"Claroline" est un logiciel libre créé par l’UCL afin de permettre aux professeurs de créer et d’administrer leurs cours sur Internet.

Si vous avez été étudiant, vous vous souvenez sans doute des files aux valves, pour s’inscrire aux groupes de travaux pratiques, ou à la librairie du campus, pour vous procurer les tonnes de pages de syllabus, parfois simplement constitués des travaux reliés des autres étudiants, ou ces immenses auditoriums où vous n’osiez pas poser de question tant il y avait de monde...

Tout cela sera peut-être un jour du passé grâce aux campus virtuels, des programmes informatiques permettant d’organiser des cours via Internet. "Quoi ? Des professeurs virtuels ? Des logiciels d’apprentissage qui remplacent les enseignants ?", hurlent déjà tous ceux qui craignent que l’informatique ne déshumanise l’enseignement. Qu’ils se rassurent : ces logiciels n’ont pas cette ambition. Ils visent plutôt à faciliter la vie des professeur et des étudiants et permettre à ces derniers de s’exprimer et de partager dans un cadre moins intimidant qu’un auditorium.

Une salle de classe en ligne
"Claroline" est de ces logiciels-là. Son nom vient de la contraction de "Classroom online". Cocorico, il est belge. Il a été créé par une équipe rassemblée autour de Thomas de Praetere, coordinateur du projet, à l’Institut de Pédagogie et des multimédias (IPM) de Louvain-la-Neuve, et il est accessible à tout le monde. Gratuitement.

Après une année de tests, il est totalement opérationnel depuis la rentrée de septembre. Chacun peut en essayer la version démo sur le serveur de l’université, ou le télécharger pour l’installer sur ses propres serveurs.

Claroline n’est qu’un outil, très souple, mais dont la valeur dépendra de ce que ses utilisateurs en feront. Son principe est le suivant : le professeur installe les documents de ses cours, à l’aide d’un simple navigateur Internet (Netscape, Explorer), sur un serveur, organise ses cours par le même moyen, et les étudiants se connectent via leur propre navigateur Internet pour les consulter, s’inscrire à des groupes, participer à des forums de discussion (auxquels peuvent réagir les professeurs), etc.

Une acquisition simplissime...
Le professeur n’a pas de technique particulière à acquérir. C’est le navigateur qui se charge de télécharger ("uploader") sur le serveur les documents de son cours, qu’il a préalablement édités en un format lisible par tous (généralement du PDF, mais cela peut aussi être un fichier de texte traditionnel ou un tableur). Il peut les compléter d’une liste de sites Internet que les étudiants consulteront pour trouver d’autres informations ou pour les aider à réaliser des travaux, et d’exercices qui les aideront à évaluer leurs connaissances ou à aller plus loin dans l’apprentissage.

Mais ce ne sont pas les seuls outils mis à sa disposition.

Un agenda, en ligne lui aussi, rappelle certains moments-clés, comme, par exemple, les dates de remises de travaux. Il dispose également d’un système d’avis, comme sur des valves traditionnelles, qui lui permet d’afficher des messages importants, des rappels, etc.
Enfin, des statistiques globales (pas question de surveiller individuellement les étudiants) lui donnent un résumé des consultations des différents contenus.

... et une utilisation des plus simples
Les étudiants n’ont qu’à se brancher sur le serveur pour accéder à l’espace réservé au cours. D’un clic, ils consultent les documents mis à leur disposition par le professeur, en fonction de leurs besoins et quand ils en ont envie. Ils prennent note des dates de l’agenda et des avis affichés, et ils s’inscrivent aux groupes de travaux pratiques, soit dans les listes prédéfinies par le professeur, soit dans des listes ouvertes.

Ils peuvent réagir et poser des questions sur des forums thématiques, où ils partageront leurs avis avec d’autres étudiants. Enfin, c’est sur le même serveur qu’ils déposent leurs propres travaux, afin que, non seulement le professeur, mais également tous les autres étudiants puissent les consulter et, éventuellement y réagir grâce aux forums.

Il est encore trop tôt pour tirer un bilan de cette première utilisation à grande échelle de Claroline. Depuis qu’il est proposé au téléchargement (mars 2002), plus de 5000 personnes l’ont essayé, dans trente pays, et il a été traduit en douze langues. Et de nombreuses universités et institutions, dans le monde, l’ont déjà installé et l’utilisent sur leurs serveurs.

Installer Claroline
Que faut-il pour le faire fonctionner ? Un serveur compatible avec le langage PHP et la base de données MySQL, un couple de logiciels que l’on retrouve sur la plupart des serveurs actuels. Tous les programmes sont téléchargeables gratuitement sur Internet. L’installation est extrêmement simple et elle ne nécessite pas de connaissances particulières. L’aide d’un responsable informatique sera, par contre, nécessaire pour le faire tourner sur un réseau local.

A ce propos, il faut regretter que la version actuelle du logiciel ne fonctionne pas chez les hébergeurs gratuits (Multimania, Free, par exemple) ou chez la plupart des hébergeurs bon marché, car ceux-ci ne mettent généralement à la disposition des utilisateurs qu’une seule base de données. Or, pour fonctionner correctement, vu le nombre énorme de documents qui seront à gérer après plusieurs mois, Claroline a besoin de plusieurs bases de données.

Impossible, actuellement, pour un professeur du secondaire (par exemple) d’installer son cours sur un serveur gratuit.

Mais les développeurs songent à une version mono-base, qui serait alors utilisable par le commun des mortels. Cela n’empêche pas de l’installer déjà sur un ordinateur afin de l’expérimenter, et d’y raccorder éventuellement d’autres machines pour de premiers essais. En attendant qu’une autre version soit disponible, qu’une solution soit trouvée auprès des pouvoirs organisateurs pour offrir Claroline aux enseignants qui le souhaitent... ou qu’un fournisseur d’hébergement privé l’ajoute aux services mis à la disposition de ses clients.

Claroline est un logiciel libre ou "open source", il peut donc être utilisé librement, modifié et amélioré en fonction des besoins de chacun. Mais il doit, dans tous les cas, rester gratuit.

Article paru dans "Le Ligueur" en 2002.