La grisaille de février vous mine le moral ? Vous avez l’humeur au ras des perce-neige ? Quelques cassettes vidéo de la RTBF vont vous aider à tenir jusqu’au printemps.

Il y en a pour tous les goûts. Du gras au subtil, du belgicain à l’hexagonal... et du meilleur au pire, aussi. Enfin, à mon avis. Car en matière d’humour, il en va comme des couleurs : ça ne se discute pas.

Prenez Luc Bernard, par exemple. Avec un accent bien de chez nous, cet imitateur vêtu d’une simple salopette façon Coluche en plus maigre (quoique, au niveau de l’humour, on ne puisse pas en dire autant...) fait hurler de rire une salle de fêtards sous le nom de Berlu. Dans mon panel habituel, le bide. Pas le moindre sourire à la commissure des lèvres de quiconque. Pire : avant la fin du premier quart d’heure, l’inéluctable couperet du “C’est nul, papa ! T’as pas autre chose ?” tombait. Impitoyable, ce panel.

“Les frères Taloche”, par contre, récoltent toujours autant de succès. Il faut dire qu’ici on est en terrain connu. Du mime, de l’humour visuel, simple et efficace. Avec parfois quelques traits de génie. C’est la deuxième cassette du duo doué, basée sur un nouveau spectacle, mais avec quelques extraits de leur florilège. Si vous n’avez pas encore vu ce que donne la chanson “J’ai encore rêvé d’elle” en langage gestuel, c’est l’occasion de découvrir ce grand moment de délire muet.

“Stuuuuût”, ça prend combien de “u” ?
Avec Marc Herman, on plonge dans les tréfonds de notre belgitude. Luc Dierrieckx, son personnage, est un sympathique flamand plus ou moins francophonisé. Les situations burlesques qu’il narre sont déjà drôles par elles-mêmes. Elles deviennent irrésistibles lorsqu’elles sont transformées par sa fausse naïveté et racontées dans une langue où français et résidus de néerlandais ne cessent de s’entrechoquer, accentuant les quiproquos.

La saveur de la langue et des gens bien de chez nous, ce sont deux des ingrédients qui à la source de l’inusable succès de “Bossemans et Coppenolle”, de Paul Van Stalle et Joris d’Hanswijck. Ce vaudeville typiquement bruxellois attire toujours les foules, soixante ans après sa création, comme cet autre classique, “Le mariage de Mademoiselle Beulemans”.

On y retrouve les mêmes schémas de personnages bon enfant, ce même sens de la répartie, ce même bon sens populaire typiques du folklore bruxellois, cette même avalanche de bons mots - ici entre les supporters du Daring de Molenbeek Saint-Jean et ceux de l’Union Saint-Gilloise, qui ne parviendront jamais à s’entendre.

Chalut et à demain si on veut bien !

Les acteurs de “Téléchat” sont faits de matière synthétique. Créés par le génie farfelu de Roland Topor, ce sont des objets. Mais oui, les objets s’expriment, eux aussi !. A condition de savoir les écouter. Les journalistes de “Téléchat”, une émission de télévision présentée par Groucha (un chat) et Lola (une autruche), ne s’en privent pas depuis qu’ils ont découvert leur âme, le “Gluon”. Plus petit qu’un atome mais bien plus bavard, il leur fait découvrir les pensées et les sentiments de tous les objets qui nous entourent. Des séquences d’une inventivité débridée où pointe fréquemment l’humour atypique de Topor.

Le travail d’animation de Henri Xhonneux, qui parvient à donner vie au moindre élément de décor, est étonnant.

“Didier” aussi, mais pour d’autres raisons. Autrefois chien (un beau Labrador), il a soudain été métamorphosé en être humain alors qu’il était sous la garde du manager d’une équipe de foot en chute libre. Celui-ci doit donc lui inculquer ces bonnes manières qui différencient, paraît-il, l’homme de l’animal. Les anciens réflexes, toujours bien présents (lever la patte, mettre le nez où il ne faut pas,..), ne lui facilitent pas la vie. Mais il sera récompensé de ses efforts. Car, ayant passé sa vie de chien à jouer avec les baballes, Didier se révèle un adulte très doué au football.

Une comédie invraisemblable mais fourmillante de gags qui a fait l’unanimité auprès du panel cité plus haut. Ouf !


- “Luc Bernard dans BERLU”, ±75 minutes, RTBF Vidéo
- “Les frères Taloche”, ±90 minutes, RTBF Éditions
- “Marc Herman, le Stuuût”, ±115 minutes, RTBF Éditions
- “Bossemans et Coppenolle 1938-1998, 60e anniversaire”, RTBF Éditions.
- “Téléchat”, RTBF Éditions.
- “Didier”, ± 101 minutes, RTBF Éditions.

Article paru dans "Le Ligueur" en 1998.