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::: Téléchargement de musique : du tout gratuit au tout bridé ? :::

  

Depuis des années, le téléchargement en ligne fait parler de lui, avec des relents sulfureux. C’est que, depuis le fameux logiciel Napster qui a permis à des dizaines de millions d’Internautes d’acquérir des musiques au format MP3 sans payer un centime de droit d’auteur, ce téléchargement est devenu (à tort) synonyme de cyber-criminalité.

Avant tout, un petit rappel. Le MP3 est un système de compression des données sonores. Auparavant, du temps du bon vieux disque vinyle et des cassettes audio, le son était stocké de manière analogique, sous la forme d’ondes. Depuis l’avènement de la musique numérique grâce à la popularisation du CD audio, il est numérisé, "échantillonné" en toutes petites tranches - 44 100 par seconde - dont toutes les caractéristiques sont encodées en une succession de "0" et de "1".

Un système très précis, qui donne au son CD sa qualité remarquable, mais qui présente le désavantage d’occuper énormément de place. Le CD tel que nous le connaissons depuis plus de vingt ans, par exemple, malgré sa très grande capacité (650 Mb, soit 650 milliards d’informations), ne peut contenir qu’un peu plus d’une heure de musique.

Populaire mais destructeur

Derrière le MP3, il y a l’idée que tous les sons ne sont pas audibles pour l’oreille humaine. Si on retire du fichier toute l’information inaudible, on peut l’alléger considérablement. D’une facteur dix, ce qui permet de stocker, sur un seul CD... près de 500 minutes.

Si le MP3 s’est développé aussi vite, c’est que les logiciels qui permettent de transformer les fichiers musicaux dans ce format (les "encodeurs") sont gratuits, de même que ceux permettant de les lire (les "lecteurs") sur son ordinateur. N’importe qui peut donc compresser en MP3 toute sa discothèque et la transférer sur son disque dur ou son baladeur numérique.

Il est désormais devenu un standard : la plupart des lecteurs de CD récents peuvent lire ce format.

Il faut savoir, cependant, que le MP3 est destructeur : si vous encodez un son WAV - le format non-compressé du son CD - en MP3, puis que vous le réencodez en WAV, il y aura une différence notable. Mais acceptable dans bien des cas, sauf pour la musique classique.

Il existe d’autres formats de compression : Ogg Vorbis (un autre format libre, très performant), AAC (Apple), WMA (Microsoft).

Boutiques en ligne : attention !

Pendant des années, les seules manières d’acquérir de la musique numérique étaient de compresser sa discothèque ou de se connecter à un réseau d’échange de fichiers - dits "P2P" ou "Peer to Peer" car basés sur une connexion via Internet entre ordinateurs de particuliers. En toute illégalité, des dizaines de millions d’Internautes ont téléchargé sur leur disque dur des morceaux se trouvant sur celui d’autres Internautes, affolant l’industrie du disque. Celle-ci a réagi violemment par des procès, mais elle n’a pas réussi à endiguer le mouvement : la musique circule désormais de manière dématérialisée.

Les premières boutiques de téléchargement légal sont donc nées pour profiter de cette évolution : Itunes Music Store, Virgin Mega, ou encore Skynet. Elles permettent de télécharger des morceaux musicaux pour le prix d’environ un Euro pièce.

Problème : ces fichiers ne sont pas en MP3, seul format universel, mais dans des formats propriétaires (AAC ou WMA) bridés par un système de "Digital Rights Management" ("Gestion des droits numériques"), destiné à en limiter et en contrôler l’usage.

Vous n’achetez pas un morceau de musique, mais une (indigeste) "licence d’utilisation" comme pour un logiciel informatique. Tout fichier téléchargé contient aussi des données personnelles sur l’acquéreur, et des clés de blocage.

Ainsi, ces systèmes limitent drastiquement les possibilités de copie et le nombre d’ordinateurs pouvant lire un fichier donné. Il vous sera ainsi interdit, par exemple, de lire un fichier AAC (acheté sur l’Itunes Music Store) sur une machine non-connectée à Internet, car il exige une autorisation préalable en ligne. Et les fichiers WMA ne sont pas persona grata sur l’I-Pod, pourtant le lecteur numérique le plus populaire (75% de parts de marché). Skynet refuse même de vendre ses fichiers aux utilisateurs de Macintosh ou de Linux car son format de DRM n’est pas... compatible hors Windows.

