hasard si l’une des premières artistes produites par Akamusic est une ancienne... de la Star’Ac, temple du conformisme musical. Un artiste hors-normes aura-t-il autant de chances d’être produit ?

Le grand nombre de projets est aussi un obstacle à la visibilité. Pour tous les écouter, il faudrait plusieurs semaines. Rien que les Belges sont plus de 300 ! Après avoir zappé au hasard afin de découvrir quelques morceaux, on risque de finir, par facilité, par se baser sur les choix les plus populaires. Et rater quelques perles rares. Ayons une pensée émue, par exemple, pour le groupe Kikunpai, dont la demande de fonds pour son projet, qu’il définit comme « le meilleur single de tous les temps », a été commencée en mars 2008, n’a toujours qu’un seul producteur (Akamusic)... et a donc encore 2950 parts de 5 € à trouver. Sa modestie n’a pas convaincu, apparemment !

La diffusion reste l’écueil majeur de ces sites. Certes, la tendance est à la dématérialisation de la musique et tous les titres produits sont vendus en téléchargement. Mais beaucoup d’entre nous apprécient encore le bon vieux CD. Akamusic, actuellement, ne distribue « physiquement » que dans les magasins Extrazone. Les autres plates-formes ont réussi à se faire référencer dans les grands circuits de distribution, ou carrément assumé que les artistes produits ne seraient disponibles qu’en téléchargement...

Un bon concept, mais...

Akamusic et ses concurrents sont un bon concept. C’est la première fois dans l’histoire de la musique que les amateurs de musique et les artistes peuvent jouer dans la même cour et se lancer dans un projet commun.
Mais il ne faut pas non plus en attendre trop. Il offre du rêve qui, pour certains - rares -, se transformera en réalité, l’espace d’un CD.

Celui-ci pourra être un coup de pouce dans une carrière, comme un enterrement de première classe. Que quelques centaines de producteurs se mobilisent pour soutenir un projet ne lui garantit pas le succès. Le milieu artistique est habitué aux espoirs déçus, aux titres lancés qui ne décollent pas. Attention aux désillusions.

De même, côté producteurs, s’il est excitant de soutenir de jeunes artistes grâce à ce type de plate-forme, il ne faut pas trop espérer toucher, grâce à eux, le jackpot. Dans ce milieu impitoyable, rares sont ceux qui font fortune et nombreux ceux qui perdent de l’argent. On peut donc aider un ami, quelqu’un de sa famille ou de parfaits inconnus dont on apprécie la musique. S’ils réussissent, tant mieux. Autrement, on leur aura donné un peu d’espoir et valorisé leur travail. C’est déjà ça.