Hergé, on le sait, a émaillé ses livres de nombreuses allusions à la ville de son enfance, Bruxelles, particulièrement dans certains noms et dans les langages imaginaires qu’il a inventés, inspirés du bruxellois parlé par sa grand-mère. Deux universitaires s’amusent à les retrouver dans ce petit essai jouissif.

Alain Préaux, linguiste, y applique des méthodes scientifiques de décryptage de langues anciennes pour traduire les quelques répliques en languages arumbaya et syldave que l’on peut lire dans Tintin. Il y retrouve donc leurs racines bruxelloises, un travail que, rappelle-t-il, Frédéric Soumois avait déjà réalisé dans les années 80 avec son remarquable ouvrage "Dossier Tintin", malheureusement épuisé.

Alain Préaux est allé beaucoup plus loin dans l’analyse, sans doute un peu trop loin car sa démonstration, dans la première partie, est parfois un peu rébarbative. Mais, si l’on gomme ce défaut typiquement universitaire, c’est un véritable bonheur de partir à la découverte des différentes manières dont Hergé a camouflé des expressions bruxelloises dans des langages qu’il voulait faire passer comme exotiques, faisant ainsi un immense clin d’œil au langage des Marolles de sa grand-mère, que seuls étaient capables de remarquer les Bruxellois.

Et l’étude chronologique ("et ludique" est-il précisé) des expressions bruxelloises de chaque album, qui constitue l’essentiel de ce livre, nous emmène de découverte en découverte... même si nous laissons à l’auteur la responsabilité de certaines de ses interprétations, qui nous semblent parfois tirées par les cheveux. Voir, par exemple, dans la dernière version de "L’île noire", l’avion final de la feu compagnie belge Sabena (rachetée par la Swissair et coulée par celle-ci) remplacé par une société étrangère, comme un témoignage du "génie visionnaire d’Hergé" nous paraît plus tenir de l’adoration béate que de la véritable interprétation scientifique.