En fait, il s’agit d’une intrusion inacceptable dans la vie privée des utilisateurs. Une fois que vous avez acquis légalement un morceau musical et payé les droits d’auteur, vous avez le droit d’en faire des copies privées et de le lire sur l’appareil de votre choix. Ce n’est pas au distributeur de décider pour vous de ce choix.

Un appauvrissement culturel

Plus grave, encore. Le bridage est aussi culturel. Alors que le disquaire standard doit, s’il veut avoir en stock la totalité des disques disponibles, acquérir un entrepôt énorme, ce n’est pas le cas des disquaires en ligne puisqu’il n’y a pas de stockage physique. Ni CD, ni jaquette, ni boîtier. Uniquement des fichiers informatiques sur disques durs.

Les disquaires en ligne ont donc potentiellement la possibilité d’offrir en téléchargement tout ce qui a été édité.

Mais ils n’ont signé des accords qu’avec certains distributeurs particuliers, ce qui restreint énormément le choix. Et on ne s’étonnera pas de ne trouver, dans les disponibilités, que les stars internationales les plus évidentes.

Nous avons tenté d’acquérir sur le site ITunes Music Store des morceaux de Rapsat, Maurane, Sttellla, Lafontaine... Rien ! Même le pauvre Jacques Brel n’a droit qu’à un choix partiel dans sa pourtant très populaire discographie. Les labels indépendants sont également absents. Le risque est donc très important d’aboutir à un appauvrissement considérable de l’offre culturelle, qui sera réduite au plus rentable : ce qui se télécharge le plus, soit les derniers "hits" anglo-saxons, mais certainement pas un morceau innovant d’un jeune chanteur ou d’un nouveau groupe d’un petit pays comme le nôtre.

Vu la situation, les Internautes ont aujourd’hui tout intérêt à se tourner vers la solution qui leur offre le plus grand choix : les réseaux P2P.

Un moyen de promotion

Certains ont bien compris l’intérêt de ceux-ci et ne les considèrent pas comme un ennemi, mais comme un moyen de promotion. Le site Jamendo, par exemple (http://www.jamendo.com), rassemble des auteurs qui ont choisi de se faire connaître en... poussant les Internautes à télécharger gratuitement leurs créations et à les copier et les diffuser le plus largement possible via les réseaux P2P. Sept cents artistes ont déjà déposé leurs fichiers musicaux sur ce site, qui est financé par des liens publicitaires et par des dons des Internautes.

La vogue du téléchargement, payant ou gratuit, traduit un changement dans les mentalités. La musique n’est plus liée au CD, qui est peut-être en train de vivre ses ultimes moments en tant que produit de grande masse. Il sera sans doute la version "amateurs avertis" de la consommation de musique et s’adressera à des personnes préférant conserver un objet à télécharger des fichiers sur un réseau... ou téléchargeant ceux-ci pour faire leur choix, avant de se décider à acheter le CD.

Les artistes capables de s’adapter au phénomène et de maintenir le contact avec leur public via les concerts souffriront moins que les autres. Mais comment le système des droits d’auteur tel que nous le connaissons, et qui est indispensable à la survie d’une véritable création, peut-il s’adapter à cette dématérialisation de la musique ? Les boutiques en ligne, clairement, ne sont pas une réponse crédible à cette question. Ne vous y précipitez donc pas. Si vous aimez un artiste, soutenez-le en achetant ses CD (s’ils ne sont pas bridés par un système anti-copie). Tant que c’est encore possible...

Comment supprimer la protection contre les copies

Toute musique achetée sur Internet peut être gravée sur un CD audio (en WAV) grâce à un logiciel comme Toast (Macintosh), I-Tunes ou Nero (PC). Mais en nombre limité de fois. Il est cependant aisé de contourner cette limitation. Il suffit de partir de la copie sur CD. Car le CD gravé ne contient plus de limitation et peut donc être copié ensuite. Les fichiers qu’il contient peuvent ensuite être convertis au format désiré (MP3, Ogg Vorbis...) autant de fois qu’on le désire.

Article paru dans Le Ligueur en 2006.

(par Patrick Pinchart)


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