Un look de quadragénaire rendu bedonnant par l’abus de pizzas ; un nez tuméfié à en rendre Gaston Lagaffe jaloux ; un métier, plombier, incompatible avec l’idée même d’aventure. Pouvait-on imaginer plus anti-héros que ça ? Et pourtant, “Super” Mario a conquis le coeur des enfants du monde entier.

Au point - humiliation suprême ! - de devenir, pour les petits Américains, plus célèbre que Mickey. Grâce à une vieille firme japonaise, Nintendo, et un passionné de belles histoires, Shigeru Miyamoto.

La première, une fabrique centenaire de cartes à jouer japonaise, eut l’intelligence de se lancer à temps, il y a plus de vingt ans, dans la folle aventure des jeux vidéo. Le second, entré là comme créatif en 1977, eut le coup de génie de transformer ceux-ci en contes. Avec des princesses à sauver, des ennemis transformés en champignons sauteurs ou en tortues volantes, des univers féériques et d’inquiétants châteaux à explorer, des pouvoirs magiques qui permettent de voler, de lancer des boules de feu ou de se transformer en géant. Des aventures merveilleuses dont les enfants deviennent les vrais héros, par Super Mario interposé, grâce à une invention miraculeuse trop facilement décriée : la console de jeux.

Shigeru Miyamoto [1] lui a donné ses lettres de noblesse. Prenant le contre-pied des recettes faciles trop souvent exploitées, faites de violence, de fureur et de bruit, il a tout fait pour captiver avec des animaux sympas, des décors naïfs et colorés et des monstres suffisamment effrayants pour être crédibles mais jamais terrifiants.

Il a demandé aux enfants, non pas de cogner sur tout ce qu’ils rencontraient, mais de faire travailler leur imagination pour trouver les secrets qu’il prend un malin plaisir à camoufler dans les lieux les plus saugrenus. Et de s’accrocher durant des semaines pour arriver au bout de jeux labyrinthiques pleins à craquer de surprises formidables.

Super Mario est devenu la mascotte de Nintendo. Il a conquis le monde, devenant tour à tour objet de merchandising, héros de BD (médiocres), de dessins animés (mauvais) et même de cinéma. Populaire à la fois chez les enfants et les adultes, qui constituent 45% de ses fans, il a dynamisé le lancement de chacune des consoles de Nintendo avec une nouvelle aventure, toujours plus immense que les précédentes, enrichissant chaque fois un peu plus l’univers le plus cohérent de l’histoire des jeux vidéo.

La puissance de la toute fraîche “Nintendo 64” lui offre désormais la 3D. Une concession marketing à la mode technologique. Mais ce n’est pas très important. Ce qui compte, c’est que derrière cette technologie, il y a un merveilleux rêveur, qui a réussi un véritable miracle. Donner la vie à quelques pixels de lumière sur l’écran d’un téléviseur.

Article paru dans "Le Ligueur" en 1997.