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::: Visages de guerres :::

  

La bande dessinée a toujours traité de ce sujet grave qu’est la guerre. Mais aux propos vengeurs des premiers "Buck Danny", où l’on massacrait allègrement de "sales faces de citron", ont succédé des visions moins manichéistes. Et plus dénonciatrices. Quelques albums parus récemment montrent quelques facettes diversifiées de cette représentation de la guerre.

A la fin des années 50, Hugo Pratt et son scénariste Hector Oesterheld (victime de la junte argentine, qui le fit "disparaître" en 1977 après l’avoir enlevé puis torturé) entamèrent les chroniques d’un journaliste de guerre anticonformiste inspiré d’un personnage réel. Nommé Ernest Pyle, ce célèbre journaliste américain, né en 1900, était mort sous les balles japonaises à Okinawa en 1945 après avoir été correspondant de guerre en Afrique du Nord, en Italie, en France lors du débarquement en Normandie puis à la libération de Paris, et enfin dans le Pacifique.

Hector Oesterheld fut pris comme modèle par Pratt pour la représentation de Ernie Pike. Les récits, de longueur inégale, racontaient des épisodes romancés de la guerre, vue au niveau des soldats envoyés à la boucherie. Pas de hauts faits d’arme, pas de combats initiatiques destinés à montrer aux têtes blondes la gloire d’être soldat. Non, au contraire, des êtres humains horrifiés par le jeu dans lequel ils sont plongés contre leur gré, des anecdotes centrées avant tout sur les rapports humains, y compris entre "ennemis" et une chronique de l’atrocité que constitue la guerre, où qu’elle se déroule et quelles que soient les justifications qu’on ait données pour la commencer.

Les premiers récits d’Ernie Pike, précédemment parus en noir et blanc chez Glénat, sont réédités en version couleurs dans une édition cartonnée sous liseuse chez Casterman.

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La guerre 14-18 fut longtemps un sujet tabou dans la bande dessinée franco-belge, ou traitée de manière romanesque, jusqu’à ce que Tardi en raconte l’indicible horreur dans "C’était la Guerre des Tranchées". Il y abordait enfin avec réalisme des sujets qui avaient été mis sous censure par les gouvernements français, comme les massacres de soldats français par ordre d’officiers français, dénonçant la totale absurdité de cette guerre.

"La ligne de front", par Larcenet (Dargaud, collection Poisson Pilote), est de la même veine. La couverture annonce la couleur, si l’on peut dire : des soldats livides, aux yeux hagards, avancent dans la pourriture d’une tranchée boueuse. Au milieu d’eux, un homme tient une palette de couleurs et quelques toiles blanches. C’est Van Gogh. Le peintre a été envoyé sur le front par des gradés afin de peindre "l’esprit de la guerre" et de leur faire comprendre pourquoi les soldats "renâclent à l’effort, se plaignent, geignent comme des pédérastes" alors que, selon eux, bien assis dans leur salon loin du feu, "si l’on n’y risquait pas la mort, la guerre serait somme toute très ennuyeuse". Disent-ils. Plutôt qu’aller eux-mêmes sur le front pour comprendre cet étrange comportement de soldats qui ne semblent pas chauds, chauds, à l’idée de périr pour la patrie, ils envoient donc un peintre pour prendre des images du front.

"C’est ça ou le peloton d’exécution", annonce-t-on à Van Gogh. Il n’a d’autre choix que d’accepter. Et le voilà plongé dans un monde qui donnerait la nausée au coeur le plus accroché. Van Gogh, outre un talent immense, se découvre un autre don dont il se serait bien passé : il voit, lorsqu’il est face à un groupe de soldats, ceux qui vont mourir, dans un horrible flash instantané où ils apparaissent comme des oiseaux. Or, selon les soldats qui sont en train de pourrir depuis plus longtemps que lui dans les tranchées, il existerait une "mère des obus", qui décide qui va mourir et qui dirige vers eux les balles, les obus et les gaz et leur envoie un oiseau engoulevent pour les accompagner. Ces engoulevents, Van Gogh a la faculté de les voir. Et cela n’embellit pas sa vision de la guerre...

Larcenet sait comment composer des images fortes et ne s’en prive pas. Les chocs émotionnels sont donc nombreux au long de ce récit terrible mêlant le réalisme atroce de la guerre telle qu’elle fut vraiment - sans romantisme aucun, abominable - à un fantastique grave, baigné d’une infine tristesse.

Si, après "Le combat ordinaire", vous doutiez encore que Larcenet est l’un des plus grands auteurs de sa génération, ce livre poignant, qui laisse un poids de dix tonnes sur le coeur et sur l’estomac au moment de le refermer, devrait lever vos derniers doutes.

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De la guerre 14-18, De Metter et Catel, en montrent le caractère abominable dans "Le sang des Valentines" (Casterman). Les officiers qui tirent sur les soldats qui ne veulent pas s’avancer vers les mines, les gueules cassées de jeunes adultes défigurés à vie, les amis massacrés. Mais c’est en filigrane d’une histoire d’amour, celle de Geneviève, restée au pays, et d’Augustin, parti combattre au front. Pendant toute la guerre, il ne survit que parce qu’il reçoit les lettres érotiques de Geneviève, autrefois dépressive à cause de la mort de leur enfant, et qui semble avoir retrouvé goût à la vie et n’attendre plus que lui.

S’il survit aux tranchées, Augustin va-t-il résister au choc qui l’attend, de retour chez lui ? Il y découvre, en effet, que sa femme est morte depuis longtemps et que les lettres enflammées qu’il a reçues et qui lui ont permis de tenir, elle ne peut donc les avoir écrites. Mais qui, alors, a rédigé ces lettres ?

Les dessins de De Metter, peints en couleurs directes, accentuent l’ambiance dramatique gluante de noirceur, du récit. Le scénario, fort, de Catel, mêlant récits de guerre, flash-backs et images du retour au pays, accroche et intrigue. L’idée de base est très belle. Seule la dernière planche, en forme de chute finale, sonne faux. On n’y croit pas. Ce qui n’enlève rien aux qualités du reste de ce très beau livre.

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(par Patrick Pinchart)


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