Dans les années 50, être catho, ça voulait encore dire quelque chose. La messe tous les dimanches (et à plein d’autres moments aussi), les scouts catholiques, le pélérinage à Lourdes en "deuche" branlante, les prières, la colo, l’école des frères... Florence Cestac a vécu ça. René Pétillon aussi. Ils se sont raconté leurs souvenirs.

Et ça donne un livre réjouissant qui rappellera de bons souvenirs à la génération des plus de cinquante ans... Car ces souvenirs d’école catho des fifties sous forme de tranches de vie rapides les replongeront dans leur enfance avec un réalisme que n’annonce pas le dessin souriant de Florence Cestac. Ils y retrouveront les voitures d’époque, les looks, Louison Bobet au Tour de France, les premières radio à transistors (diffusant Dalida et "Bambino") et tous les jeux d’extérieur auxquels on jouait à cette époque incroyable où il n’y avait pas encore de jeux vidéo et où seuls quelques privilégiés avaient la TV.

Des tranches de vie denses. Comme toujours, la généreuse Florence Cestac, aidée ici par Pétillon au scénario, ne ménage pas ses gags qui se succèdent au rythme de quatre ou cinq par page. Pour nous conter les frasques d’enfants d’école primaire qui, malgré les tentatives de parents croyants et de professeurs religieux d’en faire de bons chrétiens, se défoulent comme tous les enfants de leur âge, accumulant bêtises et mauvais coup (difficile, aujourd’hui, de refaire le coup du pétard dans une bouse de vache devant la façade d’un magasin, on trouve plus difficilement des bouses de vache en pleine rue). Et survivent finalement assez bien à un bourrage de crâne traumatisant ("Dieu voit tout ! Dieu entend tout ! Dieu vous juge ! Les impurs brûleront dans les flammes de l’enfer ! Pour toujours !!!").

Le monde des adultes cathos n’est pas plus triste. Entre la dame qui a cru voir la Sainte Vierge, ceux qui veulent construire une chapelle pour commémorer ce miracle et sont déçus de ne pas voir se produire un miracle le jour de l’inauguration, ceux qui adhèrent aux idées d’un pape parallèle qui annonce la fin du monde pour Noël, il y a de la place pour toutes les formes de gogos du catholocisme. Que rien de tout cela n’ait mené à quelque chose de concret explique peut-être pourquoi, une fois ces années 50 terminées, les gens se sont tournés vers d’autres occupations que la fréquentation des églises. Moins pittoresques sans doute. Et pas forcément moins abrutissantes pour l’esprit humain.